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"Au plus près"...mais de quoi ?

Avis sur Closer

Avatar Karel1983
Critique publiée par le

J'ai envie de m'imaginer autre chose, de plus positif, pour retrouver cette énergie noire et hypnotique de Unknown Pleasures, mais comment faire ?
Comment faire face à un album aussi complexe et diversifié ? Une seconde fois, on doit faire le grand saut dans l'inconnu, un an après, sans trop savoir jusqu'où ça ira. Les pistes s'enchainent pour moi comme un autre voyage initiatique, bien plus compliqué à comprendre et apprécier que le premier. Puis je comprends pourquoi nombreux sont ceux qui préfèrent le second pas Closer, au premier Unknown Pleasures.

Atrocity Exhibition annonce la couleur avec ses percussions hypnotiques et ses guitares acérées, mordantes, on suit le groupe dans son aventure. On entre dans la danse...

This is the way, step inside !

Isolation, et on tombe dans la confession triste et désespérée, un peu trop tôt à mon goût, la voix incertaine et grave nous entraine dans les profondeurs, avec ses notes de synthé légères qui, rappelant la future new wave, viennent comme par ironie, donner un air gai, alors que les paroles renvoient la tourmente du chanteur.

I'm ashamed of the things I've been put throught....I'm ashamed of the
person I am

Passover est l'interlude calme, dont la guitare introductive rappelle le morceau suivant, alors que la basse traine, presque en rebondissant. Quelques envolées lyriques d'une tristesse sans filtres, et une guitare qui nous rappelle les futurs riff du rock gothique.

Colony, ça repart...êtes vous prêt pour le choc ? Guitare abrasive, basse et batterie qui dansent sur un rythme froid et militaire, mais où va t'on encore ? Sans espoir, mais sans douleur, on avance sans peur. Les premiers mots, dans leur dramatisme, semblent défier la mort avec une haine viscérale.

A cry for help, a hint of anaesthesia !

A means to an end perturbe, les sons qui en échappent semblent trop dansant, trop positifs, mais c'est là l'intérêt. La voix commence à se fatiguer, à ralentir le tempo. On ressent clairement l'ennui, la lassitude, mais pas la tristesse. Juste, un air désabusé et fatigué, que même les instruments semblent partager.

Heart and Soul, ça y est on retrouve la frénésie du passé ! Le synthé rôde dans le fond, la batterie reste précise et aiguisée, et par dessus une voix trop légère nous fait croire à une lueur d'espoir. On ne sait pas si il faut apprécier ou se sentir mal à l'aise, puis soudain, dernier couplet, la voix n'est pas à sa place, trop positive, trop rieuse quand ces mots viennent à mes oreilles :

Existence well what does it matter?
I exist on the best terms I can.
The past is now part of my future,
The present is well out of hand

Le voyage continue, Twenty Four Hours, lancinante puis violente, ce va et viens terrible qui oscille entre la confession funeste et l'explosion du cœur ouvert à vif et brulant.

L'album se clôture sur deux authentiques monuments qui annoncent l'ère des synthés avec une vague glaciale et une voix torturée. Nous sommes bientôt arrivés, mais Curtis semble être encore devant, de l'autre côté de la barrière. Quelle lenteur mejestueuse, lourdeur sur The Eternal...un piano ! Il s'ajoute à l'ensemble et les larmes coulent sans qu'on les contrôlent. Puis Decades, et cet aspect mythique...j'ai l'impression de voir la légende de Joy Division qui passe devant moi. Une dernière phrase ?

Where have they been ?

Bonne question, mais pas plus d'explication. Trop tard.

La piste s'arrête et tourne dans le vide. Curtis nous regarde, mais d'où ?... Je ne peux m'empêcher d'y penser, il ne peut pas s'arrêter là...ou peut être que je ne veux pas qu'il s'arrête. Après nous avoir attiré dans la brutalité d'Unknown Pleasures, il nous a cloué dans le glacier Closer, définitivement choqués. J'imagine un sourire plein de cynisme sur ses lèvres, ses sourcils qui se haussent, mélange de désillusion et de rage, et d'acceptation. La fumée de cigarette planant sur le studio, et le groupe s'arrête de jouer, ça y est, nous y sommes arrivés : au plus prêt, et jamais nous ne serons les mêmes.

En fait on a du mal à savoir quelle est la réelle intention de l'album : un cri de détresse dans une existence déjà condamnée, ou bien un dernier sursaut de rage avant le grand voyage vers l'inconnu ? Veut il nous montrer son âme déjà perdu selon lui, ou nous amener sur la frontière, à la limite de la folie et du gouffre, et nous faire découvrir d'autres plaisirs inconnus ? Difficile à savoir, tant l'album se diversifie, se complexifie au fil des chansons et des écoutes. Musique triste, pas facile à admettre, tout dépend du point de vue, on ne peut pas douter que si Curtis s'avance inéluctablement vers sa fin, il le fait dans un dernier élan de fureur, de brutalité, avec un lyrisme absolument magnifique, où chaque vers nous plombe, nous plaque sur le sol.

Les choix de la pochette et du titre intriguent, Closer, et un cimetière. Plus proche de la mort, mais pourtant nous n'y sommes pas, nous sommes sur la tranche, entre deux univers. C'est bien là, LA grande force de cette œuvre. A une époque ou la pop, la funk et le rock font danser des millions de gens sur des airs gais et positifs, Joy Division prend le pari d'aller au tréfond de l'âme et de l'esprit, avec l'expérimentation toujours plus extrême du son, une composition obscure, des lyrics débordant de vérités et de sentiments. La crédibilité du son nous arrache à nos habitudes...mais pas d'illusion, l'album ne vient pas à nous, c'est à nous de nous en approcher et d'écouter. Comme avec Unknown Pleasures, Closer surprend, parfois repousse aux premières écoutes, puis prend sa majesté une fois l'auditeur captivé.

Seuls face à nous même, au vide immense, à un silence encore plus terrible que dans Unknown Pleasures, parce qu'on sait qu'il est là pour toujours. Le son nous a craché cette réalité qu'on ne voit pas, l'isolation, la souffrance, le désespoir, les mensonges et la déception. Tout est dit avec force et brutalité, précision et calcul....Les joyeuses années 80 viennent de commencer par l'explosion froide, inquiétante, et surpuissante d'une des légendes du rock.

La nuit s'abat. Fin du spectacle, bonne chance à l'auditeur, car il n'y aura pas de rappels.

So, this is permanence

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