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Que l’on ne s’y trompe aucunement : cette saison inaugurale, contemplée avec le recul salutaire que confèrent les décennies écoulées, révèle un dispositif ludique encore fébrilement dans les langes de sa laborieuse gestation, engendrant des affrontements d’une cocasserie proprement irrésistible, voire hilarante en son insouciante candeur. Les protagonistes y forgent, avec une désinvolture confondante et une spontanéité parfaitement stupéfiante, des effets improvisés à l’instant même de leur profération, sans nulle contrainte préalable ni codification rigoureusement établie. Les créatures les plus formidables — que l’on songe au vénérable et redoutable Dragon Blanc aux Yeux Bleus — surgissent triomphalement sur l’arène sans le moindre tribut sacrificiel exigé de leurs invocateurs, tandis que le pécule vital, charitablement ramené de quatre à deux milliers de points, précipite chaque duel dans une cadence effrénée, trépidante et généreusement permissive. L’issue du combat, dès lors, ne procède aucunement d’une architecture stratégique savamment échafaudée, mais bien davantage de l’inventivité la plus débridée, des caprices météorologiques du terrain lui-même, et de cette fameuse “vertu de l’amitié” invoquée avec une constance quasi incantatoire.
L’on saluera néanmoins, avec une ferveur nullement feinte, cette gravité sourde et lancinante qui innerve secrètement le récit : la présence obsédante, oppressante et perpétuellement menaçante de Pégasus, la captation impitoyable des âmes malheureuses emprisonnées dans le papier cartonné — songeons à l’aïeul vénérable de Yugi, à l’infortuné Makuba, à Kaiba lui-même —, ainsi que ces mystérieux et insondables Objets du Millénium, donnent à l’ensemble une dimension ésotérique, occulte et dramatique du meilleur aloi. Maximilien Pégasus, en particulier, s’impose avec une évidence éclatante comme figure antagoniste de tout premier ordre, régulièrement célébré et unanimement encensé parmi les scélérats les plus mémorables de toute la franchise, tant son extravagance flamboyante, son théâtralisme échevelé touchant au grand-guignolesque, et son inquiétant pouvoir télépathique octroyé par l’Œil du Millénium suscitent une jubilation aussi pure qu’irrépressible.
Comment, par ailleurs, ne point s’attendrir profondément devant la saisissante métamorphose de Joey, initialement duelliste gauche, empoté et pitoyablement maladroit, se muant progressivement, miraculeusement même, en combattant opiniâtre et farouchement déterminé, prêt à tous les sacrifices imaginables pour arracher sa sœur bien-aimée aux griffes implacables de la cécité ? Cette évolution admirable, pétrie d’une humanité touchante et sincère, insuffle à la saison une charge émotionnelle considérable et un pouvoir nostalgique franchement inestimable, capable d’attendrir jusqu’aux cœurs les plus endurcis, les plus rétifs à l’émotion.
Mention spéciale, enfin, à ces épisodes ordinairement méprisés du grand public, ces intermèdes secondaires généreusement qualifiés de “remplissage”, où s’épanouit avec une inventivité insoupçonnée un jeu de dés totalement inédit, s’écartant courageusement du sacro-saint duel de cartes pour explorer des territoires ludiques inexplorés. Loin de constituer quelque digression superflue ou quelque parenthèse dispensable, cette incursion facétieuse dans un système de jeu radicalement différent procure un plaisir renouvelé, une fraîcheur bienvenue au sein d’une trame par ailleurs immuablement centrée sur le même dispositif cartonné, démontrant avec brio que l’univers de la franchise recelait, dès ses premiers balbutiements, une richesse bien plus vaste qu’on ne le supposait communément.
Il me faut néanmoins déplorer, avec une franchise que nulle bienveillance ne saurait atténuer, certains dialogues d’une niaiserie réellement affligeante, fruits malheureux du remaniement opéré par 4Kids, ainsi qu’une propension fâcheuse, presque obsessionnelle, à la répétition thématique la plus éculée : ces homélies incessantes, ressassées ad nauseam, sur la fameuse “puissance de l’amitié”, finissent inexorablement par lasser l’auditoire le plus indulgent qui soit, ternissant quelque peu, hélas, l’éclat autrement indéniable et rayonnant de cette œuvre fondatrice.
Créée
le 30 mars 2023
Modifiée
le 6 août 2026
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