Rien à redire, cette fratrie avait un satané sens du funk, du genre absolument irrésistible, ce qui vous donne envie de bouger immédiatement, emporté par le rythme ! Pas précisément des nouveaux venus dans les seventies dans le monde du show byz puisque les 3 frangins Rudolph, Ronald et O'Kelly Isley ont commencé dans les années 50 comme trio vocal. Ils ont accumulé ensuite un paquet de succès. Les Isley Brothers ont été de toutes les phases de la musique populaire en Amérique, ils sont passés du gospel au doo-wop et au rhythm’n’blues, puis à la soul soyeuse de la Motown, ils ont été des passeurs de hits vers l’Angleterre (c’est après leur version du Twist and Shout" des Top Notes que les Beatles l'ont repris à leur tour), ils ont lancé la carrière d’un certain Jimi Hendrix. Et s’ils s’étaient arrêtés là, le contrat aurait été rempli, ils auraient déjà accompli leur mission et marqué l’histoire de la musique populaire. Mais ils ont poursuivi dans les années 70 leur aventure musicale !
Cet album paru en 1973 est leur 11e et il est le 1er à comprendre officiellement 6 membres au lieu des 3 d’origine avec l’arrivée des jeunes frères Ernie et Marvin et le beau-frère Chris Jasper, même si tous les trois avaient joué sur les albums précédents. Les Isley Brothers ont enregistré « 3 + 3 » au Record Plant de New York au même moment où Stevie Wonder enregistrait un de ses chefs d’œuvre, « Innervisions » (1973). En fait, ils l'ont surpris en train d'enregistrer " Don't You Worry 'bout a Thing ". Chris Jasper des Isley Brothers et Stevie Wonder utilisaient tous deux le synthétiseur ARP et travaillaient tous deux avec les ingénieurs visionnaires Robert Margouleff et Malcolm Cecil.
Cet album ne recèle aucun temps mort ou même faible, c’est une invitation à la danse en continu. Et les frères balancent d’entrée « That Lady », un hymne funk qui vous cloue sur place ou plutôt vous donne des démangeaisons irrépressibles dans les membres. Rassurez-vous, rien de grave, cher patient, mais il ne sert à rien d’essayer de réfréner vos envies, c’est juste du funk groovy magistral mais surprise, mélangé à du soft rock, l’effet est immédiat quand le talent est aussi grand. "That Lady, Pts. 1 & 2" n’était autre que la réactualisation d’un de leurs vieux hits, "Who's That Lady?", à grands coups de solo d’orgue et de guitare fuzz, dans un esprit latin rock inspiré par Santana (on y pense à plusieurs reprises). Ils réussissaient à reprendre d’excellentes chansons dans le genre rock californien pour en faire des morceaux classieux et puissants, peut-être plus encore que les originaux : écoutez juste ce qu’ils font de James Taylor avec "Don't Let Me Be Lonely Tonight" et du "Listen to the Music" des Doobie Brothers qui pulse comme jamais. Et puis, il y avait surtout ce "Summer Breeze" de Seals & Crofts, suave et torride à souhait (quel solo de guitare ! On pourrait presque entendre Santana !), version transcendée du tube folk rock de Seals & Croft, la pièce de choix de ce disque qui n’est pas seulement le sommet de la très longue carrière des Isley Brothers mais aussi un classique funk soul, et l'un des plus convaincants crossovers entre rock blanc et black music que l’époque ait offerts. Les reprises sont un art délicat, souvent périlleux mais ici les frères Isley transforment carrément les versions originales : gonflé !