Des retrouvailles pas désagréables à défaut d’être originales

Bien sûr, ces retrouvailles avec le line-up original de ce groupe fondateur du heavy metal avaient tout de l’événement en 2013. Il y avait eu dans le passé quelques tentatives comme la tournée de reformation en 98 qui avait donné lieu à un bon live sans plus (« Reunion ») et puis, chacun était reparti dans son coin. Les egos de tels musiciens n’étant pas franchement faciles à faire cohabiter…Ensuite, Iommi et Butler ont retrouvé le Lutin Génial qu’était Ronnie James Dio avec le batteur Vinny Appice pour reformer le line-up 80-82, mais sans pouvoir utiliser le nom Black Sabbath, Ozzy s’y opposant. Ce fut donc l’aventure « Heaven and Hell » qui a pris fin avec la mort de Dio. Des retrouvailles avec Ozzy semblaient alors possibles/probables mais entre leur annonce et la sortie de ce nouvel album, pas mal d’eau (et de temps) a coulé sous les ponts. Il semblerait que le travail sur un nouvel album studio ait commencé en 2001 avec des arrêts et reprises tout au long des années (Ozzy repartant en tournée solo, occupé par son émission télé en famille…). Quand les choses sérieuses reprennent, le résultat est rapide : Bill Ward est viré en 2012, accusé par Ozzy de ne même plus être capable de jouer de la batterie. Eh oui, l’ambiance est de ce type-là dans un groupe aussi légendaire où chaque grosse personnalité n’entend pas céder un pouce de terrain aux autres…C’est donc Brad Wilk qui joue sur l’album et qui a joué auparavant avec Rage Against The Machine et Audioslave.

Voilà ce qu’il en est pour le fameux « line-up original ». Alors, oui, retrouver les ¾ de cette fine équipe qui nous a tant remué et ému était alléchant et en même temps, il y avait de quoi rester prudent. J’aurais vraiment voulu écouter un chef d’œuvre du niveau des 1ers albums, retrouver ne serait-ce qu’un peu de cette magie noire qu’ils avaient créée…Mais non, il faut rester réaliste, cet album « 13 » est honnête mais pas renversant. Pour la magie, il faudra repasser un autre jour (ou jamais puisqu’il est annoncé comme le dernier…) alors qu’on a forcément encore en tête les « Paranoid », « War Pigs », « Iron man » ou « Children of the grave ». Le 1er problème qui s’est posé aux musiciens est la production. Ils ont choisi Rick Rubin, réalisateur de nombreux albums mythiques sauf que là, ça ne va pas marcher. Rubin est obsédé par l’idée que Black Sabbath retrouve le son de ses 1ers albums. Il demande même à Iommi s’il a gardé son 1er ampli pour pouvoir l’utiliser alors qu’il s’en est débarrassé il y a des lustres !!! Rubin lui fournit des murs de vieux amplis des années 70 sans qu’il ait rien demandé. Iommi commence à rire de moins de moins quand Rubin lui explique comment il doit jouer pour retrouver « son » son ! Le guitariste lui réplique sèchement qu’il sait de quelle manière jouer puisque c’est lui qui l’a inventé…Les tensions semblent avoir été fortes lors des sessions et Iommi diplomatiquement les a qualifiées de « particulières », ça veut tout dire. Le résultat est loupé, un son trop moderne et trop impersonnel avec pourtant la louche impression de vouloir coller au passé.

Autre problème : le manque d’inspiration pour les morceaux. On les sent vraiment voulant renouer avec ce passé mais sans le souffle, la profondeur et la noirceur qui le caractérisaient. Et la comparaison va être inévitable malheureusement. Rien de catastrophique, non, mais « God is dead » a un côté répétitif assez agaçant, trop long, comme si le groupe voulait l’étirer, faute d’idées nouvelles et ce reproche, on peut le faire à plusieurs morceaux (« Damaged Soul », « Dear Father » entrent dans cette catégorie). « End of the Beginning » lorgne vers le titre « Black Sabbath », « Zeitgeist » vers « Planet Caravan » mais obligatoirement en moins bien, comment rivaliser avec ces chefs d’œuvre ? D’autres titres sonnent comme du Ozzy en solo (« The Loner » par exemple) ou du Black Sabbath période…Dio ! Essayez de ne pas imaginer Ronnie James en train de chanter « Age of Reason » ou « Live Forever », tiens ?! Quant à Ozzy, ses limites vocales apparaissent de plus en plus clairement et on les entendra encore plus lors de la tournée, sans les (gros) artifices du studio qui permettent à peu près de faire illusion. Ozzy ne peut visiblement plus nous gratifier de montées en puissance dans les aiguës et son timbre, si reconnaissable qu'il soit, reste trop monocorde. La déception est là, pas gravissime bien sûr, l’ensemble est estimable et écoutable, on a peut-être trop attendu de ce retour pas si fracassant que ça. Mais vu la débauche de moyens déployés (gros producteur, une écriture qui s’est étalée sur 2 années…). Les longs morceaux, de 7 ou 8 mn, sont ici majoritaires mais auraient mérité d’être raccourcis pour être plus percutants. La fin de l’album, avec sa pluie et ses cloches, nous renvoie évidemment de nouveau au premier album qui commençait de la sorte. La boucle est bouclée semble vouloir nous dire cette conclusion. Mais bouclée sur quoi ?

Il faut se rendre à l’évidence : cet album est le dernier que nous a offert cette formation mythique qui n’avait de toute façon plus rien à prouver depuis longtemps et il n’y en aura pas d’autre. Black Sabbath ne voulait sans doute pas prendre la route pour une tournée d’adieux sans interpréter quelques nouveaux morceaux. « 13 » a le mérite de faire revivre une légende de la musique de ces 50 dernières années, force d'inspiration d’une foule de jeunes artistes actuels et même pas forcément dans le metal, les frontières étant largement franchies. Il possède quelques bons moments qui vont rappeler des souvenirs aux plus anciens, ça n’est déjà pas si mal après tout. Mais c'est malheureusement loin d'être un chef-d'œuvre. Cette tournée d’adieux achevée en 2017 a été un énorme succès comme on pouvait s’y attendre, sans Bill Ward, donnant de beaux moments d’émotion. Tout le monde s'est réuni une ultime fois pour quelques titres en 2025 quelques jours avant la mort d'Ozzy, pour un dernier au-revoir.

JOE-ROBERTS
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