Les meilleurs films de 2023 selon Alexandre G
Perfect Days (2023)
2 h 03 min. Sortie : 29 novembre 2023 (France). Drame
Film de Wim Wenders
Alexandre G a mis 9/10.
Annotation :
Ce film m'a fait penser à cette citation de Marie Laurencin que j'aime beaucoup : "On racontera des choses sur moi, mais personne ne saura dire combien j'aimais le calme, les portes fermées doucement et les livres." Pourtant, Wim Wenders y est arrivé. A travers le quotidien de Hirayama, employé qui nettoie les toilettes publiques de Tokyo, se déploie toute la douceur de la routine, la simplicité du vivant, la minutie du rituel, et tout ce qui fait la beauté de l'humain. 'Perfects Days' ne raconte pas grand chose : Hirayama n'a qu'une soeur et une nièce comme famille, il semble avoir une petite passion secrète pour une gérante de restaurant mais il ne la cultive pas, il n'a pas vraiment d'amis puisqu'il parle très peu. Mais il est très sincèrement heureux de vivre, d'accomplir cette infinie litanie de rituels quotidiens qui le tiennent éveillé, il lit et il entretient des plantes avec amour. Certes, on soupçonne que tout cela est issue de blessures profondes, qu'il cherche à tout prix à contenir mais qui finissent par déborder quand la routine est perturbée (ainsi la crise de larmes lorsque sa soeur vient récupérer sa nièce et lui annonce que leur père est mourant, ou bien les bières et la clope lorsque le restaurant n'est pas ouvert). Mais on peut aussi choisir de ne retenir que la simplicité, la minutie du détail, la douce répétition, et le film nous paraît une parenthèse merveilleuse, la vie dans ce qu'elle a de plus beau : calme et tranquille.
Le Règne animal (2023)
2 h 07 min. Sortie : 4 octobre 2023. Science-fiction, Aventure, Drame
Film de Thomas Cailley
Alexandre G a mis 9/10.
Annotation :
En voilà un film intelligent, intéressant et fin ! Librement inspiré de la pensée du vivant de Baptiste Morizot, 'Le Règne animal' est le 2e long métrage de Thomas Cailley et propose de suivre Emile, un adolescent qui emménage dans la région bordelaise pour suivre sa mère, internée dans un centre pour personnes ayant développé des mutations. Car dans cette France, de nombreuses personnes se transforment progressivement en animaux, ce qui occasionne de sévères inadaptations, que l'introduction résume magistralement : enfermement, antagonisme, violence, bruit, etc. Et tout le film n'aura de cesse de décliner cette idée : le monde est inadapté pour ceux qui sont différents. Au fur et à mesure qu'Emile accepte ses mutations, il se rend compte que seule la nature sauvage et la reconnexion avec le reste du vivant lui permettra d'être heureux. C'est évidemment l'albatros de Baudelaire, heureux uniquement quand il est loin des hommes et parmi ses semblables. Et le film ne manque de toute façon pas de poésie, tant les liens humains (ou vivants plutôt) y sont intenses, de ce moment où Emile et son père (Romain Duris) crient depuis leur voiture pour retrouver sa mère, jusqu'aux scènes assez tendres avec Nina, une inadaptée sociale qui comprend Emile. De même, les scènes en pleine nature, l'amitié avec Fix l'apprenti volatile, les effets spéciaux, les dialogues, le montage et le rythme, tout est vraiment réussi, et l'on en sort avec de nombreuses réflexions en tête. La seule ombre au tableau reste le rôle d'Adèle Exarchopoulos, inutile pour l'intrigue et pourtant bien trop présent...
The Whale (2022)
1 h 57 min. Sortie : 8 mars 2023 (France). Drame
Film de Darren Aronofsky
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Adapté d'une pièce, 'The Whale' est un huis-clos parcourant la dernière semaine de vie d'un homme atteint d'obésité morbide. Durant cette semaine, s'étalent sous nos yeux ses problèmes de santé, ses soucis du quotidien, des rencontres improbables, ses retrouvailles avec sa fille qu'il a abandonné il y a 9 ans, son passé, son amie infirmière qui lui sert d'auxiliaire de vie... Et en somme toutes les histoires que l'obésité aurait pu nous empêcher de voir. A la mnière de la dissertation qui ne cesse de revenir tout au long du film, et qui nous dit que Herman Melville, dans 'Moby Dick', ne nous parle de baleines que pour nous distraire de la vraie histoire, l'obésité de cet homme est un arbre qui nous cache la forêt de l'amour qu'il porte au monde. La thématique du sauveur est très présente tout au long du film, tant dans l'espèce de jeune témoin de Jeovah qui pense pouvoir ramener l'homme vers Dieu, que dans l'attitude de Brendan Fraser vis à vis de sa fille, une adolescente en rupture de ban qui espère pouvoir soutirer ses économies à son père. Et l'optimisme béat qui le caractérise n'a d'égal que sa capacité à demander de la sincérité aux gens, faisant de lui une figure christique peut-être pas très subtile, mais qui a une singularité forte, tant par son homosexualité, son nihilisme ou sa passivité face à la mort qui approche. D'intenses moments d'émotions parcourent le film, et les personnages, très bien écrits sans être toujours parfaitement interprétés, nous rappellent à quel point Darren Aronofsky peut savoir réaliser un film quand il s'en donne les moyens.
L'Enlèvement (2023)
Rapito
2 h 15 min. Sortie : 1 novembre 2023 (France). Drame, Historique
Film de Marco Bellocchio
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
S'il y a bien un truc que savent faire les réalisateurs italiens, c'est de parler de la religion. Dans "L'Enlèvement", Marco Bellochio s'intéresse à un fait divers poignant du milieu du XIXe siècle : l'enlèvement par les autorités pontificales d'Edgardo, un enfant juif de Bologne secrètement baptisé par sa nourrice quand il était nourrisson, afin qu'il devienne un catéchumène du pape Pie IX. Sur une vingtaine d'années, on suit son adaptation à cette vie, l'arrachement à ses parents, et l'éternel débat interne entre la religion et la famille. Evidemment, Bellochio propose un constat très pessimiste, dans lequel tout sentiment est noyé dans un aveuglement pieux, et où les filiations ne comptent plus et s'estompent dans le fanatisme. Le père et la mère, omniprésents au début, s'effacent une fois le procès évacué, et le pape devient définitivement la nouvelle famille d'Edgardo. Une fois devenu grand, il vit alors l'attaque de Rome par les nationalistes italiens, en 1870, et refuse cette nouvelle filiation. Enfin, sur le lit de mort de sa mère, il tente de la baptiser : la conversion est totale, et Edgardo a préféré sa foi à l'amour de sa mère, quand bien même des rechutes ont pu être possibles.
A travers des scènes d'une gravité exceptionnelle (les deux arrachements de l'enfant à ses parents, mais aussi la messe en l'hommage du jeune Simone, et la mater dolorosa d'une puissance phénoménale) mais aussi d'autres plus grotesques, Bellochio s'immerge totalement dans son sujet, et nous fait voir une intrigue d'une simplicité déconcertante, mais parfaitement maîtrisée.
Anatomie d'une chute (2023)
2 h 30 min. Sortie : 23 août 2023. Drame, Policier, Thriller
Film de Justine Triet
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Un grand film de procès évidemment, où les 2h30 passent vraiment sans qu'on s'en rende compte. Il y a certes des faiblesses et assez grandes à mon goût : on n'est jamais vraiment tentés de pencher du côté de l'accusation, et tout le film prend parti pour Sandra et son innocence, ce qui est un peu dommage dans la mesure où un film de procès peut mettre en avant le cheminement de la vérité, le doute, etc. Au-delà, tout est bien maîtrisé : le jeu d'acteurs est impeccable (le jeune acteur de Daniel a l'air de porter le film à lui-seul), les thèmes associés sont profonds et intéressants (avec la palme pour le passage central du film, qui interroge les rapports au sein du couple et se met à faire le "procès" du couple, comme si les dysfonctionnements au sein d'une relation pouvaient expliquer la mort de l'un des deux), le rythme est formidable. C'est une franche réussite.
L’Amour et les forêts (2023)
1 h 45 min. Sortie : 24 mai 2023. Drame, Romance, Thriller
Film de Valérie Donzelli
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
De plus en plus difficile à regarder, 'L'Amour et les forêts' décrit de façon chronologique et détaillée comment une relation amoureuse, partie d'un coup de foudre, installe rapidement une emprise puis une manipulation et enfin un cauchemar pour Blanche. Melvil Poupaud est tout simplement glaçant dans ce gendre idéal devenu bourreau de sa propre épouse, conjuguant toutes les déclinaisons de la relation toxique (gaslighting, slut-shaming, manipulation, surveillance, double-jeu...), peut-être de façon un peu scolaire mais le jeu d'acteur est si bon qu'on pardonne bien des enchaînements téléphonés. La réalisation joue également beaucoup, que ce soit par des plans très réalistes ou d'autres beaucoup plus oniriques, par des jeux de couleurs chaudes et froides décontenançant un peu plus le spectateur. La deuxième partie, à partir du moment où l'emprise devient nettement plus sensible, n'est qu'une longue descente aux enfers, et la scène finale dans la salle d'attente du juge des divorces est une sorte de climax en contre-champ de ce malaise perpétuel qu'a été la relation entre Blanche et Grégoire.
Super Mario Bros, le film (2023)
The Super Mario Bros. Movie
1 h 32 min. Sortie : 5 avril 2023 (France). Animation, Aventure, Comédie
Long-métrage d'animation de Aaron Horvath et Michael Jelenic
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Mais oui !!! C'est pas compliqué de faire une bonne adaptation : les bons bruitages, les musiques bien adaptées au format film, les personnages bien castés et bien animés, une histoire simple et qui se prend au sérieux, des séquences mémorables (l'arrivée de Luigi dans les Dark Lands est incroyable), des gags drôles sans être omniprésents, et un divertissement permanent, sans temps mort, et qui reste court : davantage cela aurait pu être lassant, mais moins on en aurait redemandé... Bref, c'était un régal !
Oppenheimer (2023)
3 h. Sortie : 19 juillet 2023 (France). Biopic, Drame, Historique
Film de Christopher Nolan
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Dur dur de ne pas voir la réadaptation du "Amadeus" de Milos Forman dans cette rencontre entre deux points de vue, le noir et blanc de Lewis Strauss/Salieri et la couleur de Robert Oppenheimer/Mozart, la confrontation entre l'ambition politique et l'influence d'un physicien superstar. Le film oublie ne se rappelle globalement de cette dualité que dans le début et la fin, et laisse au milieu tout le spectaculaire de la conception de la bombe atomique, dans une maîtrise du suspense bluffante. Si tout n'est pas aisé à comprendre, le montage étant plus rapide que jamais pour un film de Nolan, la réalisation reste incroyable de justesse et d'audace. Le propos englobe toutes les scènes, tous les plans, déploie une intrigue complexe, qui tourne autour des conséquences du choix d'Oppenheimer de développer les théories physiques autour de la fission nucléaire, pouvant mener à la conception d'une arme. A la peur d'une réaction nucléaire en chaine succède surtout la peur d'une réaction en chaîne politique meurtrière pour l'humanité et la planète ; à l'ambiguïté entre l'aspect scientifique et l'aspect politique de son influence, succède l'ambiguïté entre son agenda scientifique et son agenda politique. 'Oppenheimer' montre une nouvelle fois le talent de Christopher Nolan, de Cillian Murphy, de Robert Downey Jr., d'Emily Blunt et de toute l'équipe technique capable de montrer de beaux moments de cinéma.
P.S. : même une référence au 'Miroir' de Tarkovsky à la toute fin, quand Emily Blunt devient l'espace d'un plan la mère du narrateur, cette image réconfortante de la Maroussia au bord d'un champ.
Godzilla Minus One (2023)
2 h 05 min. Sortie : 7 décembre 2023 (France). Action, Science-fiction, Aventure
Film de Takashi Yamazaki
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Blockbuster à la distribution européenne chaotique, 'Godzilla Minus One' est un hommage au tout premier Godzilla des années 1950, entièrement japonais et inscrit dans le travail de mémoire des Japonais sur la Second Guerre mondiale. A travers le point de vue d'un kamikaze déserteur, le film interroge le rapport des anciens soldats à la guerre, aux injonctions à mourir pour une cause perdue, et à l'avenir. On aurait peut-être aimé qu'apparaissent aussi les éléments plus fascistes, le fanatisme des généraux, car l'idéologie est un peu lissée, mais la créature Gojira incarne à la fois l'horreur de la destruction atomique, l'informité de l'état major impérial, la violence aveugle des bombardements, et aussi ce passé de la guerre qui hante un pays qui cherche à se reconstruire. En ce sens, Godzilla est plus un film sur la mémoire que sur une grande créature marine... mais en même temps, quel pied que les scènes d'action ! Elles sont globalement toutes réussies, même si la scène finale est un peu trop expédiée à mon goût. La tension, le rythme, les hommages au film de monstre japonais d'après-guerre, tout est délicieux et se savoure sans modération.
La Passion de Dodin Bouffant (2023)
2 h 15 min. Sortie : 8 novembre 2023. Drame, Romance
Film de Trần Anh Hùng
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
'La Passion de Dodin Bouffant' n'est pas un film qui a beaucoup de choses à raconter : tout au plus cette amitié amoureuse entre Dodin et Eugénie, sa cuisinière depuis 20 ans qui joue également sa femme officieuse, et qui meurt en cours de film, forçant Dodin à vivre sans elle et ses talents. Mais ce film est d'abord et avant tout un film impressionniste sur l'art culinaire français, celui qui plaira tant à ces messieurs de l'Academy. Les 2h10 passent sans qu'on s'en aperçoive tant on se laisse bercer par la caméra délicate, l'atmosphère doucement nostalgique de cette cuisine si abondamment fournie, de ces mains agiles, des coups de spatule et de louche, de la matière grasse qui frétille, de ces innombrables bruits et plans mettant superbement en scène l'art délicat, complexe et millénaire de la cuisine. Magimel et Binoche sont d'ailleurs parfaitement dans leur rôle, une timidité arrogante qui sied parfaitement à l'image qui colle aux Français à l'étranger, et c'est ce qui me fait dire que ce film a l'air davantage destiné à la distribution internationale que française, mais on ne boude pas son plaisir : on verra passer bien sûr le pot-au-feu de Dodin, mais aussi une omelette norvégienne de compétition, des huîtres au caviar, de la raie à la crème, et tant de mets filmés sous toutes les coutures. La lumière, les plans, donnent aux scènes des allures de tableaux flamands ou impressionnistes, rendant à l'atmosphère XIXe siècle une authenticité délicieuse. Sans musique intempestive, 'La Passion de Dodin Bouffant' nous accompagne dans un sentir enchanté et doux, régalant nos pupilles et nos papilles.
The Creator (2023)
2 h 13 min. Sortie : 27 septembre 2023 (France). Science-fiction, Drame, Aventure
Film de Gareth Edwards
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Gareth Edwards se fait petit à petit sa place dans le cinéma SF américain et c'est tant mieux. 'Rogue One' est évidemment un des meilleurs Star Wars depuis la Prélogie, ce n'est plus à débattre. Autant dire que 'The Creator' allait être attendu : quoi proposer de nouveau en SF aujourd'hui ? Pas de suspense : rien de bien neuf. Edwards réutilise ce sempiternel thème de la frontière entre IA et humains, sans d'ailleurs beaucoup l'approfondir. C'est très dommageable après des monuments artistiques qu'ont été Premier Contact ou Detroit Become Human : ici, on se contentera de montrer que les grands méchants (les US) refusent de se mêler aux IA qu'ils considèrent comme des robots dangereux, et les gentils (les Asiatiques) veulent vivre paisiblement entre humains et IA. Le scénario n'est d'ailleurs rien d'autre qu'une transposition grossière de l'invasion de l'Irak et de l'Afghanistan, saupoudrée d'un peu de Vietnam. La subtilité n'est clairement pas le point fort du film, mais tout cela est tout de même rattrapé par une direction artistique véritablement unique, mariant un rétrofuturisme très Star Wars justement, avec des tons népalais, indiens et vietnamiens, prenant des inspirations absolument partout. Le film pioche son esthétique à plein d'endroits : on reconnaît Akira pour l'explosion nucléaire, l'enfant-arme, les villes futuristes, et bien sûr Cloud Atlas pour le côté très aérien et futur vert et bleu. Les personnages sont vraiment intéressants et Edwards soigne notamment les personnages secondaires (le "frère" adoptif incarné par Ken Watanabe ou encore Maya). Ainsi, à la croisée du cinéma des Wachowski et des mangas post-apo des années 1990, 'The Creator' relève le défi. Reste plus qu'à embaucher un bon scénariste pour le prochain film.
Les Feuilles mortes (2023)
Kuolleet lehdet
1 h 21 min. Sortie : 20 septembre 2023 (France). Comédie, Drame, Romance
Film de Aki Kaurismäki
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Une histoire d'amour sobre et néanmoins toute douce, entre Ansa, ouvrière consciencieuse et timide, et un homme dont on ne connaîtra pas le prénom, ivrogne mais soucieux de plaire à Ansa. Le film est simple, épuré, et dans une esthétique qui allie du Bergman et du Tati, veut simplement montrer une douce mélancolie, plus souvent en studio qu'en extérieur, l'évolution des rapports humains, et la naissance progressive de l'affection entre une femme et un homme. L'atmosphère propre à Kaurismaki fait vraiment tout : à mi-chemin entre le cinéma et le théâtre, la direction d'acteurs peut déconcerter par son côté un peu trop mécanique, mais on s'habitue vite à ces visages peu expressifs, ces dialogues sans profondeur et ces espaces clos. La lumière, souvent tamisée, des personnages secondaires toujours intriguants, tout y est très juste et intéressant, et le film est très touchant sur sa fin.
La Conférence (2021)
Die Wannseekonferenz
1 h 48 min. Sortie : 19 avril 2023 (France). Historique, Drame
Film de Matti Geschonneck
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Film pour historien sans aucun doute, qui peut endormir et perdre au vu des détails techniques et de l'abondance de dialogues. Mais quelle représentation magistrale de ce qu'est le IIIe Reich : un enchevêtrement affreusement complexe de juridictions en conflit, une lutte incessante de pouvoirs concurrents, à l'affût de la moindre occasion pour couler des agences rivales. Ici, cela apparaît nettement entre les représentants des ministères (donc incarnant le Reich), ceux de la SS, Gestapo, Sipo-SD (le pouvoir nazi) et la Wehrmacht. Mais une multitude d'intérêts semblent se rejoindre ici, dans le règlement de la "question juive" : la conférence de Wannsee est la mise en ordre de ces intérêts pour aboutir à la solution la plus efficace à l'élimination des Juifs d'Europe.
Le film est un huis clos, donnant parfois des airs de "12 hommes en colère", tant le Dr Stucker cherche à convaincre ses collègues de renoncer à certains points (la déportation des "demi-juifs" par exemple) tout en en proposant d'autres tout aussi inhumains (leur stérilisation).
L'énorme point fort du film est son casting : les acteurs campent leur personnage à la perfection, que ce soit P. Hochmair en Heydrich terriblement avenant et qui cherche à assoir son autorité, J. Allmayer en Eichmann tête d'ampoule mais d'une rigueur et d'une efficacité redoutable, ou encore J. Diehl en Heinrich Müller, qui apparaît ici comme l'incarnation du diable nazi dans son calme et sa froideur la plus absolue. Le film parvient à trouver un certain rythme, dans l'énumération des dossiers pour la résolution de la "question juive", même s'il vaut mieux éviter de le regarder pendant la digestion.
Les Filles d'Olfa (2023)
1 h 47 min. Sortie : 5 juillet 2023. Société
Documentaire de Kaouther Ben Hania
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Pseudo-documentaire, 'Les Filles d'Olfa' commence par retracer l'histoire d'Olfa, femme tunisienne au caractère bien trempé, qui rencontre l'actrice qui va jouer sa rôle. Les décors sont tous très théâtraux, et nous font nous sentir dans un huis clos : l'histoire d'Olfa et de ses filles va nous être racontés comme une pièce de théâtre ; on sait qu'on est face au tournage d'un film puisque les personnages apostrophent souvent Kaouther, la réalisatrice, et c'est ce qui explique l'ambiguïté entre le film et le documentaire. Olfa, Eya et Issayr sont les vraies personnes de qui l'histoire est racontée, et jouent donc leur propre rôle. Seules Rahma et Ghofrane sont jouées par des actrices, et on l'apprend dans le dernier tiers du film pourquoi. On sait qu'elles ne sont pas là, mais on ne sait pas encore pourquoi. Le film commence comme un portrait de femmes en Tunisie au XXIe siècle : presque pas d'hommes, et les hommes qui apparaissent sont vite discrédités car idiots, violents, patriarcaux. Olfa tire son épingle du jeu là-dedans, en tapant son mari le soir de la nuit de noces pour utiliser son sang comme preuve que le mariage a été consommé. Le film ne cesse d'alterner entre ces moments de légèreté et d'autres beaucoup plus intenses et graves. Et bien qu'il essaye trop souvent de nous faire pleurer, il aborde avec énormément de délicatesse les épreuves de la vie d'une jeune fille ou d'une femme en Tunisie, notamment après la révolution de 2011 : car c'est aussi beaucoup un film sur la religion et son emprise sur les femmes, qui s'en font les volontaires relais, jusqu'à se berner dans le fanatisme idéologique.
Sabotage (2022)
How to Blow Up a Pipeline
1 h 44 min. Sortie : 26 juillet 2023 (France). Thriller, Drame
Film de Daniel Goldhaber
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Ce genre de films indépendants qui passeront sous les radars alors qu'il y a un vrai effort d'écriture et de mise en scène. Derrière l'adaptation en fiction de l'essai d'Andreas Malm, il y a un suspense haletant, des personnages écrits et un vrai défouloir idéologique. Plusieurs jeunes se regroupent dans le but de faire sauter un oléoduc près des puits de pétrole texans. Le film alterne entre la menée à bien du projet et des flashbacks sur les motivations de chacun des membres du groupe : pour des raisons idéologiques pour beaucoup, mais aussi pour faire un doigt d'honneur au système capitaliste qui lui a refilé une leucémie pour Theo, pour collaborer avec le FBI pour Rowan... C'est un film bien plus dense qu'il n'y paraît, et qui comme souvent permet de brosser un portrait des multiples trajectoires états-uniennes face aux catastrophes environnementales.
Yannick (2023)
1 h 07 min. Sortie : 2 août 2023. Comédie
Film de Quentin Dupieux (Mr. Oizo)
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Q. Dupieux arrive de nouveau à susciter chez le spectateur et la spectatrice cette réaction qui collait moins à ses films ces 4 dernières années : mais pu**** qu'est-ce que je suis en train de regarder ? Dans un huis clos théâtral plus complexe qu'il n'y paraît, il met en scène une mise en scène, celle de Yannick, un gardien de parking qui a pris sa soirée depuis Melun pour venir se divertir devant un vaudeville très moyen, et qui va prendre en otage la pièce pour monter sa propre histoire. Evidemment, la pièce qui se joue alors est différente de celle que Yannick prévoit pour la fin, et qu'on voit dès lors comme une apothéose du burlesque qui s'est déroulé devant nos yeux. Le talent dramatique de Raphaël Quenard y joue beaucoup : on ne sait pas si on doit se prendre d'empathie pour ce prolo presque cultivé ou si on doit haïr un preneur d'otages qui empêche la pièce de se poursuivre. Le film prend parti évidemment, puisque la pièce de Yannick est un succès et les spectateurs hilares n'entendent même pas la BRI intervenir dans le théâtre. Mais Dupieux a réussi à nous tenir éveillés, interpellés et même rieurs tout au long d'un film globalement vide, où seuls les dialogues et la prestation des acteurs (comme d'habitude à l'exception de Blanche Gardin, qui ne sait jouer qu'un seul personnage a priori) tiennent cette histoire loufoque et hors du temps.
Et comme toujours chez Dupieux, pas de morale ou d'interprétation sur l'art dramatique à retenir : Yannick a juste fait en sorte de prendre en otage la pièce pour qu'on passe tous une bonne soirée.
Vermines (2023)
1 h 46 min. Sortie : 27 décembre 2023. Épouvante-Horreur
Film de Sébastien Vaniček
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Qui sait pourquoi l'épouvante française est aussi active ces dernières années ? Disons surtout l'épouvante grand public, il y a toujours eu des réalisateurs français dans le genre (Pascal Laugier !) mais les producteurs semblent avoir déniché le filon pour attirer du public. Ici, c'est peut-être davantage un film de banlieue qu'un film d'horreur : certes, les araignées tueuses débarquent, mais aucune technique ou idée horrifique ne vient crever le plafond. En revanche, ce que le film a à proposer en terme de métaphore, d'acting, d'ambiance, est tout autre : on est dans un immeuble impressionnant mais vétuste, en France, a priori ce doit être la banlieue parisienne. Caleb a ramené une araignée exotique pour sa collection, dénichée dans un magasin interlope. Le spectateur avait été prévenu dans la scène introductive : des Arabes (?) en cherchaient dans le désert, et l'un d'eux en est mort de les avoir trouvés. Mais l'araignée s'échappe de sa boîte, et commence à pondre dans les corps de ses victimes de l'immeuble : elle prolifère et gagne en taille à chaque nouvelle portée. L'immeuble est confiné, les flics tabassent et gazent ceux qui veulent sortir, et Caleb, sa soeur et leurs amis cherchent un chemin hors de cet enfer.
Bien que je la croyais évidente, la métaphore du Covid n'a pas sauté aux yeux de tout le monde : pourtant, ce fléau ramené de l'extérieur bouleverse la vie de tout l'immeuble, le forçant au confinement et l'exposant aux coups de tonfa des CRS s'ils ne le respectent pas. Il touche aveuglément les jeunes et les vieux, et est extrêmement contagieux. Ainsi, il s'agit de montrer ce qui s'est mis en place dans les banlieues au moment du Covid : pas d'angélisme ici, Caleb est tout le temps envoyé aux fraises quand il veut se montrer solidaire, et l'individualisme de ces quartiers conduit aux catastrophes sanitaires, d'autant que l'Etat n'aide en rien, et matraque plus qu'il ne met à l'abri.
L'ambiance horrifique s'installe ici essentiellement par la saturation sonore : durant plusieurs scènes, celle de la salle de bain marquant le début de la course face à l'horreur, le cadre est saturé de cris, d'horreur, de panique, de colère, et le réalisateur n'a pas souvent recours au calme plat de beaucoup de films du genre. Le jeu d'acteur est étonnamment très bon, des premiers aux seconds rôles, ma palme comme toujours pour Finnegan Oldfield, qui est un acteur trop souvent cantonné aux 2nds rôles.
Les Trois Mousquetaires - Milady (2023)
1 h 55 min. Sortie : 13 décembre 2023. Aventure, Action, Drame
Film de Martin Bourboulon
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Dans la veine du premier, avec une dimension intrigue plus poussée et mieux réussie, et des scènes de combat un peu plus lisibles, malgré cette manie d'avoir toujours la caméra à l'épaule. Une suite qui fait la part belle à Milady/Eva Green, et c'est tant mieux, et qui sacrifie cependant certaines intrigues (celle des protestants !) au profit de la conspiration de Gaston d'Orléans contre le roi.
Les Trois Mousquetaires - D'Artagnan (2023)
2 h 01 min. Sortie : 5 avril 2023. Aventure, Drame, Historique
Film de Martin Bourboulon
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Une heureuse surprise qu'un film d'action historique français qui ne sombre pas dans la facilité ou le spectaculaire inutile. Ici, dans une veine assez classique mais qui fonctionne, on a droit à une belle adaptation du roman de Dumas, dont cette première partie déroule essentiellement l'affaire des bijoux d'Anne d'Autriche. L'intrigue est simple, les personnages bien introduits même si Portos et Aramis sont relativement passés au 2nd plan. Le point fort est tout de même le casting, puisque la plupart des acteurs et actrices campent leur rôle à merveille, depuis François Civil en D'Artagnan intrépide, à Vicky Krieps en Anne d'Autriche. Louis Garrel joue un Louis XIII un peu engoncé dans ses habits et peureux, ce qui n'est peut-être pas l'élément le plus attendu ici. Les décors et les costumes sont bien taillés, et il n'y a que les scènes d'action, pas vraiment lisibles, ainsi que l'éclairage parfois aux fraises, pour ajouter un bémol. Le reste se savoure amplement, que ce soit la scène du Val-de-Grâce ou celle du mariage de Gaston d'Orléans.
Killers of the Flower Moon (2023)
3 h 26 min. Sortie : 18 octobre 2023 (France). Drame, Policier, Thriller
Film de Martin Scorsese
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Fairfax, Oklahoma, les années 1920 : Ernest est au service de son oncle, William Hale, un propriétaire de ranch dans la réserve Osage, connue pour avoir considérablement enrichi les Indiens qui y vivent grâce à son sous-sol pétrolifère. Mais cet argent attise les convoitises : les Blancs rivalisent d'ingéniosité pour se marier avec les femmes Osage et rafler la mise, quand ils ne tuent pas simplement les ayant-droit... Evidemment, l'intrigue est alléchante, et avec Scorsese à la barre, on se dit qu'on va avoir droit à un chef d'oeuvre. D'autant qu'il dirige Di Caprio et De Niro, ses acteurs fétiches ever, bien que ce soit surtout Lily Gladstone qui crève l'écran pendant ces 3h30. Mais le bât blesse ici : pour un film d'une durée exceptionnelle, la plus-value est maigre. La palette de plans, de scènes, d'ambiances, de narration à laquelle nous a habitués le maestro n'est pas franchement au rendez-vous, et on se surprend à s'ennuyer un peu dès la 2e heure, tant tout est évident dans ce qu'il raconte. Ce n'est un secret pour personne que William Hale est derrière tous ces meurtres, sous l'assentiment bienveillant du shérif et de tous les Blancs du coin, et le film se déroule avec pas mal d'invraisemblances (comment peuvent-ils n'être accusés qu'aussi tardivement ? pourquoi Mollie perd-elle toute influence et toute prestance à peine mariée ?) Certes, l'histoire reste bien menée, mais on a l'impression que Scorsese aurait pu franchement mieux faire, d'autant qu'il n'utilise pas cette durée pour complexifier l'intrigue mais davantage pour faire durer des scènes qui n'en ont pas franchement besoin. C'est une tragédie, et on a besoin de voir des dilemmes : et Di Caprio ne relève pas le défi, il est trop facilement manipulable et à la fin les raisons qui le poussent à trahir sont trop simples et peu compréhensibles à la fois. C'est donc un souci de narration qui pénalise le rythme ici, et j'ai l'impression que c'est souvent ce que je reproche à Scorsese : soit ça ressemble à une longue bande-annonce (Les Affranchis, Casino), soit c'est long et vide.
Asteroid City (2023)
1 h 44 min. Sortie : 21 juin 2023 (France). Comédie dramatique, Science-fiction
Film de Wes Anderson
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
On avait l'impression que la béatitude atteinte par "Grand Budapest Hotel" ne pouvait plus être dépassée, et que les films en prise de vue réelle réalisés par Wes Anderson depuis n'étaient que de pâles expérimentations (j'excepte peut-être les films en stop motion qui ont leur propre identité). Ici, 'Asteroid City' montre surtout les nouvelles orientations narratives du maître du travelling sur rail : un récit et une mise en abîme hautement théâtraux (la diégèse du film étant présentée comme une pièce de théâtre en train d'être produite, et ainsi deux narrations s'entremêlent, où les acteurs de l'un sont les protagonistes de l'autre), des personnages pastiches de grands lieux communs du cinéma (la dolly-star à la Marilyn Monroe, le militaire qui chapeaute un programme d'initiation de jeunes surdoués à l'astrophysique, etc.). Ici, rien d'exceptionnel pour autant : tout réside dans l'atmosphère, les mimiques, les ingéniosités de mise en scène, le talent des acteurs et actrices, le génie d'un plan ou le choix d'une musique. On pourrait penser que le réalisateur s'essouffle à toujours reprendre les mêmes recettes, mais il est un fait qu'il les fait toujours d'une très belle manière, qu'il sait magnifiquement diriger ses acteurs, étonner le spectateur, et qu'il approfondit encore davantage la complexité de ses histoires.
Le Garçon et le Héron (2023)
Kimitachi wa dô ikiru ka
2 h 04 min. Sortie : 1 novembre 2023 (France). Animation, Aventure, Drame
Long-métrage d'animation de Hayao Miyazaki
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
9 ans après son dernier film d'animation, et alors qu'il devait (encore) prendre sa retraite, Miyazaki a choisi de nous proposer un condensé de ce qu'il sait faire et de ce qu'il avait déjà réalisé dans ce "Garçon et le héron". Dans une intrigue qui rappelle beaucoup trop celle de Chihiro (un enfant qui perd ses parents et qui fait un voyage initiatique au coeur d'un monde qu'il ne comprend pas pour les retrouver, et finalement pour se trouver soi-même), Mahito est accompagné par un mystérieux homme-héron qui, dans la lignée de tous les Miyazaki, le défie avant de le guider. On peut déjà dire que le vieux Nippon n'a pas pris beaucoup de risque avec ce film, puisque tous les éléments narratifs qui ont fait sa renommée s'y retrouvent, comme une check-list que le spectateur est invité à cocher : les petits esprits mignons ; les animaux en danger ; les mamys protectrices ; le vieux sage ambigu ; la colline verdoyante... Est-ce à dire que Miyazaki ne peut plus nous surprendre ? Quelques images restent encore spectaculaires, que ce soit cette pierre flottante immense qui a dû absorber une bonne partie du budget animation, ou bien les flammes que produit Himi. Si on ne passe pas un mauvais moment, on a quand même du mal à suivre une intrigue au final peu intéressante, et qu'on sent justifiée uniquement par la morale finale, volontairement métaphysique et obscure. Pourtant, Miyazaki nous habituait à des paysages foisonnants, des références en pagaille, comme une peinture de Bosch qu'on est invité à revisionner plein de fois pour pouvoir bien se l'approprier. Ici, c'est moins riche, moins vivant, mais cela reste du Miyazaki, et on en a quand même pour son argent.
Les Gardiens de la galaxie Vol. 3 (2023)
Guardians of the Galaxy Vol. 3
2 h 30 min. Sortie : 3 mai 2023 (France). Action, Aventure, Comédie
Film de James Gunn
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Dans le maelström nauséabond que représentent les productions Marvel depuis plusieurs années, on attendait ce volume 3 des Gardiens un peu comme le Messie. Alors, certes, la trame narrative se tient, les personnages sont assez bien écrits (là où dans le 2nd volet l'écriture avait été un vrai naufrage), le rythme est correct, l'inventivité dans une atmosphère qui est constamment traversée de pessimisme... La franchise redevient un élément sérieux du MCU, et tant mieux. Reste que cela se veut comme un épisode sans prétention, probablement prélude à une suite ou une recomposition de l'équipe, et que cela se voit trop : les instants d'émotions sont beaux mais trop nombreux, et la fin absolument paresseuse, à la Star Wars VI. Je ne me suis pas ennuyé, mais je n'ai pas vraiment été transporté du début à la fin.
Suzume (2022)
Suzume no tojimari
2 h 02 min. Sortie : 12 avril 2023 (France). Animation, Aventure, Fantastique
Long-métrage d'animation de Makoto Shinkai
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Un film d'animation japonais assez classique désormais, et qui fait beaucoup trop penser à 'Your Name', du même réalisateur. Certes, les thèmes abordés le sont relativement bien : la résilience, la famille, les catastrophes... Il y a un gros ventre mou dans le deuxième tiers du film, qui semble relativement nécessaire pour connecter les deux autres tiers qui sont nettement mieux rythmés, mais de ce fait on a tendance à attendre la fin pendant un long moment du film. Au-delà de cela, les personnages des animes japonais sont toujours aussi stéréotypés, leurs relations mal écrites et l'enchaînement logique téléphoné au possible. Mais bon, on reste touché par l'histoire et la mise en scène.
Mission: Impossible - Dead Reckoning (2023)
2 h 43 min. Sortie : 12 juillet 2023 (France). Action, Aventure, Thriller
Film de Christopher McQuarrie
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Peut-être pas le meilleur M.I. de la période McQuarrie, mais la recette fonctionne toujours. Sans grande originalité, 'Dead Reckoning Pt. 1" allie action grandiloquente et intrigue apocalyptique sur un fond de love interest. Maintenant, la question reste : qu'est-ce qui sépare les Mission Impossible des James Bond ? Jusqu'à présent, les side-kicks pouvaient constituer une vraie singularité bien exploitée par McQuarrie. Mais ici, l'objet même du film (l'Entité, sorte d'IA débridée qui rend caduc tout appareil connecté) empêche les side kicks habituels de fonctionner normalement, ce qui aurait pu constituer une façon de détourner les codes de Mission Impossible en leur donnant des rôles différents. Mais au coeur du film, la scène très réussie de l'Orient Express, Luther disparaît totalement et Benji ne sert que d'exfiltration. Ainsi, Ethan Hunt devient un James Bond devant choisir entre ses deux love interests, pour lutter contre un villain désirant obtenir un instrument de domination mondiale... On s'éloigne de plus en plus d'une grande originalité pour aspirer à un film d'action spectaculaire et réussi, mais finalement sans identité.
Je verrai toujours vos visages (2023)
1 h 58 min. Sortie : 29 mars 2023. Drame
Film de Jeanne Herry
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Un film au ton très documentaire, qui montre en quoi consiste la justice restaurative en France : celle qui consiste à confronter des auteurs d'infraction avec des victimes de la même infraction, pour les faire discuter ou simplement accompagner victimes et coupables dans un processus de dialogue. Le film suit deux groupes : autour de vols et braquages, on voit un cercle de paroles se former, passant de la colère à la curiosité, pour finir vers l'entente et la joie ; l'autre intrigue suit un frère et une soeur, principalement du point de vue de la soeur (Adèle Exarchopoulous), violée par son frère durant l'enfance, et qui cherche à établir des limites dans leur relation. Si le film n'est pas exempt de longueurs et d'un rythme pas toujours bien dosé, il repose presque entièrement sur la performance de ses acteurs : les victimes oscillent entre détresse, besoin de se confier, colère et compréhension, les condamnés entre repentance, justification et sobriété. Dali Bensselah est particulièrement convaincant en braqueur calme et posé, et si son rôle pouvait paraître stéréotypé au départ (le condamné qui ne s'engage dans ce processus que pour complaire au juge des libertés), son investissement progressif est vraisemblable. Même Gilles Lellouche (qui ne peut pas s'empêcher de gueuler) n'est pas si insupportable. Le film est assez bien équilibré et ne sombre pas dans l'émotion gratuite (du moins pas tout du long).
Dream Scenario (2023)
1 h 41 min. Sortie : 27 décembre 2023 (France). Comédie, Fantastique
Film de Kristoffer Borgli
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Pas hyper ambitieux, 'Dream Scenario' cherche essentiellement à nous parler de célébrité et d'anonymat. Il arrive quelque chose d'extraordinaire à Paul, et il n'a rien demandé : des milliers de gens se mettent à le voir dans leurs rêves. Il ne fait rien de spécial, mais on commence à le reconnaître : il est médiatisé, devient célèbre, et peut ainsi commencer à avoir des opportunités pour faire publier le livre qu'il veut écrire. Mais quand les rêves des gens se transforment en cauchemar, il est mis au ban. Alors qu'il n'y est toujours pour rien. La métaphore du zèbre que ce professeur de biologie de l'évolution utilise sans arrêt résume le film : lorsque votre pelage ne permet pas de vous différencier des autres, vous êtes à l'abri des prédateurs, à l'intérieur du troupeau. Mais quand vous vous distinguez, volontairement ou non, vous êtes une proie facile. Ainsi, c'est peut-être un film qui incarne le mieux l'adage : never meet your idols. La célébrité à l'heure des réseaux sociaux et des changements incessants de tendance n'est pas une bonne nouvelle quand vous êtes monsieur tout le monde.
Nicolas Cage porte évidemment le film, qui sait être comique par moment et angoissant à d'autres. Au-delà, c'est une comédie A24 sans intérêt autre que de se demander si elle a compris le phénomène de la cancel culture ou si elle cherche juste à dédouaner les vrais prédateurs, ceux qui sont accusés et dont la vie est "détruite".
Babylon (2022)
3 h 09 min. Sortie : 18 janvier 2023 (France). Comédie dramatique, Historique
Film de Damien Chazelle
Alexandre G a mis 6/10.
Annotation :
Quelle est la plus-value de ce film ? Qu'espère Damien Chazelle en nous présentant une énième chronique de destins brisés par l'industrie d'Hollywood au tournant du parlant ? Difficile d'y répondre : on a vraiment l'impression qu'il souhaitait faire son propre film sur le cinéma et... oh wait, MAIS IL L'AVAIT DEJA FAIT
Je ne vois pas en quoi ce film n'est pas La La Land : certes, les personnages ne sont pas exactement écrits pareil, et encore heureux, mais Chazelle en vient même à assumer la mimique en laissant son compositeur reprendre allègrement des passages de la BO du film de 2017, son monteur copier le rythme et l'enchaînement (le medley final), les mêmes tours de caméra... 'Babylon' ne raconte rien d'autre que la splendeur et la décadence que provoque Hollywood, à travers des scènes d'orgies souvent drôles et des scènes de tournage parfois grandioses. La première partie du film est nettement plus réussie, la 2e ne semblant pas vraiment savoir où elle va. Le film semble avoir tout dit au milieu mais continue sur sa lancée pour boucler les arcs de ses personnages, ce qui se révèle mécanique. Certains personnages comme Sidney le trompettiste sont à peine approfondis, tandis que d'autres le sont beaucoup trop sans réel intérêt : on peut deviner ce qu'il advient de Nelly dans les 10 premières minutes du film. Il y a certes de nombreuses bonnes idées, et un talent indéniable pour la réalisation, qui m'empêche de mettre 5, mais clairement ce film ne révolutionne ni n'apporte rien. Il condense juste tout ce que Hollywood a déjà fait sur soi-même... sans plus.
Spider-Man: Across the Spider-Verse (2023)
2 h 20 min. Sortie : 31 mai 2023 (France). Action, Aventure, Science-fiction
Long-métrage d'animation de Joaquim Dos Santos, Kemp Powers et Justin K. Thompson
Alexandre G a mis 6/10.
Annotation :
Que ce film est inégal, et qu'il prend mal la suite du premier ! D'un côté, on a toute la maîtrise du personnage de Spider-Man, la créativité et l'inventivité de tous les autres, la réalisation au cordeau quand il s'agit de faire des scènes d'actions ou des inventaires à la Prévert. Et de l'autre, on a le vide intersidéral de l'intrigue (beh oui c'est un épisode intermédiaire donc faut bien meubler), le fait qu'on s'attarde des PLOMBES sur les émotions, les sentiments, ce qui dans Spider-Man est important mais ne constitue jamais le coeur du scénario, sinon c'est juste ennuyant ! Le film est terriblement bavard, et ça ne s'exprime jamais aussi bien qu'au moment où Miles se rend compte qu'il n'est pas dans le bon univers : le simple bug, qu'on nous avait expliqué quelques minutes auparavant, suffit à nous le faire comprendre, mais le film se sent obligé de nous le réexpliquer. A ce moment là j'ai compris à quel point l'équipe de réalisation n'avait pas capitalisé sur le 1er et s'était laissé emporter dans le côté Disney : faire durer la machine à cash. Très dommage.
The Fabelmans (2022)
2 h 31 min. Sortie : 22 février 2023 (France). Drame, Biopic
Film de Steven Spielberg
Alexandre G a mis 6/10.
Annotation :
Il semble que Spielberg ait expérimenté ici quelque chose qu'il évoque longuement dans son scénario : entremêler le réel et le cinéma pour sortir du dilemme de tout cinéphile/cinéaste, "le cinéma est-il la réalité ?" Le réalisateur émérite propose une histoire de son adolescence entre l'Arizona et la Californie, et sa découverte puis redécouverte de sa passion pour la réalisation de films dans les années 1960. On sent qu'il y a bien des scènes qui sont directement inspirées de son enfance (et même une pulvérisation du 4e mur quand Sam, le personnage principal, promet à son bully au moment du bal de promo qu'il ne fera jamais un film sur lui...) Le film est tout de même globalement centré sur la relation entre Sam et sa mère, elle-même partagée entre son amour pour sa famille et son amour pour Bennie, le meilleur ami de son mari. En cela, la relation est quelques fois touchante, mais s'apparente trop souvent à un mélodrame peu original, quoique toujours très bien réalisé (c'est Spielberg tout de même !) C'est ainsi une énième histoire de coming-of-age, une énième histoire de divorce, un énième teen-movie, dont l'originalité réside plus dans la minutie avec laquelle le film présente la façon de faire des films dans les années 1960 avec des petits instruments artisanaux mais qui se développaient rapidement. Quelques scènes restent d'une inventivité prodigieuse : la première fois que Sam projette son film avec le train, il le fait sur ses mains jointes ; la scène de la danse au camping face aux phares est beaucoup trop appuyée cependant ; enfin, la rencontre avec John Ford à la fin est iconique, et a été pensée pour.
































