Quand Clément Rosset rencontre Cindy Lauper

Avis sur I Never Learn

Avatar Adam_Kesher
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Un bien bel album que la dernière livraison de Lykke Li. Un album très court (32 minutes pour 9 chansons) et qui prend (un peu) le contrepied du précédent. Chaque morceau sonne comme l'écrin fragile à une âpreté et une mélancolie qui risquent à tout moment de déborder et de saborder l'album par excès de dépressivité. En effet, il n'est plus question ici, comme sur Wounded Rhymes, la précédente production de la demoiselle, de revendiquer une maîtrise pop presque crâne sur des titres accrocheurs (Youth Knows No Pain, Get Some et, bien sûr, I Follow Rivers, petit tube indé). On se situe ici bien plus du côté de morceaux tristes et sobres comme I Know Places ou Silent My Song. La suédoise semble vouloir imposer à ses chansons un dénuement qui favorise une émotion à fleur de peau qui irrigue l'album dans son ensemble.
Pour contenir cette émotion, Lykke Li choisit et revendique (entre autres) une inspiration a priori douteuse mais qui se révèle ici fort judicieuse : les slows des années 80. On croit entendre ici ou là des bribes de mélodies entendues chez Cindy Lauper (Sleeping Alone qui évoque sans aucune ambiguïté Time after Time), ou chez les Bangles. Mais expurgées de leurs excès (de choeurs, de synthés, de saxophone), ces références permettent surtout d'ouvrir sur une émotion directe et même brute. Parfois, cette expression émotionnelle sans filtre peut attaquer, menacer les morceaux en eux-mêmes, quitte à mettre en péril leur équilibre. On pense notamment au déchirant Love Me Like I'm Not Made of Stone à la limite de la fausseté.
Il faut également souligner les nombreuses références à la notion de dureté, exprimées dès le titre des chansons : le métal, la pierre sont fréquemment convoqués (Silver Line, Gunshot, Heart of Steel, Love Me like I'm not Made of Stone). Cette "vision pierreuse" est fort heureusement contrebalancée par des mélodies humbles mais non dénuées d'emphase.
Cependant la légèreté, la fluidité, voire la naïveté de ces mélodies permet également d'éviter le piège de chansons exagérément ou artificiellement torturées, qui seraient dominées par le pathos.
Lykke Li tient ainsi le délicat équilibre entre emphase et simplicité, entre grandiloquence et sobriété. Il ne reste plus qu'à espérer qu'aucun DJ ne viendra, à coup de synthés et de beats, investir et s’approprier ces chansons dont la fragilité reste la plus belle des qualités.

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