En 1979, après des années 70 brillantes, Michel entre dans le creux de la vague pour un moment (pratiquement une dizaine d’années). Visiblement en mal d’inspiration, en proie à des addictions diverses et une dépression profonde, Michel se lance alors dans un album de reprises en français de succès pop rock anglo-saxons. Imaginez, ça fait quatre ans qu’il n’a pas sorti d’album, une éternité pour les seventies ! Après tout, pourquoi pas des reprises, si ça lui permettait de rebondir ? Mais ça ne va pas être le cas malheureusement tant le projet se révèle bancal voire inabouti. Le choix des artistes n’est pas surprenant quand on connaît les goûts de Michel (et ils étaient bons) mais on comprend mal la raison de ne retenir qu’un seul titre d’untel et d’en chanter trois pour d’autres. Au programme, grande place pour Elton John et Paul Simon (en ouverture et conclusion) mais aussi Carole King, James Taylor, Graham Nash. Les adaptations réalisées par Jean-Michel Rivat et Michel lui-même sont très proches des originaux, que ce soit les mélodies (le plus souvent des copies conformes des versions originales) et même les textes en français. Musicalement, Michel s’entoure de très bons musiciens hexagonaux dont Claude Engel (qui se charge aussi des arrangements), Jannick Top, Christian Padovan, Jean Schulteis, Alain Hatot, Marc Chantereau, Georges Rodi, Gérard Bikialo, Jean-Pierre Sabar, Joss Baselli (l’accordéoniste de Renaud)…Une belle équipe, un grand talent, mais réduit ici à rejouer (fort bien d’ailleurs) note pour note les originaux ou presque.
Vocalement, Michel malgré les abus s’en tire très bien. Surtout, le gros problème pour moi, ce sont les paroles qui sont des adaptations mot pour mot des originaux, comme si Michel et Rivat ne pouvaient pas ou ne voulaient pas, faire mieux ? Là, ça coince, pas toujours, mais la plupart du temps. Les adaptations littérales d’une langue à l’autre donnent rarement un résultat valable. Certains titres s’en tirent mieux que d’autres, comme "There’s Only One" ("Il n’y a que lui") de Graham Nash, avec le sax ténor d’Alain Hatot qui vient souligner chaque phrase de Delpech. Également "J’ai été fou d’aimer", nouvelle version du "I Was a Fool to Care" de James Taylor, où ressortent l’accordéon de Joss Baselli et les guitares 12 cordes de Claude Engel. « T’as un ami », "Kodachrome" ou « Ta chanson » passent nettement moins bien. Le meilleur morceau de l’album, c’est pour moi, « Trente manières de quitter une fille » même si les jeux de mots du refrain ne sont pas évidents à rendre ne français. Au final, une chouette pochette, un hommage sincère et pas désagréable, c’est évident, mais maladroit sur la plupart des titres et qui n’apporte rien. Aucune de ces chansons ne peut se rapprocher des originaux. Il aurait vraiment fallu prendre plus de recul (et de risques) pour nous offrir des versions plus personnelles et intéressantes de ces grandioses morceaux anglo-saxons. Pourquoi pas des versions intimistes en trio ou piano-voix par exemple avec des paroles qui s’éloignent des textes d’origine ? Je sais, je sais, ça n’était pas le son « soft rock » de l’époque…Michel était alors de plus en plus perdu et son album suivant n’allait paraître qu’en 1986…