Liste de 44 films créée il y a plus de 3 ans · modifiée il y a environ 1 mois
Le Garçon et le Héron
6.9
1.

Le Garçon et le Héron (2023)

Kimitachi wa dô ikiru ka

2 h 04 min. Sortie : 1 novembre 2023 (France). Animation, Aventure, Drame

Long-métrage d'animation de Hayao Miyazaki

Annotation :

Un pur Miyazaki, concentré du Voyage de Chihiro (l'échappée vers un monde alternatif), Le Château Ambulant (l'imaginaire sans limite et rempli de bizarreries), et de Princesse Mononoké (l'anti-manichéisme absolu). Il y en a trop, le film met trop de temps à se développer, et cette rencontre avec la jeune image de la mère n'est pas très subtile, mais quelle réussite que cette partie finale... Le roi perruche, l'équilibre d'un monde bâti sur des morceaux de pierre, et les revirements du personnage du héron : autant d'éléments participant à la beauté d'un conte absolu, philosophique, poétique, et pourtant à portée des enfants.

Quel sens du rythme et de la mise en scène chez Miyazaki. Un de ses meilleurs.

La Montagne
6.4
2.

La Montagne (2022)

1 h 52 min. Sortie : 1 février 2023. Drame, Fantastique, Romance

Film de Thomas Salvador

Annotation :

Salvador avait déjà livré quelques promesses avec son premier long, qui était drôle, intelligent, étonnamment paisible. Celles-ci sont toutes confirmées avec ce deuxième opus, qui poursuit magnifiquement le premier tout en explorant des contrées qu'il n'avait pas même révélées. Mystère et beauté de la montagne, exploration des désirs paradoxaux de solitude et de compagnie, silence et sensations, ce film éminemment minéral parvient à être l'apesanteur tant cherchée dans le septième art.

Étonnant et pourtant évident, taiseux et pourtant si parlant, Salvador tient les clés du futur du cinéma français avec ce très beau film. Il en est en tout cas la personnalité la plus singulière avec Peretjatko. On en reparlera, vous verrez.

Le Règne animal
6.9
3.

Le Règne animal (2023)

2 h 07 min. Sortie : 4 octobre 2023. Science-fiction, Aventure, Drame

Film de Thomas Cailley

Annotation :

Et Thomas Caillez aussi !

Ce type, dont le deuxième long-métrage s'est fait attendre près de dix ans, a lui aussi un quelque chose bien à lui. Observation de la jeunesse, immersion dans la nature (il a l'air d'aimer le sud-ouest), excellent sens du rythme, humour, Cailley reprend ici les germes plantés dans Les Combattants, et montre qu'ils ont bien poussé. Si on n'évite pas certains clichés (les chasseurs, surtout, et aussi la rencontre avec Fix), Cailley prouve qu'il a grandi en tant que réalisateur, et surtout, offre au septième art français une immense proposition, un vrai film de genres, mélangeant le fantastique, l'analyse sociale, le drame familial, et même parfois l'épouvante (certaines scènes sont particulièrement éprouvantes, et un type qui filme la première scène de rencontre avec la mère ainsi ne peut être un idiot).

Un film riche, intéressant, émouvant, et qui se fait un très bel appel à la tolérance, c'est banco. Si Cailley, pour le film suivant, passe encore des paliers en terme de mise en scène, alors il ne lui manquera plus grand chose.

Mars Express
7.4
4.

Mars Express (2023)

1 h 29 min. Sortie : 22 novembre 2023. Animation, Science-fiction

Long-métrage d'animation de Jérémie Périn

Annotation :

Excellent scénario, rythme géré au poil, et bonne mise en scène. L'ensemble se tient très bien, avec des références à Blade Runner, Ghost In The Shell, 2001 et Akira, tout en ayant sa propre identité.

Les scènes d'action sont bonnes, mais disons que ce qui importe est surtout ce qui se joue, l'enquête et le questionnement sous-jacents, et il est dommage que l'accent n'ait pas été plus mis dessus. L'ensemble est très réussi, assez peu émouvant, mais très bien tenu : on en vient presque à regretter que ce ne soit pas un grand réalisateur qui se soit emparé du sujet. Les portes de l'international sont néanmoins à présent plus qu'ouvertes pour Jérémie Périn, et son Mars Express est déjà un petit classique du sous-genre de la SF.

Dans les dents du méga-tocard Mathieu Bablet, qui aurait été bien incapable de signer quoi que ce soit d'aussi intelligent.

Les Feuilles mortes
6.8
5.

Les Feuilles mortes (2023)

Kuolleet lehdet

1 h 21 min. Sortie : 20 septembre 2023 (France). Comédie, Drame, Romance

Film de Aki Kaurismäki

Annotation :

Que Jarmush, pourtant cité, prenne note : le talent ne se surjoue pas, le style non plus. Kaurismäki s'éclate à faire son film d'esthétique, à mettre en scène ses paumés de banlieue, à développer les mêmes caractères ascétiques totalement improbables, et, bizarrement ça fonctionne.

Cela tient à peu de choses, mais la raison principale à l'évidente réussite des Feuilles mortes tient peut-être au fait qu'il est un conte, qu'il ne s'embarrasse donc d'aucun vernis moral, et que son décorum y est son principal argument ; on le parcourt donc comme on visite un musée sans audioguide, sans être contraint d'y subir çà et là des commentaires appuyés (le film se contente de les susurrer : déclassement, alcoolisme, sclérose, il faut les saisir), au seul plaisir des yeux et de la promenade. Kaurismäki sait y faire, et pourtant, aucune prétention, aucun but ramenard : son film est au naturel.

Le Gang des Bois du Temple
7
6.

Le Gang des Bois du Temple (2022)

1 h 53 min. Sortie : 6 septembre 2023. Policier, Drame

Film de Rabah Ameur-Zaimeche

Annotation :

Vrai film de styliste, très inspiré de Melville, mais sans jamais faire penser à un plagiat, et où une somme de scènes déliées participe à un scénario limpide, sans dialogues, basé sur de petits portraits forts et pleins de vie. Un authentique geste de cinéma, il s'est passé quelque chose.

Yannick
7.1
7.

Yannick (2023)

1 h 07 min. Sortie : 2 août 2023. Comédie

Film de Quentin Dupieux (Mr. Oizo)

Annotation :

Il est facile de se l'imaginer : Quentin Dupieux a d'abord eu l'idée de monter une pièce de théâtre édifiée à partir du même concept, mais on se doute bien que cela aurait été impossible à faire (et ce pour de très bonnes raisons).

Portant la chose au cinéma, il y perd pour la plus grande part l'inhérente dimension beckettienne de son postulat, et c'est tant mieux : ici, pas de silence gênant, pas d'hystérie, pas de flottement. Le long d'un scénario bien troussé et suffisamment concis pour ne pas occasionner de temps mort, il échafaude la vengeance d'un spectateur vis-à-vis d'un divertissement qui l'afflige, et, plus beau que ça encore, le mène à devenir la star qu'il n'avait jamais rêvé d'être. Entre ce que cela dit de la réappropriation que tout un chacun peut se faire de l'art, et de la possibilité fortuite de s'adouber créateur, comme ça, sur un coup du destin, le film révèle même un peu plus de profondeur que ce que son seul exercice promettait.

Chassez le naturel, il revient au galop : il y a bien évidemment une scène faisant appel au non-sens cher à Dupieux, celle où Pio Marmaï (acteur très médiocre) part en power-trip. Organisée pour le seul plaisir du numéro, et incroyablement peu tangible, elle est de loin la moins bonne de ce film. Cela doit être aussi dû au fait qu'elle est la seule à ne pas mettre en scène Raphaël Quenard : il faut bien reconnaître que, servi par d'excellents dialogues, il y est brillant (ce que Blanche Gardin s'est quant à elle bien interdit d'être).

De très très loin le meilleur film de Dupieux que j'aie vu.

Sirocco et le royaume des courants d’air
7.3
8.

Sirocco et le royaume des courants d’air (2023)

1 h 20 min. Sortie : 13 décembre 2023. Animation, Aventure, Fantastique

Long-métrage d'animation de Benoît Chieux

Annotation :

Très grosse inspiration Miyazaki pour ce joli dessin animé, qui ne démérite pas du tout devant ses modèles (Le Château ambulant surtout), même si la deuxième partie piétine un peu. On se contentera donc de cette très belle immersion en royaume imaginaire, de cette charmante dynamique qui est donnée au dessin, et de cette inventivité régulièrement déployée au service de visions qui, judicieusement, évitent d'affadir leur merveilleux en y allant mollo sur le sucre.

Magnifiques couleurs et très beaux dessins dans un style de ligne claire de plus en plus rare.

Anatomie d'une chute
7.7
9.

Anatomie d'une chute (2023)

2 h 30 min. Sortie : 23 août 2023. Drame, Policier, Thriller

Film de Justine Triet

Annotation :

Excellent scénario, subtil, intelligent, assurément très bien écrit. Le film se résume un peu à cela : il est une belle machine, bien montée, bien faite, tant pensée et résolue qu'elle en devient presque caricaturale (voire, cherche l'épate). Les dialogues servent tous une idée, la mise en scène est toujours fonctionnelle, et l'ensemble acquiert donc un goût de démonstration irréfutable ; voilà qui fait une belle jambe. Soyons clairs : Anatomie d'une chute est un bon film, et c'est une réussite en soi en l'an de grâce 2023... mais ce n'est pas du cinéma qui fait rêver.

Tout ceci pourrait se résumer à la scène de la dispute, qui fait office de pivot central au film : elle est très bien dialoguée, ce qui y est échangé est pertinemment subtil, il y a du corps, mais en même temps, elle est problématique, car elle met trop de mots sur les ambiguïtés des personnages, elle est trop littéraire, trop écrite, elle est un texte explicatif avant d'être une tranche de vrai (et il en va de même pour le monologue final du fils, trop préparé, mais qui a pour lui le fait qu'il est porté par une idée forte de cinéma). Les acteurs, eux aussi, de toujours évoluer dans une fausse spontanéité, de jouer de bons mots, d'être très sérieux, d'être parfaitement "employés". Mais un être n'est-il pas plus qu'un emploi, justement ? Derrière chaque idée, derrière chaque rebondissement, derrière chaque mot, on sent moins la ferveur que l'intelligence : cette Palme d'Or prend trop de précautions.

Film bien fait, assurément, et écriture brillante, mais une légère amertume l'emporte : Cannes, le repaire des poètes, n'est-elle pas finalement devenue l'école des scénaristes très appliqués ?

Beau is Afraid
6.5
10.

Beau is Afraid (2023)

2 h 59 min. Sortie : 26 avril 2023 (France). Drame, Épouvante-Horreur, Fantastique

Film de Ari Aster

Annotation :

Ari Aster, on va en bouffer pendant quarante, cinquante ans. Et on a déjà le ventre plus que plein.

Môssieur Aster n'est pas n'importe qui, il l'annonce à chaque nouveau film, et ses ambitions sont démesurées : en guise de modèle, le bougre lorgne sans s'en cacher du côté de Kubrick. Et, à l'occasion de ce film-ci, il saute encore les étapes : de Hérédité à Midsommar, il devenait adulte, de Midsommar à Beau Is Afraid, il devient virtuose. Aster maîtrise sa mise en scène (d'une grande beauté et d'une précision folle), Aster dirige ses acteurs parfaitement, Aster fait preuve d'audace, d'inventivité. En clair, Aster a tout pensé, tout préparé, tout prévu.

Quel film brillant... et quel film assommant. Car Aster est tellement conscient de sa supériorité et de son talent qu'il écrase une dernière fois le spectateur lors de dernières secondes proprement méprisables, au cours desquelles il réduit trois heures gargantuesques (et, dans leur pompe invraisemblable, souvent tape-à-l'œil) en un dénouement inéluctable, vaniteux, qu'il fait bien durer pour anéantir toute contestation, l'air presque donneur de leçons : "fallait pas t'attendre à autre chose, tocard". DÉTESTABLE.

C'est sûr que ce film laisse entrevoir plus de talent que n'en promettra jamais Chazelle, mais est-ce néanmoins une victoire que de voir arriver ce genre de film, écrasant et définitif ? Le débat vous appartient, à vous les jeunes.

Winter Break
7.3
11.

Winter Break (2023)

The Holdovers

2 h 13 min. Sortie : 13 décembre 2023 (France). Comédie dramatique

Film de Alexander Payne

Annotation :

Parce qu'il faudrait y couper une demi-heure, et que certains dialogues sont trop ostentatoirement narquois (donc un peu faux : Payne roule trop des mécaniques), Winter Break ne peut se targuer d'être l'égal de Green Book, auquel il fait parfois penser. Il se regarde néanmoins avec un certain plaisir : voici un chouette film de Noël, riche de quelques très belles scènes ,qui sait installer son ambiance, et doté d'un côté feel-good, du moins à moitié. Dans son amertume heureuse, il évoque d'ailleurs les films de Bogdanovitch, dont il se réclame probablement.

La réalisation n'est pas formi-formidable mais quel plaisir que cette image soignée, granuleuse et vraie... C'est à présent si rare.

Priscilla
6
12.

Priscilla (2023)

1 h 53 min. Sortie : 3 janvier 2024 (France). Biopic, Drame, Romance

Film de Sofia Coppola

Annotation :

Un jalon qui ne dérogera pas à la tendance globale dans la filmo de Coppola : la cinéaste de l'adolescence (surtout, de l'adolescente) monte ici le catalogue Priscilla Presley, ses ennuis, ses soumissions humiliantes, ses désarrois, sa perte d'innocence, dans un chapitrage pop très mécanique qui vire régulièrement à la caricature.

Pourtant, le film fonctionne assez, mais c'est, de fait, surtout dû à la patine rétro divinement réussie de l'image, qui fait que le film baigne dans un écrin parfaitement somptuaire. Esthétiquement, la réalisatrice signe son film le plus abouti : un tel feutre, ça ne se voit pas tous les jours.

Ferrari
5.9
13.

Ferrari (2023)

2 h 10 min. Sortie : 8 mars 2024 (France). Biopic, Drame, Historique

Film de Michael Mann

Annotation :

Michael Mann a toujours davantage été un réalisateur de l'image plus que de la psychologie : toujours au rendez-vous pour signer des images ouatées, presque planantes, rarement présent au moment de soigner ses dialogues. Le théorème mannien est encore d'actualité à l'aune de ses 85 ans.

Car Ferrari n'échappe pas à l'habituelle superficialité témoignée par le réalisateur : plus que par l'affect, les personnages y sont brossés par l'esthétique, et se voient vêtus de costard impeccables, observés en jours et contre-jours, ou dans les reflets des miroirs, en mises au point sélectives. Mais l'aspect sommaire des caractères dépeints (on se fout royalement de l'histoire) est effacé par la beauté de la mise en scène, très léchée, glacée et pleine de cinétique. Ce que fait Mann au crépuscule de sa carrière est assez impressionnant : son film ne passe jamais pour celui d'un vieux crouton, il est toujours pertinent.

Il aura fallu qu'elle fasse semblant d'être italienne pour que la ressemblance devienne une évidence : Penelope Cruz est la Sophia Loren de son époque.

Voyages en Italie
6.7
14.

Voyages en Italie (2022)

1 h 31 min. Sortie : 29 mars 2023. Comédie romantique

Film de Sophie Letourneur

Annotation :

Moui, c'est gentillet comme film, mais ça se regarde quand même un peu dans le miroir, je suis bobo j'aime voyager, je cite Rossellini et la seule chanson de Salvador que je connaisse. Alors forcément, y a de l'humour et de la dérision pour éviter que ce soit vraiment trop nombriliste, mais du coup, à force de caricature, les deux personnages en deviennent désespérément médiocres. On apprend d'ailleurs, après coup, que Sophie Letourneur organise ce film comme le premier d'une trilogie autour de la rupture avec son mari ; pouah, le gars a dû en faire des sales pour être représenté d'une telle façon par Philippe Katerine. Flemmard, embêté par un rien, armé d'un sex-appeal de rôti, et à deux doigts d'un acte abject vers la fin, le personnage n'a droit à aucune lumière.

Toujours est-il que, tout mollement que ce soit, le film se regarde, qu'il est vrai que certaines choses sont drôles, et que, dans un étrange milieu entre le voyeurisme introspectif et l'auto-dérision, Letourneur démontre un certain courage pour se filmer de la sorte. Mais bon, soyons réalistes : ce n'est pas ça qui fera l'histoire.

Past Lives - Nos vies d’avant
7.4
15.

Past Lives - Nos vies d’avant (2023)

Past Lives

1 h 46 min. Sortie : 13 décembre 2023 (France). Drame, Romance

Film de Celine Song

Annotation :

Sur le papier, l'histoire est bonne, excellente même : dans le genre de l'amour fatidiquement inaccompli, le scénario se pose. Le film, quant à lui, n'est franchement pas génial, et laisse sur un plein sentiment de frustration : il lui manque à la fois pas grand chose et beaucoup trop pour être plus qu'une petite amourette sans relief, comme il en existe à chaque coin de rue et à chaque heure.

De fait, la première partie est fade : trop évidente, trop rabougrie dans son développement, elle ne fait jamais exister de façon profonde le lien (un peu factice) qui unit ces deux ados séparés par les chemins de la vie. La deuxième est plus convaincante, et tient grâce à l'insertion du personnage du mari dans la trame, lequel infuse une certaine subtilité à l'approche (tout y est question de regret quant à l'existence des possibles), et implique une douleur et un renoncement concrètement matérialisés à son duo de personnages principaux. Le nœud amoureux devient d'ailleurs assez juste, pertinent, et on pourrait presque sentir l'émotion poindre... mais la mise en scène ne permet jamais à l'ensemble de sur-exister. Car ici, tout n'est qu'habillage propret, et rien n'est déflagration : alors que le récit atteint son paroxysme, on y entend la petite musique de roucoulade, un manège en arrière-plan vient y ajouter une forme de posture esthétique un rien surfaite, on y incruste de belles lumières pour rendre tout ça un brin crépusculaire, bref, tout est assez collet monté, un peu consciencieux.

Sauf que la vie est terne, incroyablement décevante, merde !, et tout ça devrait être sec, gris, plus naturel... La résignation face au destin ne choisit pas d'ornements à ce point coquets et lisses. Purée, le cinéma, c'est pas pour décorer, hein ! (merci Gérald)

Love Life
6.9
16.

Love Life (2022)

2 h 04 min. Sortie : 14 juin 2023 (France). Drame

Film de Kōji Fukada

Annotation :

Fukada s'assagit, et même si Love Life part parfois dans le n'importe quoi et dans le bizarrement rafistolé, il est peut-être, à ce jour, le film le moins bancal de son auteur. On en ressort donc mi-raigue mi-fisin : d'une part, il est bon de savoir que Fukada peut se faire plus posé, et de l'autre, force est de reconnaître que, par son nivellement vers les standards, ce jalon de sa filmographie n'est hélas pas celui qui donne le plus de promesses.

Reprenant les codes du drama de son horrible diptyque précédent, mais parvenant à s'en détacher pour arriver à quelque chose de plus juste, Love Life démontre une intelligence en sourdine dans sa captation des rapports amoureux, qui se font pour mieux se défaire. Il y manque toutefois quelque chose, sans doute une vraie prise sur la réalité, et le tout de se contempler avec un œil souvent déconcerté : ni formidable, ni tout à fait médiocre, le film se regarde sans ennui, mais sans véritable émerveillement.

Les œuvres de Fukada n'étaient-elles pas presque plus intéressantes lorsqu'elles étaient complètement foutraques ?

Killers of the Flower Moon
7.3
17.

Killers of the Flower Moon (2023)

3 h 26 min. Sortie : 18 octobre 2023 (France). Drame, Policier, Thriller

Film de Martin Scorsese

Annotation :

Peut-être que, d'un point de vue historique, cela constitue une bonne intrigue : on voit assez bien un tel sujet être porté en dossier journalistique, être raconté comme une chronique accablante et polémique, et détailler, dans une chronologie rigoureuse et documentée, tous les faits terribles et les vils idéaux qui ont contribué à la tragédie dont il est question. Au cinéma, l'intérêt est moins sûr : difficile de faire plus plan-plan que ce récit programmatique, livré comme un classeur ordonné, où chaque scène s'inscrit davantage dans une accumulation d'éléments à charge plus que dans une construction dramaturgique audacieuse (pertinente, du moins).

Quitte à se faire mal, on a l'impression que Scorsese, lui, le brillant réalisateur, vire à l'exposition scénaristique, et que son film ne décolle jamais vraiment du papier où il a été écrit. On pourrait même presque se dire que, pour la provoc', ça aurait été mieux de voir Tarantino tenir la barre : le risque aurait été de voir un potentiel chef-d'œuvre se conclure sur un massacre débile et hystérique, bien évidemment. Mais, au moins, ce gros paquet aurait été un peu plus vibrant.

Certes, tout ceci est correctement emballé, et on ne peut pas dire que la production a été faite à moitié : la reconstitution est hallucinante, et Scorsese ne se prive d'aucun travelling dispendieux pour révéler l'immensité de son plateau de tournage. Mais, trois heures et demi (et autant de fric) pour tout ça, était-ce vraiment nécessaire ? De toute cette horizontalité précautionneuse, n'émarge que la conclusion, qui elle, se pourvoit enfin d'un peu de souffle ; encore faut-il y arriver.

Master Gardener
6.1
18.

Master Gardener (2022)

1 h 51 min. Sortie : 5 juillet 2023 (France). Drame, Thriller

Film de Paul Schrader

Annotation :

Schrader se récite, et, à peu de choses près, on pourrait tenir là le dernier jalon d'une trilogie à part entière : comme dans ses deux films précédents, il y est question d'un homme ayant commis des exactions capitales, et s'étant acquis une rédemption bon marché au travers d'une vie monacale et dévote. Elément perturbateur, il rencontre une personne qui va aussi bien balayer que réveiller ses démons du passé, et va trouver en ce compagnon d'infortune une forme de relais, aussi bien qu'un objet d'expiation définitive ; aucun doute n'est permis, on est bien chez Schrader.

Toujours est-il que le réalisateur ne se fatigue pas trop avec cette série B maigrichonne, dont l'économie de moyens participe tant à une épure éventuellement intéressante qu'à une impression de fainéantise ; les meilleurs films du bonhomme sont derrière lui, assurément.

Fermer les yeux
7.1
19.

Fermer les yeux (2023)

Cerrar los ojos

2 h 49 min. Sortie : 16 août 2023 (France). Drame

Film de Victor Erice

Annotation :

Bien dialogué, bien joué, correctement réalisé, mais il faut arrêter la complaisance critique et l'indulgence totale dont font preuve les pontes du goût vis-à-vis de ce film trop long d'au moins une heure, tout cela parce que Erice a fait deux films il y a cinquante ans.

Rien d'inoubliable ici, mais comme d'hab', dès qu'un cinéaste rend hommage à Rio Bravo, ou se permet d'aborder l'histoire du septième art par l'idée du film dans le film, la critique rend les armes. Et un peu de mise en scène tranchante, un peu de nerf, ce serait trop demander ?

L'Astronaute
6.8
20.

L'Astronaute (2022)

1 h 50 min. Sortie : 15 février 2023. Drame, Aventure

Film de Nicolas Giraud

Annotation :

Petit film correct, sans plus.

Le truc est fait avec ferveur, est correctement monté, et on sent que Giraud est impliqué, mais tout n'est pas très crédible, et y manque une réelle profondeur, les personnages étant cousus de fil blanc (les acteurs et les dialogues sont moyens), ou l'appel à la fibre émotionnelle se faisant assez convenue.

The Fabelmans
7.2
21.

The Fabelmans (2022)

2 h 31 min. Sortie : 22 février 2023 (France). Drame, Biopic

Film de Steven Spielberg

Annotation :

Sur l'autel de la neuneuserie, vous prierez pour votre Dieu Spielberg.

Régulièrement irregardable à cause de son affection tellement surjouée (Michelle Williams toute en exagération ridicule), à cause de son vernis rétro complètement illuminé, et à cause de son américanisme sempiternel et irréductible. Certes, Spielberg n'est pas le dernier des techniciens, tout cela est fluide, mais le problème est ailleurs : le wonderkid est un de ces types à propos de qui l'on dit qu'ils sont gentils, ou qu'ils sont émotifs, sauf que ça n'est jamais un compliment.

Une affaire d'honneur
6.4
22.

Une affaire d'honneur (2023)

1 h 41 min. Sortie : 27 décembre 2023. Drame, Historique

Film de Vincent Perez

Annotation :

Relativement correct, téléfilm +. On peut vitupérer contre cette reconstitution au goût du jour (tout ceci est un peu con : il n'est pas question de plaider en défaveur des engagements du film, mais plutôt de dédire la crédibilité des personnages qui les incarnent en 1890), contre ce scénario joué d'avance, contre ce côté troupier fatigant, mais voilà, disons que pour une soirée France 3, cela ferait plutôt office de satisfecit.

Doria Tillier tu es nuuuuuuulle.

Vermines
6.6
23.

Vermines (2023)

1 h 46 min. Sortie : 27 décembre 2023. Épouvante-Horreur

Film de Sébastien Vaniček

Annotation :

Étonnamment, le film capitalise sur une réelle efficacité dans ses trois premiers quarts. À défaut d'avoir de l'élégance, disons que ça se tient, et que le rythme des scènes, lesquelles marient un second degré judicieux à l'action brute, témoigne d'une belle science de la tension dramatique.

Mais dans sa dernière partie, le film vire au grotesque, et s'enfonce dans un sombre réquisitoire anti-flics (des connards doués dans l'ultra-violence : voici du ACAB dans le texte), couplé à une impasse scénaristique profonde, qui ne peut se résoudre que dans une fusillade gogole, digne des pires nanards. Le constat est sans appel : l'horreur à la française n'a toujours pas trouvé sa tête de gondole.

A quoi ça sert que Jack Nitzsche chante Little Daughter, que les Cortinas pondent Phoebe's Flower Shop ou que Hefner enregistre Eloping alors qu'il ne pourrait y avoir que tout ce beau rap exhibé en guise de transitions musicales ? Merci Damso, merci Laylow, ah vraiment, merci.

Migration
6.6
24.

Migration (2023)

1 h 22 min. Sortie : 6 décembre 2023 (France). Animation, Aventure, Comédie

Long-métrage d'animation de Benjamin Renner et Guylo Homsy

Annotation :

Pas nul, pas horrible, voilà ce qu'il y a à retenir de ce film pour enfant tout lisse et creux comme une huître. Des comme lui, il en sort par centaines.

Misanthrope
6.8
25.

Misanthrope (2023)

To Catch a Killer

1 h 59 min. Sortie : 26 avril 2023 (France). Thriller, Drame, Policier

Film de Damián Szifrón

Annotation :

Le film n'est pas tout à fait horrible, mais il est mal fagoté : il est plat, tendance sec, presque sans ton. C'est son originalité, car, à l'heure où tout doit être aussi assourdissant et effréné que possible, celui-ci prend un peu son temps, et choisit de ne pas tout miser sur l'esthétisation de la violence.

Mais Szifron est trop peu maître de son matériau pour accoucher d'autre chose que d'un film télé de luxe. Perpétuellement hésitant sur la ligne à suivre, il évolue dans un désagréable entre-deux, et sombre plus qu'à son tour dans les clichés de la psychologie de comptoir : les dialogues, littéraires au possible, sont purement horribles, et l'interprétation de Mendelsohn, cabot comme pas deux à l'heure de jouer le leader spécialiste en développement personnel, est supra-mauvaise.

Late Night with the Devil
6.5
26.

Late Night with the Devil (2023)

1 h 33 min. Sortie : 28 août 2024 (France). Épouvante-Horreur

Film de Cameron Cairnes et Colin Cairnes

Annotation :

Mise en place beaucoup trop longue pour un climax si insignifiant et prévisible. Pire encore, pour en arriver là, le déroulé ne sait pas trop quoi faire pour tenir la durée, alors y sont incluses des séquences crétines d'hypnose et de mentalisme, du type "ce que vous venez de voir n'est pas vraiment ce qu'il s'est passé !" ; sinistre programme.

Un vrai soin est apporté à l'image, mais le film est hélas assez anodin, voire boursouflé : non seulement on voit un peu trop l'envie de signer la nouvelle perle du circuit indé (y a encore du chemin), mais en plus, les acteurs en font des caisses.

Knock at the Cabin
5.6
27.

Knock at the Cabin (2023)

1 h 40 min. Sortie : 1 février 2023 (France). Épouvante-Horreur, Thriller

Film de M. Night Shyamalan

Annotation :

De quelle fièvre new-age Shyamalan a-t-il bien pu être frappé ?

Si l'on ôte le sous-texte prosélyte (on croit rêver !), le film est étrangement regardable, et largement au-delà des horreurs putassières que le gonze a pu signer par ailleurs. Car Shyamalan est ici dans sa version la moins mauvaise, et parvient à tendre son dispositif d'un certain nerf, à y montrer un peu d'engagement. Cela ne veut pas dire que le film ne souffre pas d'énormes défauts, et que ce scénario plein de bondieuserie vomitive (celle de l'Ancien Testament) doit être oublié ; cela signifie simplement que, si l'on s'y intéresse d'assez loin, le divertissement peut égayer une soirée entre vieux potes qui ne savent plus de quoi parler.

Chicken Run - La Menace nuggets
6.1
28.

Chicken Run - La Menace nuggets (2023)

Chicken Run: Dawn of the Nugget

1 h 41 min. Sortie : 15 décembre 2023. Animation, Aventure, Comédie

Long-métrage d'animation de Sam Fell

Annotation :

On rempile, vingt ans après, sur une suite qui fera le plaisir des adultes qui voient le premier comme une madeleine, jusqu'à en perdre toute objectivité en y repensant, et se laissant même aller à des rires surjoués lorsque vient le temps du revisionnage : il faut justifier l'attachement nostalgique qu'on lui tient. Unique autre cible de ce divertissement purement commercial : leurs enfants, qu'ils ont décidé de biberonner à la même pop-culture que celle qui fait leur seule identité.

Sauf que : l'original était rigolo, à peu près distrayant, mais pas franchement très bon, et il n'y avait donc pas forcément de quoi en faire une suite. Ce deuxième volet est d'ailleurs assez médiocre, foncièrement laid (une musique d'intro horrible, des couleurs criardes comme jamais, des décors numériques à pleurer), et ne parvient jamais à justifier sa propre existence ; était-ce bien nécessaire ?

Asteroid City
6.1
29.

Asteroid City (2023)

1 h 44 min. Sortie : 21 juin 2023 (France). Comédie dramatique, Science-fiction

Film de Wes Anderson

Annotation :

Quatre génies qui se parlent en citations de philosophes grecs, quelques acteurs inamovibles qui bougonnent, une relation amoureuse qui tient de la pruderie épistolaire (Anderson sait-il ce à quoi ressemblent des ébats passionnels ?), et toujours ces décors en carton-pâte, rigoureusement alignés, géométriquement disposés. Bâillements inévitables devant tant de méticulosité vaine.

J'ai toujours voulu qu'on me demande ce que je pense de Wes Anderson. Je prendrais alors un air très réfléchi et savant : "Wes Anderson, c'est l'imagination sans la poésie, et l'imagination sans la poésie, qu'est-ce que c'est, c'est la vie sans les couleurs. Non, c'est même encore pire que cela, ce sont les couleurs sans la vie."

Mais comme je n'ai pas d'amis ou de relation sociale car je suis trop désagréable, je ne peux que l'écrire ici.

L'Innocence
7.5
30.

L'Innocence (2023)

Kaibutsu

2 h 06 min. Sortie : 27 décembre 2023 (France). Drame, Thriller

Film de Hirokazu Kore-eda

Annotation :

Les critiques les plus érudites parlent de Rashōmon comme étant le modèle de ce film, oui mais attention : Rashōmon était organisé autour d'un procès. Rien ici ne justifie cette structure compliquée, qui sert surtout de subterfuge (chaque point de vue est incomplet, et nécessite donc d'être approfondi par un autre) et permet à Kore-Eda de manipuler, déjouer ce qui a été joué, reconstruire ce qui était établi ; au bout d'un moment, devant tant de fausses pistes, on assiste à de la rétention d'information, et c'est insupportable.

L'ensemble est de toute façon assez caricatural, lourdement écrit, personne n'est ni trop mauvais ni irréprochable, sauf les enfants, qui sont en permanence filmés avec une affection démesurée : plans dans les hautes herbes, jeux espiègles, contre-jours sur piano dégoulinant, et tant de mignonneries grossières de scénariste (un train abandonné leur sert de repaire, et pourquoi pas un module lunaire tant qu'on y est). L'accumulation de coïncidences capitales (le prof entend la directrice jouer du cor au moment où il est sur le toit, le bar à hôtesses est incendié par le gamin, la directrice a tué sa petite-fille...) laisse songeur quant à la crédulité que le film exige : à trop virer à l'exercice et au patchwork d'idées, le récit ne ressemble plus qu'à une enfilade de crucheries.

Et comme si toute cette niaiserie ne suffisait pas, voilà que de pénibles ritournelles de piano viennent clouter le cercueil. On fait grand cas de Sakamoto, dont la mort a précédé la sortie du film ; pourtant, personne ne connaît rien d'autre de ce compositeur que la mauvaise musique de Furyo. Soyons francs : ce ne sont pas ces indigentes ballades, tout juste bonnes à faire pleurer Margot, qui l'établiront dans le gotha, entre Hisaishi et Ikebe.

Véreux

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