À priori plutôt enthousiaste vis à vis de cette série, j'ai vite déchanté. Le principal responsable en est le scénario qui, à multiplier les imbroglios absurdes devient positivement inintéressant.
L'idée de prendre les choses à contre-courant, n'est pas spécialement originale (les contres-pieds systématiques ne le sont jamais) mais quand même sympathique et on se dit "pourquoi pas ?". Nous voilà donc avec un héros vieillissant, désireux de remiser son costume au placard, hésitant et manquant de confiance en lui, prônant la diplomatie et la non-violence, et qui en est réduit, au cinquième épisode, à aller déquiller un chat dans un palmier... Certes Jean Dujardin est toujours efficace dans ce rôle. Certes le ridicule ne tue pas, mais à force de situations systématiquement ridicules, on a bien l'impression que c'est ce que l'on a voulu faire avec l'image du héros.
Et c'est là que ça pose problème.
Car cette politisation de l'imaginaire, à laquelle je voudrais bien souscrire si elle n'était si systématiquement et si religieusement appliquée dans le cinéma français, est surtout terriblement ennuyeuse. À force de répétitions, on connaît déjà la suite, on sait ce qui va se passer, on sait que le femme de Zorro (forte, courageuse, entreprenante, etc. etc.) quand lui est faible, couard, résigné etc. etc., va bientôt porter le chapeau, etc., etc.
Et le personnage de Zorro, arborrant tous les clichés de la "masculinité déconstruite" devient vite lourd, très lourd, et bien pesant à regarder.
C'est dommage car le début était pourtant sympa. Prenant la veine de la critique sociale où l'on voit Zorro en bute à une parfaite raclure issue du libéralisme le plus décomplexé (personnifié par un Don Emmanuel que, contrairement à ce que j'ai pu lire, est très bien joué par Éric Elmosnino). Mais les scénaristes abandonnent bien vite ce registre, qui est pourtant par excellence celui de notre personnage, sorte de Robin des Bois de la pampa, qu'ils n'ont pas dû trouver très porteur, très tendance (c'est vrai que les questions de pauvreté, de justice sociale et d'enrichissement ne sont pas du tout d'actualité dans notre beau pays !) pour lui préférer la sempiternelle chansonnette du genre (déconstruction du genre masculin, si possible jusqu'au ridicule / valorisation du genre féminin, si possible jusqu'à l'excès).
Gros soupirs. OK. OK. Oui, d'accord. On connaît la chanson, pour l'entendre quasi quotidiennement.
Si au moins le scénario suivait, et nous offrait une lecture ou plutôt une relecture pertinente. Mais non. Les situations sont absurdes jusqu'à l'idiotie.
Qui va croire que Gabriella de la Vega méconnaît le corps de son mari, qu'elle a quand même plus ou moins pratiqué pendant 18 ans, au point de ne pas le reconnaître (son odeur, son grain de peau, ses gestes, ses manières...) lors de leur folle étreinte ? On se croit féministe, mais c'est une vision bien sexiste et bien négative de la femme (et de l'homme) qui nous est livrée ici ! Une poule incapable de savoir qui la couvre ! Un coq insignifiant au point de prêter à confusion !
Qui va croire à ce héros qui reste masqué jour et nuit pour entretenir le doute ?
Quoi ? C'est du vaudeville ? Ça faisait peut-être rire au XIXème siècle, mais là, c'est un humour complètement moisi.
On ne fait pas un bon film avec une bonne idée, et à plus forte raison une série, sur laquelle il faut savoir "tenir la distance". Encore faut-il prendre la peine d'écrire un scénario, qui ait une structure et un sens. Et il ne suffit pas de le colorer avec les idéologies en cours pour lui en donner un.