Voilà un groupe originaire du Gard totalement ignoré dans son propre pays mais qui réussit à faire une magnifique carrière internationale. Le fait que le mot de présentation du livret soit rédigé en français, en anglais et en allemand montre bien que Lazuli est plus célèbre dans le reste de l’Europe qu’en France même (très énervant mais que voulez-vous?)…Il a été formé en 1998, autour des frères Léonetti, Dominique et Claude et bénéficie ainsi d’une longue expérience quand on écoute cet album de 2023. Un groupe qui s’inspire des géants que sont Genesis, Pink Floyd ou encore Marillion et c’est vrai qu’en écoutant les solos de guitare sur « Qui d’autre que l’autre » et « Lagune grise », par exemple, on pense immanquablement à Gilmour et à Steve Rothery. Côté français, on peut penser à un héritier d'Ange. Le son du groupe est aussi marqué par la Léode (nommé par contraction du nom de son inventeur), instrument improbable conçu à l’usage exclusif de Claude, victime à 17 ans d’un accident de moto lui ayant coûté l’usage d’un bras. Guitariste passionné, il a conçu un instrument unique à mi-chemin de la guitare slide et du synthé, pour un résultat saisissant et participant pleinement au son profond et onirique du groupe.
Cet album succède à leur chef d’œuvre « Le Fantastique Envol de Dieter Böhm » et il n’était pas facile de lui concocter une suite. Pourtant, Lazuli le fait avec grand talent. Entre-temps, il y a eu la pandémie, les confinements, les concerts impossibles et l’utopie de refonder le monde sur de nouvelles bases, un monde plus juste, plus durable, où la course aux profits effrénés creusant les inégalités s'arrête. Utopie bien vite dissipée et c’est le thème principal de cet album. L'humanité se dirigeant lentement mais sûrement vers "Le grand vide" (le nom du dernier morceau). Un monde qui va dans une impasse et sur lequel la voix douce de Dominique pose des mots/maux : "Sillonner Des Océans de Vinyles" évoque nos chers 33-tours non sans nostalgie (ils sont loin d’avoir disparu, au contraire et ressurgissent même dans les rayons de supermarchés ! Qui l’aurait cru il y a quelques années ?!). "Qui D’autre Que L’autre" pose de superbes mots sur les sentiments xénophobes et le rejet de la différence si malheureusement d’actualité. Ma petite préférée irait sans doute à « Le pleureur sous la pluie », toute en finesse et en poésie et qui dans la mélodie m’a fait penser au Supertramp de l’album « Even in the quietest moments ». Un cran en-dessous l’album précédent (mais il était impossible de l’égaler), ce n°11 de leur discographie reste un très bon cru. Un groupe à découvrir IMPERATIVEMENT en live : les Britanniques, Allemands ou Néerlandais en sont fans, ça n’est pas pour rien !