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Critique de Carrier par denizor
The Dodos sort son cinquième album. Gentes dames et damoiseaux, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles : l’avenir de l’indie rock US est toujours entre de bonnes mains...
le 30 août 2013
Carrier n’est pas un album spectaculaire. Il ne cherche pas à bousculer, ni à briller par l’innovation. Pourtant, il fascine par son contrôle, par la précision avec laquelle The Dodos réorientent leur son sans rompre avec ce qu’ils sont. Je lui ai mis 7,5/10 parce que c’est un disque qui m’a intéressé techniquement, séduit par endroits, mais qui ne m’a pas totalement emporté. C’est un bel album, réfléchi, finement produit, mais parfois trop contenu, presque trop poli.
L’architecture de l’album est nette, presque chirurgicale. On sent que les morceaux ont été pensés dans un souci d’équilibre et de clarté. La production est plus sobre que sur leurs albums précédents, ce qui met en avant les textures de guitares et la voix de Meric Long. On perd en exubérance ce qu’on gagne en lisibilité sonore.
D’un point de vue rythmique, Logan Kroeber opte pour une approche beaucoup plus contenue qu’à l’accoutumée. Les polyrythmies et signatures décalées, marque de fabrique du duo, sont encore là (“Confidence” en est un bel exemple), mais elles sont assouplies. Le jeu est plus en appui qu’en démonstration. Il y a une vraie volonté de lisser les angles, de rendre chaque pattern fonctionnel dans l’ensemble.
Sur le plan harmonique, Carrier reste dans des tonalités assez classiques, mais joue intelligemment avec la tension : beaucoup de morceaux sont construits sur des progressions mineures, qui maintiennent une sensation de flottement, de retenue. C’est ce qui donne à l’album son atmosphère un peu crépusculaire.
Le travail sur les guitares est peut-être l’élément le plus intéressant de l’album. Fini le picking frénétique de Visiter, ici tout est dans la nuance. Les guitares sonnent plus claires, souvent doublées, parfois réverbérées mais jamais noyées. L’album mise sur la précision du jeu, sur des motifs répétitifs qui hypnotisent sans jamais lasser.
On entend clairement l’influence de Christopher Reimer, même s’il n’a pas enregistré sur le disque. Son approche plus ambient, plus aérienne, semble avoir infusé l’écriture. On sent que Meric Long joue en pensant au vide, au manque — et cela donne à certaines compositions une profondeur émotionnelle inattendue (“The Current”, “Holidays”).
Meric Long, de son côté, chante avec plus de retenue, mais aussi plus d’intention. Il n’a jamais été un chanteur spectaculaire, mais sur Carrier, sa voix prend une place nouvelle : moins noyée dans le mix, plus centrée. Ce choix participe à la sensation d’intimité qu’on ressent tout au long du disque.
Les textes sont plus directs, moins cryptiques que sur leurs albums précédents. La mort de Reimer hante les paroles, parfois frontalement, parfois en sous-texte. Il y a peu d’effets de style, mais une réelle sincérité dans l’interprétation. Ça ne cherche pas à briser, mais à toucher — et ça fonctionne, en particulier dans les morceaux les plus dépouillés.
Ce que je reproche un peu à Carrier, c’est son manque de prise de risque sur la durée. Passé les premiers morceaux (très solides), l’album tend à s’uniformiser. Les ambiances se ressemblent, les tempos aussi. C’est cohérent, oui — peut-être trop. On aimerait, par moments, retrouver un peu de la nervosité brute des débuts, un accident, une rupture.
Cela dit, je comprends cette évolution. The Dodos choisissent ici la maîtrise, la densité émotionnelle, l’élégance plus que l’instinct. Et même si tout ne me touche pas de la même manière, je respecte profondément cette démarche.
Carrier est un album qui se découvre dans le détail. Il ne cherche pas l’effet immédiat, mais installe une ambiance, construit un langage plus sobre, plus personnel. D’un point de vue technique, il est irréprochable : les arrangements sont fins, les structures cohérentes, le mixage intelligent. C’est un disque qui marque une vraie étape dans la discographie du groupe, plus réfléchi que viscéral.
Il ne m’a pas bouleversé, mais il m’a captivé. Et dans ce calme tendu qu’il installe, il dit quelque chose de précieux sur le deuil, sur le temps, sur la transformation. C’est pourquoi, malgré ses petites longueurs, je lui accorde un 7,5 — avec respect.
Créée
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