Cover Les meilleurs films de 2025
Liste de

43 films

créée il y a environ 1 an · modifiée il y a environ 1 mois
Une bataille après l'autre
7.4
1.

Une bataille après l'autre (2025)

One Battle After Another

2 h 42 min. Sortie : 24 septembre 2025 (France). Comédie, Drame, Thriller

Film de Paul Thomas Anderson

Arthur Debussy a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Une bataille après l'autre met du temps à démarrer, mais devient bien assez vite le film complètement fou et jubilatoire tant vanté par un good buzz mérité.

Encore une fois, Paul Thomas Anderson démontre qu'il est l'un des tous meilleurs réalisateurs américains en activité, jamais là où l'attend.

Je suis surpris de lire parfois que PT Anderson n'est pas assez, voire pas du tout politique avec ce film. Au contraire, c'est certainement son long métrage le plus politique, et les références nombreuses à l'Amérique trumpiste d'aujourd'hui sont évidentes. Le souligner davantage aurait été too much. Et pardon, mais ça fait du bien de voir un réalisateur qui fasse confiance à son public pour comprendre ce qui se passe à l'écran.

Le film est un festival de séquences d'action haletantes et drôlissimes, servies par un excellent casting. Big up à Leonardo DiCaprio, magistral en père looser et sensible, dépassé par les événements, mais très attachant. Mention spéciale à Chase Infiniti, jeune actrice prometteuse. Et bien sûr, je n'oublie pas Sean Penn, inoubliable en militaire suprémaciste complètement barge.

Tout comme Licorice Pizza, mais en beaucoup moins léger (Une bataille après l'autre est plutôt un thriller), ce long métrage est un grand moment de cinéma complètement réjouissant et virtuose. Qu'est-ce que ça fait du bien de voir de tels films !

Nino
7.1
2.

Nino (2025)

1 h 36 min. Sortie : 17 septembre 2025. Drame

Film de Pauline Loquès

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

C’est tout ce que j’aime dans le cinéma, ce genre de belles surprises. Ça fait un moment que j’entends beaucoup de bien de Nino de Pauline Loquès, notamment de la part d’ami-es proches. Au point que bien après la bataille, je me sois décidé à enfin aller le découvrir en salles, à peu près sûr de mon coup.

Et en effet – ce qui n’est pas si courant – Nino a tenu toutes ses promesses. J’ai été conquis par la finesse et l’intelligence de l’écriture cinématographique de Pauline Loquès, aidée de Maud Ameline. On alterne régulièrement le rire et les larmes, parfois en quelques secondes ou en même temps, émus qu’on est par ces personnages très attachants, et notamment ce grand échalas de Nino, incarné à la perfection par un Théodore Pellerin magnétique, bouleversant de force tranquille et de fragilité à la fois.

Rares sont les films à savoir rendre compte à la fois de la complexité et de la beauté de la vie. A ne rien omettre des difficultés que nous rencontrons, sans pour autant s’enfermer dans l’amertume, mais au contraire en laissant percer l’espoir.

Nino est en cela un film particulièrement précieux, et un très gros coup de cœur en ce qui me concerne, qui vient chambouler tout ce que j’ai vu cette année, pour arriver directement dans mon top 3. Je suis loin d’avoir vu tous les films sortis en 2025, et mon top évoluera peut-être. Mais au-delà de tout classement, voilà un film qui m’a marqué, à la fois par son sujet et son traitement, et par cette conception du cinéma qui me parle beaucoup, là, tout de suite.

Un simple accident
6.8
3.

Un simple accident (2025)

Yek tasadef sadeh

1 h 42 min. Sortie : 1 octobre 2025 (France). Thriller, Drame

Film de Jafar Panahi

Arthur Debussy a mis 8/10.

Annotation :

Grand film de Jafar Panahi, qui déboulonne la statue branlante du régime iranien avec une économie de moyens remarquables. Il est intéressant de comparer Un simple accident avec l'autre film iranien de la compétition cannoise : Woman and Child de Saeed Roustaee. Un excellent film au demeurant. Mais il passe par beaucoup d’esbroufe en termes de mise en scène, de scénario et de dialogues tortueux, quand le film de Panahi est un modèle de concision et d'efficacité. Son humanisme à la fois lucide et bonhomme rappelle les grands maîtres du western classique, tels John Ford, le van du film ressemblant à la diligence de La Chevauchée Fantastique, où des personnages contraints de rester ensemble et de se supporter incarnent toutes les nuances de l'humanité.

Mais Un simple accident n'est pas qu'une simple tragicomédie. C'est une réflexion vertigineuse sur la violence, la justice et le mal. Comment combattre ce dernier sans tomber sous son emprise ? La réponse est loin d'être simple. On le sait depuis longtemps, l'art nous prenant d'ailleurs à témoin, la vengeance peut être amère.

Jafar Panahi livre donc un film simple en apparence, mais riche et complexe, porté par de talentueux interprètes, et une mise en scène limpide, mais qui ça et là démontre le savoir-faire indéniable du cinéaste iranien.

J'ai vu l'autre grand favori de Cannes 2025, Un agent secret de Kleber Mendonça Filho, et après l'erreur de l'an passé (La Graine et le Figuier de Mohammad Rasoulof aurait clairement dû être sacré au lieu d'Anora), le jury de Juliette Binoche semble ne pas s'être trompé : Un simple accident est une belle et évidente Palme d'Or.

Oui
6.6
4.

Oui (2025)

Ken

2 h 29 min. Sortie : 17 septembre 2025 (France). Drame

Film de Nadav Lapid

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Ça fait du bien de découvrir des films comme Yes de Nadav Lapid, des films fous, ambitieux, politiques et polémiques, qui posent plus de questions qu'ils n'assènent de réponses. Rendre hommage aux victimes israéliennes du 7 octobre, tout en dénonçant les crimes d'Israël à Gaza et en Palestine, voilà une posture pas facile, et pourtant Nadav Lapid est à la hauteur de son sujet. Je ne peux que saluer également les trois acteurs principaux : Ariel Bronz, Efrat Dor et Naama Preis, exceptionnels. Si le film se perd un peu dans quelques longueurs dans sa deuxième partie, il reste passionnant de bout en bout, et particulièrement caustique. Les films qui font réfléchir, c'est toujours plaisant... et alors quand la mise en scène est inventive, c'est un vrai régal :-).

Berlin, été 42
6.4
5.

Berlin, été 42 (2024)

In Liebe, Eure Hilde

2 h 04 min. Sortie : 12 mars 2025 (France). Biopic, Drame, Historique

Film de Andreas Dresen

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Très beau film pour l'ouverture du Festival du Cinéma Allemand, à Paris. Un film fort sur le fond (des Allemands résistant aux nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale) et avec une esthétique et un parti pris très intéressants : filmer cette époque comme si elle nous était contemporaine, nous immergeant pleinement dedans, avec un côté spontané et réaliste.

On doit cette approche au binôme formé par le réalisateur Andreas Dresen et la cheffe opératrice Judith Kaufmann, considérée comme la plus grande directrice de la photographie actuelle en Allemagne. Filmé en numérique mais en imitant à la perfection un beau 16 mm désaturé, ce film marque par son aspect visuel, qui reflète totalement le scénario.

Le réalisateur ne voulait pas montrer des gens héroïques. Il voulait montrer des gens comme tout le monde, qui ont des préoccupations simples : des relations humaines, des espoirs, des joies, qui se font des misères...

D'après Judith Kaufmann, qui était présente lors de la séance (elle a tenu à répondre à toutes les questions du public), Andreas Dresen voulait "montrer des petites choses de résistance pour nous donner du courage".

Vu l'état de notre monde actuel, c'est exactement ce dont on a besoin...

Kontinental '25
6.7
6.

Kontinental '25 (2025)

1 h 49 min. Sortie : 24 septembre 2025 (France). Drame

Film de Radu Jude

Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Derrière le vernis du pamphlet politique et social, se cache une réflexion désabusée mais intelligente sur la Roumanie et l'Europe d'aujourd'hui, entre ultra libéralisme et misère, sur fond de montée des nationalismes... Le rire est la politesse du désespoir semble nous dire Radu Jude, mais c'est aussi un formidable outil pour nous secouer et nous inciter à agir. Le cinéaste roumain n'a pas de réponses toutes faites à la crise que nous traversons, mais la lucidité est une première et indispensable étape à toute action. Kontinental '25 est donc un film salutaire et hautement recommandable.

Deux procureurs
6.7
7.

Deux procureurs (2025)

Zwei Staatsanwälte

1 h 58 min. Sortie : 5 novembre 2025. Drame, Historique

Film de Sergei Loznitsa

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Sergei Loznitsa signe un film minimaliste et particulièrement exigeant. Un long métrage à la fois sec, aride, et lent, éprouvant pour le spectateur, donc. Mais ça fait partie de l'expérience.

Il nous montre la situation tragique de l'URSS dans les années 30, pendant les purges staliniennes, particulièrement sanglantes. Un jeune procureur idéaliste cherche à faire éclater la vérité et la justice... et se heurtera au système tentaculaire de la violence d'état.

Les longues déambulations du héros, tantôt dans une forteresse-prison inviolable, ou dans les couloirs et les escaliers labyrinthiques d'un bâtiment administratif à Moscou, nous font perdre pied... On est comme perdu, et même broyé, par ces espaces imposants et oppressants.

Bien entendu, toute ressemblance avec la Russie d'aujourd'hui... est flagrante. Sergei Loznitsa réussit son pari de réaliser à la fois un film historique très vraisemblable, et un essai politique terriblement actuel. Deux procureurs est un film difficile, qui se mérite. Mais pour qui réussit à rester intéressé par ce qui se trame à l'écran, la fin vient donner un surcroît de sens à l'ensemble, et remet en perspective une œuvre travaillée et angoissée, Sergei Loznitsa étant un lointain héritier de Franz Kafka.

À 2000 mètres d’Andriivka
8
8.

À 2000 mètres d’Andriivka (2025)

2000 Meters to Andriivka

1 h 46 min. Sortie : 24 septembre 2025 (France). Guerre, Société

Documentaire de Mstyslav Chernov

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Parmi tous les documentaires ukrainiens réalisés depuis le début de l'invasion russe de février 2022, celui-ci occupe une place à part, car Mstyslav Chernov filme directement les combats sur le front. On plonge directement dans le quotidien de ces soldats ukrainiens, dont beaucoup sont volontaires, alors qu'ils risquent leur vie pour défendre leur pays.

Et ce film est terrible, car il montre la grande confusion qui règne sur le champ de bataille, où l'on peut mourir en un claquement de doigt. On a même l'impression que les soldats qui survivent ont avant tout eu de la chance, tellement il semble impossible d'en réchapper, entre les frappes de l'artillerie russe, les tirs des soldats ou les drones tueurs...

Ce film est donc important, car il montre la réalité de ce qu'il se passe en Ukraine, au cœur de l'Europe comme le dit le cinéaste. C'est aussi un hommage touchant aux soldats ukrainiens morts au champ d'honneur, pour ne pas oublier que derrière les soldats qui défendent l'Ukraine et notre continent face aux russes, il y a des hommes et des femmes, souvent civils à la base, au courage extraordinaire. Un film indispensable.

Les Aigles de la République
6.6
9.

Les Aigles de la République (2025)

Eagles of the Republic

2 h 09 min. Sortie : 12 novembre 2025 (France). Drame, Thriller

Film de Tarik Saleh

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Les Aigles de la République est un film virtuose et étourdissant, qui ose s'attaquer à l’Égypte d’aujourd’hui, tenue d'une main de fer par Abdel Fattah al-Sissi, tout en rendant un bel et malicieux hommage à l'âge d'or du cinéma égyptien. Fares Fares y est particulièrement génial, à la fois drôle et attachant. Et on passe un excellent moment face à ce long métrage qui mêle adroitement thriller politique et humour. Incompréhensible que ce film n'ait pas rencontré un plus grand succès critique et public...

L'Évangile de la Révolution
6.6
10.

L'Évangile de la Révolution (2024)

1 h 55 min. Sortie : 3 septembre 2025. Historique

Documentaire de François-Xavier Drouet

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

L'Evangile de la Révolution est un magnifique et terrible documentaire de François-Xavier Drouet sur la Théologie de la Libération, mouvement spirituel, politique et social qui s'est développé dans la 2e moitié du 20e siècle partout en Amérique du Sud... avant d'être réprimé dans le sang par les différentes dictatures, alliées entre elles, et par Jean Paul II, qui a publiquement désavoué et humilié les leaders de ce mouvement... préférant promouvoir des organisations telles que l'Opus Dei ou les Légionnaires du Christ...

Résultat : des centaines de milliers de mort, et une Église morte vivante aujourd'hui là bas, vampirisée par les Évangéliques, qui ont remplacé la conscience politique et sociale par l'emprise sur les esprits et une logique vénale : payer (le pasteur) pour être sauvés...

Il faut absolument aller voir ce documentaire, qui retrace l'histoire du Christianisme de la Libération dans plusieurs pays majeurs d'Amérique latine, en donnant la parole à beaucoup d'acteurs majeurs de l'époque encore en vie, et à des fidèles également engagés, continuant encore aujourd'hui à se battre pour leurs idéaux.

C'est un documentaire remarquable, signé par un réalisateur baptisé mais athée, respectueux des Chrétiens et de la foi, cherchant à faire la lumière sur ce mouvement qui nous a donné, entre autres, le Pape François, ouvrant une brèche salutaire mais fragile pour l'auto-critique au sein de l'Eglise...

Soundtrack to a Coup d'État
7.7
11.

Soundtrack to a Coup d'État (2024)

2 h 30 min. Sortie : 1 octobre 2025 (France). Musique, Politique, Société

Documentaire de Johan Grimonprez

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Un documentaire passionnant sur les exactions des puissances occidentales au Congo, de la seconde moitié du 20e siècle à aujourd'hui, en centrant le propos sur les événements qui ont mené à l'assassinat cruel de Patrice Lumumba, premier ministre du Congo indépendant tué à seulement 35 ans. En parallèle, le réalisateur belge Johan Grimonprez montre comment les grands artistes de jazz afro-américains ont été instrumentalisés à leur insu par les Etats-Unis et les occidentaux dans leur politique étrangère, notamment à destination de l'Afrique. Au son d'une bande son jazzy envoûtante et énergique, Soundtrack to a Coup d'Etat est un remarquable documentaire sur des faits tragiques, qui ont conduits au désastre que traverse le Congo aujourd'hui, terrain d'horribles violences quotidiennes du fait des puissances occidentales qui continuent à piller ses ressources...

Mickey 17
6.3
12.

Mickey 17 (2025)

2 h 17 min. Sortie : 5 mars 2025 (France). Science-fiction, Action, Comédie

Film de Bong Joon-Ho

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Au vu des critiques négatives, et des précédents films américains de Bong Joon-ho, que j'avais trouvé ratés, je m'attendais à un opus moyen avec ce Mickey 17. Or s'il comporte pas mal de défauts, j'ai vraiment été embarqué par cette satire politique humaniste et anti-Trump, débordant d'humour et de second degré.

Certes, le film part dans tous les sens, au niveau du montage et du scénario. Peut-être est-ce dû aux coupes et aux scènes retournées demandées par le studio Warner Bros, visiblement mal à l'aise (et on les comprend) vis-à-vis de ce film qui met aussi explicitement un gros doigt d'honneur à cette deep sh*t de Trump. Mais Mickey 17 suscite la réflexion, qu'il s'agisse des actions de l'occident et des Etats-Unis dans le monde (leur impérialisme pour faire court), des ravages de la science sans conscience ou des sociétés ultralibérales... Plus encore, comme à son habitude, Bong Joon-ho met en lumière les sans-voix, face aux puissants obscènes à la Trump ou Musk (ou tout autre dictateur avéré ou en puissance).

Bong nous donne des pistes pour résister (se fier à notre part d'humanité), tout en dressant un constat pessimiste sur la bêtise et la violence humaine. La fin du film est une pirouette, il et on sait bien que la photocopieuse à despotes fonctionne toujours, il y en aura toujours de nouveaux prêts à se relever et à entraîner avec eux les frustrés avides de sang...

Mais au moins, avec Mickey 17, le cinéaste coréen nous offre une parenthèse à la fois divertissante et profonde... et particulièrement jouissive, comme lorsqu'il insulte ouvertement l'homme orange.

Oui, Mickey 17 n'est pas parfait, il ne plaira pas à tout le monde. Pour ma part, en tout cas, j'ai vraiment passé un excellent moment. Et je trouve assez incroyable qu'après l'énorme succès de Parasite, notamment aux Etats-Unis, Monsieur Bong ne se soit pas endormi sur ses lauriers et ait osé livrer un film aussi politiquement engagé. Quand, dans le même moment, beaucoup de monde à Hollywood et aux Etats-Unis baisse son froc face à Trump et ses troupes dégénérées...

Radio Prague, les ondes de la révolte
6.6
13.

Radio Prague, les ondes de la révolte (2024)

Vlny

1 h 56 min. Sortie : 19 mars 2025 (France). Drame, Historique, Thriller

Film de Jirí Mádl

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Radio Prague, les ondes de la révolte, un film de Jiří Mádl, énorme succès sorti en 2024 en République Tchèque et en Slovaquie, où près d'1 million de spectateurs l'ont vu là-bas (soit 1/10e de la population tchèque, le pays comptant 10 millions d'habitants), et qui vient de sortir le 19 mars en France.

On comprend son succès : c'est un excellent film, haletant, surtout dans sa 2e partie, qui évoque les événements du Printemps de Prague. Il raconte comment des résistants ont fait face aux envahisseurs soviétiques, en faisant preuve de courage et d'ingéniosité. En 1968, l'URSS et les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la République Tchèque, qui vivait une vague de libéralisation, sous l'impulsion d'Alexander Dubček.

Les Tchèques et les Slovaques furent choqués par cette invasion de "pays amis" et accueillirent les envahisseurs sans violence, mais en résistant et en leur intimant de repartir. Le film raconte comment des résistants de la radio nationale ont tout fait pour soutenir les militants de la liberté et de la vérité, en émettant de façon pirate jusqu'au dernier moment, pour informer leurs concitoyens de ce qui se passait, alors que la propagande officielle propageait mensonge sur mensonge...

Bien évidemment, ce film résonne d'autant plus aujourd'hui, alors que la guerre en Ukraine fait rage, et que la République Tchèque compte parmi les fervents soutiens de l'Ukraine, les Tchèques connaissant très bien l'impérialisme russe pour l'avoir éprouvé dans leur chair... A Prague, les rues sont noires de monde lors des manifestations pro Ukraine, ce qui n'est hélas pas le cas en France... On ferait bien de davantage regarder ce qui se passe à l'Est, on en apprendrait beaucoup... Et je ne peux qu'inciter à aller voir ce superbe film, qui donne du courage pour résister.

Life of Chuck
6.8
14.

Life of Chuck (2024)

The Life of Chuck

1 h 50 min. Sortie : 11 juin 2025 (France). Drame, Fantastique, Science-fiction

Film de Mike Flanagan

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

J'ai mis du temps pour me décider à voir ce long métrage, au point de l'avoir raté en salle. J'avais peur d'un film artificiel, aseptisé et poussif. Ce vers quoi il tend parfois, mais sans jamais tomber dans ces écueils à mon sens. Certaines critiques plutôt mesurées voire déçues me rebutaient également. Mais j'ai bien fait de franchir le pas.

Je ne suis pas un grand fan de Stephen King, loin de là. Mais on peut dire qu'outre ses récits d'angoisse et d'horreur souvent bien flippants (pas ma came), il a également beaucoup de talent pour écrire des récits humanistes, bien adaptés au cinéma (La Ligne verte, que je n'ai pas vu, ou Les Evadés, un beau film). The Life of Chuck s'inscrit dans cette veine. Le fantastique affleure parfois, tout comme une certaine angoisse. Mais le propos est avant tout humain et positif, sans faire l'impasse sur la dureté de la vie.

Ce film est complexe, à la fois dans sa narration et dans les thèmes qu'il brasse, allant du minuscule, à l'échelle de l'individu, au gigantesque, au niveau de la Terre et de notre univers, rien que ça. Mais tout se tient, le talent de Stephen King et de Mike Flanagan parvenant à rendre crédible et intéressante cette histoire qui convoque le cosmos et l'humanité, en montrant justement que les deux sont liés.

Il y a beaucoup de poésie dans ce long métrage, que ce soit dans la façon dont les auteurs utilisent des métaphores pour dépeindre la vie et la mort, ou en montrant l'importance absolument vitale et essentielle des liens humains. Et le besoin pour chacun de s'exprimer et de s'épanouir, en suivant son instinct et ses passions, pour ne pas se laisser enfermer par le quotidien d'une vie non voulue, terne et étriquée.

Certes, le film est très fabriqué, avec une photographie et une direction artistique qui font artificiel (c'est sans doute voulu). Mais le long métrage est traversé par des éclairs de vitalité et d'inspiration, qui nous touchent profondément (du moins ce fut mon cas). Plusieurs scènes clés sont réjouissantes, et malgré une certaine tristesse qui traverse tout le long métrage, c’est un film qui pousse à la réflexion et qui montre la beauté de la vie. Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais pour ma part c’est un film qui m’a embarqué par son histoire et ses personnages attachants, je ne peux donc que recommander de lui laisser une chance.

Fanon
6
15.

Fanon (2024)

2 h 13 min. Sortie : 2 avril 2025. Biopic, Drame

Film de Jean-Claude Barny

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

J'ai du mal à comprendre les critiques désastreuses pour ce film dans la presse et sur les réseaux sociaux... S'il n'est pas un chef-d'œuvre, Fanon de Jean-Claude Barny est un film solide et passionnant, qui déploie la pensée de Frantz Fanon et illustre un passage clé de da vie, quand il fut médecin chef en psychiatrie de l'hôpital de Blida, en Algérie, de 1953 à 1956.

Le film montre comment Fanon révolutionne la psychiatrie, tout en s'engageant auprès des Algériens contre la France. Certes, le ton est plutôt didactique, mais c'est très bien amené, on n'est pas devant un téléfilm France 3, mais bien face à un vrai film de cinéma, très soigné.

Et contrairement à ce que j'ai pu lire, c'est un long métrage avec un certain souffle et très inspirant. Après, je ne suis pas du tout un connaisseur de la vie et de l'œuvre de Frantz Fanon (j'avais juste vu une partie d'un documentaire Arte récent sur lui), donc mon avis est forcément lacunaire.

Pour autant, je pense que c'est une très bonne introduction à Frantz Fanon, sans dénaturer sa vie et ses engagements. Au contraire, c'est un bel hommage, plutôt nuancé. Et le succès de ce film en salle, malgré un faible nombre de copies initial, confirme qu'il est (très) qualitatif. N'hésitez donc pas à aller le voir pour vous faire votre propre avis.

Franz K.
6.3
16.

Franz K. (2025)

Franz

2 h 07 min. Sortie : 19 novembre 2025 (France). Biopic, Drame

Film de Agnieszka Holland

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Il était évident qu'Agnieszka Holland allait se frotter un jour ou l'autre à Franz Kafka, vu l'importance qu'a eu l'écrivain dans la vie de la cinéaste polonaise et dans ses films. Rappelons que Madame Holland a étudié à la FAMU, la prestigieuse école de cinéma de Prague, et est une grande amoureuse - et connaisseuse - de la culture tchèque. Et européenne même, tant Kafka est un double de la réalisatrice, tous deux polyglottes.

Franz K., le film, est une œuvre complexe et kaléidoscopique qui explore les différentes facettes de la vie et de la personnalité de l'écrivain sans chercher à épuiser son sujet, Kafka étant plus que tout autre artiste insaisissable.

Tourné dans une multiplicité de langues et d'époques - de l'enfance de Kafka à notre monde contemporain - ce film est virtuose. Malgré ses nombreux fragments divers et variés, le long métrage tient par une cohérence globale et la très bonne connaissance de l'écrivain par Agnieszka Holland. Son long métrage est ambitieux, jusque dans la mise en scène, parfois très inspirée, avec cet humour constant, tantôt fin tantôt grotesque, tout comme l'était l'œuvre de Kafka, qu'on appréhende parfois trop sérieusement.

Si l'Edvard Munch de Peter Watkins semble être une référence indépassable du biopic, le Franz K. d'Agnieszka Holland est une belle réussite, dans un genre souvent décevant. La cinéaste polonaise a bien fait de réaliser un film moderne dans sa structure et son propos. Malgré quelques défauts, le résultat est enthousiasmant.

L'Invasion
6.9
17.

L'Invasion (2024)

The Invasion

2 h 25 min. Sortie : 8 octobre 2025 (France). Guerre, Société

Documentaire de Sergei Loznitsa

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

L'Invasion de Sergueï Loznitsa a été produit par Arte France. Le projet d'origine était de réaliser une série de brèves séquences, allant de 3 à 20 minutes environ, documentant le quotidien en Ukraine depuis l'invasion russe de février 2022. Le long métrage qui sort actuellement en salles est un montage alternatif d'un certains nombre de ces scènes.

Selon les mots de Sergueï Loznista, son film est donc une mosaïque de séquences, qui montre ce que vivent les Ukrainiens et les Ukrainiennes, dans un pays en guerre, sous les bombes et les assauts des russes. Contrairement à d'autres documentaires qui montrent des Ukrainiens résilients, faisant presque oublier l'horreur de ce qui se trame, le cinéaste filme les impacts et les ravages de la guerre sur son pays et ses compatriotes. Un quotidien fait de funérailles (le film commence par un enterrement), d'entraînements militaires, de soins médicaux, de rééducation pour les nombreux blessés... mais aussi d'études pour les jeunes Ukrainiens, car la vie continue, de fêtes religieuses, de rassemblements de voisins et d'amis, de distributions de nourriture...

La mise en scène est simple et se veut objective : la majorité des plans sont fixes, les personnes filmées ne faisant pas attention à la caméra. La photographie est quant à elle magnifique. L'Invasion a beau être long (2h25), on ne voit pas le temps passer. On est happé par ce peuple courageux et héroïque, qui se sacrifie pour son pays... et pour nous.

Militantropos
5.5
18.

Militantropos (2025)

1 h 51 min. Société

Documentaire de Alina Gorlova et Simon Mozgovyi

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Militantropos est un documentaire avec un propos fort : montrer en quoi la guerre en Ukraine a forcé les Ukrainiens à être des hommes et des femmes soldats, à intégrer la guerre dans leur quotidien.

Un quotidien bouleversé, où la guerre s'invite partout, à tout moment et en tout lieu... Que ce soit dans des champs agricoles truffés de bombes ou de mines, des enfants qui jouent dans des tranchées, des retrouvailles familiales bientôt interrompues avant que les soldats repartent sur le front...

Les trois réalisateur et réalisatrices de ce film, Yelizaveta Smith, Alina Gorlova et Simon Mozgovyi, ne s'attardent pas longuement sur les personnes qu'ils filment. Ils dressent plutôt un panorama du pays ukrainien et de tous les domaines dans lesquels la guerre s'est infiltrée.

C'est filmé avec un grand soin et une belle photographie, mais sans voix off. Rien que les images brutes, tout à fait éloquentes. Un long métrage remarquable qui donne à voir le courage des Ukrainiens et des Ukrainiennes. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant pleuré devant un film...

On vous croit
7.5
19.

On vous croit (2025)

1 h 18 min. Sortie : 12 novembre 2025 (France). Drame

Film de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys signent un film brillant avec On vous croit. Ce n’est pas seulement un long métrage sur l’inceste et les violences sexuelles envers les enfants, c’est aussi un film de procès, qui questionne l’institution judiciaire, et plus largement la prise en charge des victimes et des proches qui les défendent. Qui sont souvent des mères désemparées, livrées à elles-mêmes, qui doivent affronter à la fois la partie adverse… et la bureaucratie inhumaine de la justice.

La mise en scène des deux cinéastes est d’une grande pertinence et d’une grande efficacité. Nous ne sommes pas devant un pseudo téléfilm à charge et scolaire, mais bien devant un film de cinéma, ambitieux et réussi. Grâce à ses actrices et acteurs, notamment Myriem Akheddiou qui joue le rôle de la mère avec intensité et justesse, mais aussi grâce à l’écriture et la mise en scène du duo de cinéastes, subtiles et travaillées. Un film particulièrement recommandable, sur un sujet difficile, mais qui pourtant concerne énormément de monde : 20% d’enfants seraient victimes de violences sexuelles…

Elle entend pas la moto
7
20.

Elle entend pas la moto (2025)

1 h 35 min. Sortie : 10 décembre 2025. Société

Documentaire de Dominique Fischbach

Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Elle entend pas la moto (superbe titre) est un documentaire bouleversant, qui suit le parcours de Manon Altazin, jeune femme exceptionnelle de 35 ans, sourde profonde de naissance, incroyable battante. Dominique Fischbach filme aussi sa famille, admirable de dévouement. Avec une mise en scène simple et épurée, la cinéaste rend un bel hommage à cette famille unie et courageuse, et à Manon, qui a réussi tant de choses dans la vie malgré son handicap très lourd. C'est un film vraiment remarquable et très émouvant, je ne peux que vous le conseiller. En outre, il fait réfléchir sur le handicap, quel qu'il soit, et sur sa (non) prise en charge par notre société, c'est donc un film essentiel. Espérons qu'il puisse faire positivement bouger les choses.

Magellan
6.8
21.

Magellan (2025)

Magalhães

2 h 43 min. Sortie : 31 décembre 2025 (France). Biopic, Drame, Historique

Film de Lav Diaz

Arthur Debussy a mis 7/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Magellan est un très beau film, à la fois âpre et élégiaque, qui déconstruit le mythe du grand navigateur et conquérant, pour livrer le point de vue des Philippins face à la colonisation européenne.

Lav Diaz nous offre un film subtil et mesuré. Il ne verse pas dans la dénonciation facile et surlignée, mais pour autant il ne fait aucun mystère des exactions commises par les colons européens et portugais, effectuées au nom de la foi et de la civilisation, mais en réalité avant tout par avidité et appât du gain...

Surtout, il rend hommages aux peuples malais et philippin, en documentant leurs coutumes et pratiques ancestrales, mises à mal par les conversions forcées, les destructions et les massacres des européens.

Le film est lent, contemplatif, parfois désarçonnant. Mais il livre un contrepoint très intéressant et plus vraisemblable à la légende dorée construite autour de Magellan. Le long métrage de Lav Diaz est économe en paroles, et ne livre que quelques informations historiques, il éveille ainsi la curiosité et incite à réviser (dans tous les sens du terme) nos connaissances sur ce personnage et cette époque.

La Voix de Hind Rajab
7
22.

La Voix de Hind Rajab (2025)

Sawt Hind Rajab

1 h 29 min. Sortie : 26 novembre 2025 (France). Drame

Film de Kaouther Ben Hania

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Quoiqu'on en dise, voilà un film intéressant, qui a le mérite de faire connaître ce qui se passe à Gaza. Comme beaucoup, j'ai été bouleversé par ce film. Je ne savais pas trop quoi en dire, car il m'a semblé tellement limpide, que je ne voyais pas trop quoi rajouter. Mais quand je vois certaines réactions négatives, voire outrées, ça me donne envie d'écrire à mon tour, pour tenter d'apporter un autre point de vue. En tout cas, c'est un film que je ne peux que recommander, que ce soit pour son sujet ou pour sa mise en scène.

Arco
7.5
23.

Arco (2025)

1 h 28 min. Sortie : 22 octobre 2025. Animation, Aventure, Science-fiction

Long-métrage d'animation de Ugo Bienvenu

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Un beau film d'animation, inspiré, ambitieux, poétique et émouvant. Ugo Bienvenu marche clairement sur les traces d'Hayao Miyazaki, référence évidente, tant les premières minutes évoquent le cinéaste nippon, que ce soit par ces amples plans aériens ou cette BO qui rappelle très précisément la partition de Joe Hisaishi pour Princesse Mononoké.

Des références pas loin d'être écrasantes, et de fait, Ugo Bienvenu ne se hisse pas à la hauteur de son modèle. Le propos est souvent trop enfantin, tout comme l'humour assez balourd, et les dialogues pour le coup pas très recherchés et assez banals... Mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un premier long métrage pour le cinéaste, et le résultat est franchement impressionnant.

Ugo Bienvenu trace sa propre voie, tout d'abord avec un coup de crayon et des visuels bien à lui. Arco est un long métrage assez unique, d'abord par son esthétique soignée et belle, son character design singulier, mais aussi par son propos, qui croise anticipation, relations familiales et amicales, écologie, robotique ou mémoire... Il s'agit d'une œuvre qui brasse beaucoup de thèmes, sans doute un peu trop, mais au moins qui ose, et reste plutôt maîtrisée de bout en bout. Jusqu'à même nous faire verser quelques larmes sur la fin.

Au total, Arco est une proposition profondément originale, audacieuse, et accomplie, qui démontre que l'animation française a encore de l'avenir, malgré les difficultés que rencontre le secteur en France. Il est toujours plaisant de voir naître de nouveaux artistes, et Ugo Bienvenu, déjà connu dans le monde de la BD et de l'animation, prouve qu'il faudra compter avec lui dans les années à venir.

Dossier 137
7
24.

Dossier 137 (2025)

1 h 56 min. Sortie : 19 novembre 2025. Policier, Drame

Film de Dominik Moll

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

En s'attaquant aux violences policières perpétrées pendant la crise des Gilets Jaunes, Dominik Moll s'attaque à un sujet difficile car complexe (il me semble qu'il y a eu peu d'analyses concluantes sur le phénomène des Gilets Jaunes, à ma connaissance), brûlant politiquement et relativement récent. Mais les années qui se sont écoulées et son approche très documentée lui permettent de signer un film équilibré, avec du recul, et donc intéressant.

En suivant une enquêtrice de l'IGPN (formidable Léa Drucker), le cinéaste cristallise les enjeux entre les manifestants et les policiers, et plus largement de toute une société qui n'arrive plus à se parler, préférant basculer dans la violence des deux côtés.

Dominik Moll ne livre pas pour autant un film mou. Il prend clairement parti contre les violences policières, mais il préfère montrer toutes les contradictions des différentes parties prenantes. Et combien citoyens et hommes et femmes politiques doivent se réveiller et tenter de faire bouger cette société de plus en plus violente... en ramenant les gens autour de la table pour discuter. Questionner notre époque à travers ce genre de films est déjà une première étape importante.

Au pays de nos frères
7
25.

Au pays de nos frères (2024)

In the Land of Brothers

1 h 35 min. Sortie : 2 avril 2025 (France). Drame

Film de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Pour un premier long métrage, Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi frappent très fort. Ils abordent un sujet très peu connu en Occident : la présence de 5 millions de réfugiés Afghans en Iran, qu'ils appellent "le pays de leurs frères"... mais la réalité est toute autre.

Le long métrage est divisé en trois segments à peu près égaux, qui dépeignent chacun une décennie, le tout sur 30 ans : 2001, 2011 et 2021. On retrouve certains personnages dans 2 ou 3 de ces segments, ce qui nous permet de suivre leur parcours, particulièrement douloureux. En effet, les Afghans sont opprimés en Iran, certains Iraniens profitant du statut précaire des réfugiés afghans pour les exploiter, par bien des façons horribles...

L'affiche et l'esthétique magnifique de ce film sont trompeurs : si les réalisateurs ont beaucoup d'empathie et de respect pour leurs personnages, Au pays de nos frères est un film dur, très dur même. Car ces personnages afghans sont détruits par l'Iran, à travers différentes figures et groupes sociaux : la police, la bourgeoisie, le monde du travail, l'armée...

A travers trois intrigues liées entre elles, Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi nous offrent un film choc, qui pousse à la réflexion et à l'indignation. Le seul bémol que j'avancerais est un propos parfois un peu trop appuyé. En même temps, d'après l'intervenante qui a accompagné cette séance, Shakiba Dawod, députée au Parlement des exilés et présidente de l'association Le Cercle Persan, ainsi que plusieurs Afghans présents dans la salle, la réalité est encore bien pire que ce qui nous est montré dans le film, qui a été édulcoré pour passer la censure et arriver dans nos salles occidentales...

Donc je ne peux pas leur reprocher d'évoquer la tragédie que vivent des millions d'Afghans... en Iran, mais aussi ailleurs dans le monde, car il ne faut pas se leurrer, beaucoup d'autres pays sont hostiles aux étrangers qui viennent s'y installer, et pas seulement envers les Afghans... En cela, même s'il traite d'un contexte bien précis et particulier, Au pays de nos frères est aussi un film universel. Une qualité de plus, pour ce long métrage bouleversant et hautement recommandable.

Kika
6.8
26.

Kika (2025)

1 h 50 min. Sortie : 12 novembre 2025 (France). Drame

Film de Alexe Poukine

Arthur Debussy a mis 6/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Kika est un film réussi, qui traite de pratiques incongrues (le BDSM) avec finesse et beaucoup d'humour. Il faut dire que la réalisatrice Alexe Poukine adopte un regard social, dénonçant la dureté de notre époque, tout en ayant beaucoup de tendresse pour ses personnages. Elle peut compter sur une troupe d'actrices et d'acteurs talentueux, dont notamment Manon Clavel, fascinante. Je ne serais pas allé voir le film de moi-même (une amie m'a invité), et j'ai été très agréablement surpris. Kika est un film bien ficelé, au sujet original, traité avec subtilité et pudeur.

Honeymoon
6
27.

Honeymoon (2024)

Medovyi misiats

1 h 24 min. Sortie : 1 octobre 2025. Drame, Thriller

Film de Zhanna Ozirna

Arthur Debussy a mis 6/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

En France, nous sommes davantage habitués à découvrir des documentaires ukrainiens, depuis l'invasion russe de février 2022. Honeymoon est l'un des tous premiers longs métrages de fiction ukrainiens, tournés depuis le début de l'invasion, à parvenir jusqu'à nous.

A ce titre, c'est déjà un film intéressant. Mais c'est en plus un long métrage subtil et intelligent, qui nous replace dans ce qu'ont vécu les Ukrainiens les premiers jours de l'invasion : la stupéfaction, la peur, la paralysie, la remise en question de leur quotidien... Et plus prosaïquement, la survie : certains étant tués ou torturés par les russes, blessés, prisonniers, confinés...

Zhanna Ozirna construit son film autour d'un couple surpris par l'invasion et cloîtré dans son appartement en cours d'aménagement. C'est un choix intéressant, car la cinéaste évoque la guerre d'un point de vue humain et ukrainien. On rentre dans l'intimité du couple, avec beaucoup de tendresse et de pudeur, et on éprouve avec eux combien la guerre est inhumaine et terrifiante.

La mise en scène est maîtrisée, la photographie soignée, et surtout la direction d'acteurs est excellente. On croit à ce couple ainsi qu'à leurs interactions avec d'autres personnes. Je ne peux que vous inciter à aller voir ce film, pour partager (très modestement) ce que vivent les Ukrainiens et soutenir la talentueuse et courageuse équipe de ce long métrage.

L’Engloutie
6.4
28.

L’Engloutie (2025)

1 h 38 min. Sortie : 24 décembre 2025. Drame

Film de Louise Hémon

Arthur Debussy a mis 6/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Un film audacieux et visuellement très beau, qui manque toutefois de maîtrise pour aller au bout de sa démarche. Louise Hémon frappe fort avec ce premier long métrage de fiction, avec des prises de vue magnifiques et une Galatea Bellugi convaincante en jeune institutrice de caractère, arrivant dans un village perdu des Alpes à la fin du 19e siècle. Mais la réalisatrice veut embrasser trop de sujets, et la narration n'est pas assez tendue pour nous tenir en haleine à la mesure de ce qui nous est raconté. Il s'agit néanmoins d'un film intéressant, et Louise Hémon est de toute évidence une cinéaste prometteuse et à suivre !

The Brutalist
7
29.

The Brutalist (2024)

3 h 35 min. Sortie : 12 février 2025 (France). Drame, Romance

Film de Brady Corbet

Arthur Debussy a mis 6/10.

Annotation :

The Brutalist me laisse partagé... Je salue l'ambition de ce film, qui mise sur la salle à l'ère des plateformes, et qui dispose de réelles qualités : certaines prises de vue sont magnifiques et audacieuses, l'histoire qui nous est racontée comporte un certain nombre d'éléments intéressants, certains comédiens sont talentueux, Felicity Jones en tête, suivie de Guy Pearce, même s'il hérite d'un rôle monolithique...

Mais à côté de cela, Brady Corbet n'a clairement pas les moyens de ses ambitions. Le gros défaut de ce film c'est son scénario. Sur le papier, l'idée de base est intrigante : suivre un architecte brutaliste juif et hongrois, qui débarque aux États-Unis en 1947, et qui va tenter de trouver sa place dans ce pays rude et peu accueillant. Le problème est le traitement, avec des personnages souvent grossièrement écrits, des péripéties qui en rajoutent dans le misérabilisme et le glauque, et l'impression que ce film consiste en une coquille vide, avec de belles images (pas foncièrement renversantes non plus), mais une absence de densité sur le fond...

Et puis la direction d'acteurs n'est pas toujours convaincante. J'ai notamment eu du mal avec Adrian Brody, un acteur que j'apprécie pourtant. Mais là, il joue un homme sur lequel le sort s'abat violemment et sans répit, qui encaisse toujours plus de déconvenues, comme si le réalisateur Brady Corbet voulait nous émouvoir au forceps... Heureusement que Felicity Jones s'en sort brillamment, avec un rôle mieux écrit de femme intelligente, forte et vulnérable à la fois.

Autre défaut de ce film : le montage, pas assez efficace. Honnêtement, 3h35 pour un film, s'il est réussi, ça ne me dérange pas du tout. Mais là, un certain nombre de scènes sont étirées plus que de raison, au point que ça en devient parfois malaisant, quand les acteurs surjouent de façon appuyée et qu'on a bien compris où le réalisateur voulait en venir... Ce qui fait, là encore, que j'ai l'impression d'avoir vu un film délayé, pas toujours pertinent...

C'est comme ce maniérisme formel, avec les génériques horizontaux et obliques, ces chapitres ou cette entracte : c'est un peu gadget. Certes, c'est sympa et j'ai bien apprécié, mais ça masque mal un manque de parachèvement de ce film.

Si beaucoup crient au chef-d’œuvre, j'y vois plutôt un film travaillé mais bancal d'un réalisateur encore jeune. Nul doute qu'il faudra suivre désormais la carrière de Brady Corbet, qui a réalisé un coup d'éclat avec ce film ample et massif. Mais il a enco

La Cache
5.6
30.

La Cache (2025)

1 h 30 min. Sortie : 19 mars 2025 (France). Comédie dramatique

Film de Lionel Baier

Arthur Debussy a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Lionel Baier signe une adaptation réussie du livre de Christophe Boltanski : un roman autobiographique et conceptuel, où l'on suit l'évolution de la famille Boltanski sur un siècle à travers les pièces de leur appartement rue de Grenelle, à Paris.

Lionel Baier construit un récit davantage linéaire, en y mettant beaucoup de lui et de sa propre famille. La Cache, le film, est donc une adaptation très libre. Le réalisateur joue beaucoup avec le hors champ et le non dit, beaucoup de choses sont suggérées par des dialogues pris sur le vif, sans explications platement didactiques, ou avec des objets qui rappelent un intérieur familial, mais aussi les spécificités de cette famille aux origines juives.

On s'attache à ces personnages foutraques, grâce au réalisateur-scénariste, mais aussi avec ce qu'apportent les acteurs et actrices, notamment Michel Blanc et Dominique Reymond, tous deux excellents et particulièrement touchants.

Là où ça pèche plus, c'est dans la mise en scène inégale de Lionel Baier, parfois inspirée parfois plate, et dans ce montage vraiment trop mou pour une comédie (dramatique), ce qui est dommage car on n'est pas dans une de ces comédies balourdes qui gangrènent le cinéma français. Le film de Lionel Baier est fin, et aurait mérité une forme plus alerte.

Néanmoins c'est un long métrage appréciable, une belle œuvre de mémoire sur la judéité et une chronique familiale sensible et universelle. Et surtout un magnifique dernier rôle pour Michel Blanc, qui fut décidément un acteur et un homme remarquable, sans doute pas assez estimé de son vivant.

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