Une belle surprise estivale...qui aurait dû s'arrêter avec sa première saison.

Young Royals est un cas d'école. Le genre d'exemple qu'on devrait prendre pour expliquer comment on peut gacher une série après une première saison presque parfaite. Oh, elle n'est pas la seule dans ce cas là (Westworld, si tu nous regarde) mais c'est toujours à la fois fascinant et consternant de voir une série se foirer dans les grandes largeurs après avoir si bien commencée.

Young Royals évolue dans un genre balisé et dans un canevas classique : la romance teenage labellisée LGBT à travers cette histoire entre deux personnages que tout oppose et qui vont finir par tomber amoureux. Soit d'un côté le prince Wilhelm, héritier de la couronne de Suède, enfant terrible de la famille, qui après une énième frasque en boîte de nuit est envoyé à Hillerska, pensionnat huppé dans lequel il s'éprend de Simon, un élève boursier, venant d'un milieu populaire et pas spécialement fan de la monarchie. On a déjà vu ça des tonnes de fois avant mais s'il y a bien un genre qui s'accommode bien du conservatisme et des vieux schémas, c'est bien la romance.

D'ailleurs, tiens, "romance", le (gros) mot est lancé. Je vous vois déjà faire la moue. Je ne vous en veux pas, hein, c'est vrai que c'est aussi un genre qui a facilement tendance à verser dans le sirupeux (pour les raisons citées juste avant). Mais la romance est partout. Ce n'est pas sale. Prenez Titanic, c'est l'histoire d'un bateau qui coule mais c'est aussi l'histoire d'amour entre Jack et Rose. Et pourtant personne n'y trouve à redire. Quand elle est bien faite, la romance peut être belle. Ça tombe bien, la première saison de Young Royals le fait admirablement. Et comme l'une de ses camarades Scandinaves avant elle, ça tient à plusieurs éléments très précis. Ainsi à l'image de Skam, ce qui fonctionne ici et permet à la série de se démarquer malgré son postulat ultra classique, c'est d'abord l'alchimie entre ses deux acteurs principaux. D'une part, Omar Rudberg, qui fait ses débuts à l'écran alors qu'il s'était plutôt illustré dans la chanson jusque là. D'autre part, Edvin Ryding, la révélation de la série mais qui a pour lui d'avoir plus d'expérience en la matière puisqu'il est acteur depuis son enfance. Je parle de révélations le concernant parce qu'il est responsable d'une grand part de la réussite de la série : chez l'acteur comme chez le personnage qu'il incarne, tout parle, pas seulement sa bouche mais aussi ses yeux et son corps. Et c'est aussi ce qui donne son charme, sa singularité et son réalisme à cette romance, la relation entre les deux garçons se passe parfois de mots et laisse les corps faire le travail, allant même jusqu'à oser quelques improvisations bienvenues.

Et donc on y croit à cette romance. C'est touchant sans être mièvre. Et le contexte de la monarchie derrière permet de traiter quelques thématiques comme la difficulté d'être soi même dans une société conservatrice ou le combat entre le devoir et ses désirs. La série a aussi l'intelligence de choisir des acteurs qui ont à peu près l'âge de leur personnage (et pas des trentenaires pour jouer des lycéens, hein les américains) et surtout des acteurs qui ont des défauts, des rondeurs, de l'acné... et qui sont beaux avec ces défauts. Et ça c'est vraiment rafraîchissant. L'ensemble est touchant sans être mièvre. Et même le final de la saison 1 réussit le tour de force de proposer quelque chose d'un peu plus adulte, une fin douce-amère surprenante pour une série de ce genre et qui entérine la singularité du programme.

Sauf que c'est à partir de là que tout fout le camp. Parce qu'à la fin de cette première saison je me suis demandé ce qu'il restait encore à raconter. Ce season final aurait pu faire office de conclusion définitive. Et il aurait dû. La suite se vautre totalement.

La saison 2 tourne dans le vide. Il y a déjà une erreur fondamental qui plombe cette saison : ne pas avoir voulu vraiment séparer Wilhelm et Simon. Après la fin de la saison 1, on aurait pu imaginer que l'un ou l'autre ne décide de changer d'établissement. C'eût été la meilleure décision à prendre d'un point de vue scénaristique, pour permettre à chacun de prendre le temps de comprendre qui ils étaient individuellement, de comprendre leur relation et les sentiments qu'ils avaient l'un envers l'autre, leur donner de l'espace... Mais non, quelques mois ont passé, les élèves font leur rentrée et bien sûr Simon et Wilhelm finissent inévitablement par se recroiser. Et rien ne fonctionne vraiment dans cette saison. Les personnages autrefois si touchants sont désormais irritants, leur réactions sont puérils, infantiles... Normal me rétorqueront certains, ce sont censés être des adolescents. Sauf que ce sont des ados de fiction. La fiction diffère de la réalité en cela qu'elle s'en inspire, qu'elle la singe pour mieux la transcender. Si on aime tant la fiction, c'est en partie parce qu'on vient y chercher ce qu'on ne trouve pas dans la réalité. Jamais, au grand jamais, je ne voudrais voir des séries qui ressemblent en tout point au monde réel. Ce serait terriblement ennuyeux.

En fait, cette seconde saison confirme les craintes que j'avais à la fin de la saison 1 : la série ne sait plus quoi raconter. Il y a bien l'arrivée de Marcus qui permettra à Simon de réaliser qu'il a toujours des sentiments pour Wilhelm mais ça tourne vite en rond et ça se borne à faire des clins d'oeil pas très subtils à la première saison. Comme si la série était incapable de dépasser cette première salve de 6 épisodes, comme si elle avait atteint une limite et qu'elle restait consciente de ses faiblesses, tétanisée par celle ci, incapable d'inventer de nouvelles intrigues... Elle ressasse les mêmes passages obligés, les fêtes thématiques, les baisers, la scène de sexe, la chanson de Simon... il faut d'ailleurs vraiment arrêter avec ça, Simon pond une chanson pleine de sous entendus (que Wilhelm ne comprends pas bien entendu) chaque fois qu'il a un problème avec le prince : les talents de chanteurs de Simon (que la série confond avec ceux de OmarRudberg) ne sont pas une caractéristique de sa personnalité. Ça finit par en devenir ridicule tellement on frôle la mièvrerie (ce que la première saison évitait) et le fan service. Rien ne parvient à avoir le même impact que dans la première saison. Tout paraît forcé, artificiel. Même les acteurs ne parviennent plus à convaincre autant. Comme si ils étaient désormais conscients de la popularité de la série là où ils vivaient dans une certaine insouciance avant cela. Les scénaristes ne savent plus quoi faire de certains personnages, tels que Sara ou August. Leur relation a tous les deux ne fonctionne jamais, on ne parvient jamais à y croire. Ils essaient bien de nuancer le personnage de August mais non seulement c'est très maladroit mais en plus on perd grandement en antagonisme pour le personnage. Certains protagonistes manquent de développement (Vincent, limité à devenir une sorte de sous-August, Nills...) quand d'autres sont écrits n'importe comment (la relation crypto lesbienne entre Frederika et Stella). On ne parvient jamais à croire dans le plan de la couronne pour faire de August un plan B, ça ressemble à une vaine tentative d'instaurer de la tension dans jamais y parvenir. La saison 2 a une ligne de mire en vue, la fameux discours du prince en fin de saison mais pour y parvenir, c'est tellement laborieux!

La saison 3 se révèle un peu meilleure. Pas grâce à la relation entre les deux protagonistes principaux malheureusement. La série n'a toujours plus rien à dire sur le sujet, Simon et Wilhelm se confrontent aux difficultés de concilier le devoir royal et leur relation, leur deux visions opposées, on tourne un peu en rond. Non, le seul truc vraiment intéressant dans cette dernière saison, c'est les révélations sur les pratiques de bizutages à Hillerska, qui permet de parler du poids des traditions, parfois toxiques, perpétuées sans recul par les élèves de générations en générations. Il y a d'ailleurs une révélation assez bien pensé sur le sujet concernant August et Erik, un élément qui malheureusement n'aura pas beaucoup d'impact (alors qu'il était crucial pour Wilhelm) si ce n'est celui d'offrir une énième chance de rédemption à August. Ce n'est pas la première fois qu'on regrette le manque de développement de certains éléments, la faute au trop petit nombre d'épisodes malheureusement qui oblige la série à aller parfois à l'essentiel.

Il y a quand même quelques jolies choses dans l'épisode final, en forme de fin de règne pour les élèves. Une certaine mélancolie se dégage de l'ensemble, même si dans le fond ça passe par une espèce de contresens total qui consiste à oublier que la plupart d'entre eux sont des connards friqués et que Hillerska est un environnement toxique. Même les adieux entre Wilhelm et Simon, sous forme de référence assumée au final de la saison 1 est plutôt joli... même si on pressent bien que tout ça est une arnaque et qu'on essaie de faire passer des vessies pour des lanternes. Et ça ne manquera pas : la véritable fin déboulera juste après et soyons honnête, on l'avait senti venir depuis 2 saisons, il n'y avait pas d'autres possibilités après la première saison.

Mais la série évite la catastrophe intégrale sur sa conclusion, elle évite d'être complètement prévisible. Pendant un long moment, j'ai craint d'avoir un happy end complet avec Wilhelm sur le trône, heureux avec Simon, ayant fait la paix avec August, qui lui serait heureux avec Sara mais la série ne va quand même pas jusque là. Elle réserve une fin "bittersweet" à quelques personnages, dont August ou Sara. Même Wilhelm finalement n'aura pas le beurre et l'argent du beurre (même si lui y trouve largement son compte puisque c'est sa décision). Ça ne change rien au fait que la série aurait dû s'arrêter avec la première saison et qu'elle n'avait plus grand chose à raconter après ça. Et qu'on ressent quand même un certain gâchis.

DocteurBenway
6
Écrit par

Créée

le 11 oct. 2023

Modifiée

le 27 juil. 2024

Critique lue 403 fois

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