J'ai mentionné dans mon autre chronique des Ventures que la taille considérable de leur discographie rendait ardue la tâche de les découvrir, et j'y conclus que pour la majorité des mélomanes, un bon best-of est suffisant pour aborder et comprendre la portée de l'ensemble instrumental. Je viens donc à ce Live In Japan '65, qui fait figure de parfait best of, mais surtout d'un des meilleurs disques des Ventures.


Je l'ai déjà dit, mais les Ventures sont un monument de la musique populaire et surtout du rock. On peut leur attribuer beaucoup d'innovations et de contributions à l'histoire du style mais aussi à la popularisation de la guitare électrique comme instrument principal ; et c'est d'ailleurs ce point précis qui les rendra aussi populaire au Japon. Les Ventures ont en effet joui d'une énorme popularité dans l'archipel nippon, au point qu'ils vendaient deux fois plus que les Beatles, et la bande à Nokie Edwards leur a bien rendu avec des tournées immenses. Non content d'être des pionniers de la guitare électrique là bas, ils furent le premier groupe international à tourner dans TOUT le pays et pas seulement se contenter de Tokyo et Osaka ; en 1968, le groupe y jouera même 122 concerts en 107 jours (oui, ils étaient si populaires qu'ils se retrouvaient à jouer plusieurs fois la même journée). Le Japon et les Ventures, c'est donc une grande histoire d'amour, et on leur attribue même la paternité d'un sous-genre de la musique japonaise appelé l'Eleki, contraction de "electric guitar", porté notamment par l'incroyable Takeshi Terauchi.


Ecouter un disque des Ventures enregistré au Japon, c'est donc les écouter devant leur meilleur public et dans les meilleures conditions possibles. Et sur ce Live '65, ils sont diablement en forme. Les Ventures jouent d'une manière bien plus sauvage qu'à leur accoutumée, probablement galvanisés par leur succès. Le son est fort, les tempos sont plus rapides, les interprétations beaucoup plus déchainées qu'à l'habitude (Mel Taylor en particulier n'a jamais tapé aussi fort sur ses fûts), les Mosrite font hurler les amplis Fender jusqu'à de la saturation que n'aurait pas renié Link Wray, et Nokie Edwards joue comme un possédé, et s'il est toujours aussi propre et en place, il se permet ici beaucoup plus de fioritures et d'improvisations qu'à son habitude. Mais pas d'effets de style, d'expérimentation sonores ou de virtuosité grandiose : on est dans la forme de rock la plus dépouillée possible, instrumentale et sans artifices, et poussée à son paroxysme. On est vraiment dans un monde complètement différent des albums gentils, propres, d'aucun diraient ringards, que les Ventures sortent habituellement.


Côté tracklist, c'est là que le disque devient intéressant comme best-of. En effet, tout le répertoire classique des Ventures y est, mais plus que ça, c'est leur capacité à se réapproprier tout ce qui se passe qui y est montré. Si leurs classiques à eux sont bien là (l'arrangement de Walk Don't Run dans sa version 1964, Journey to The Stars), toutes leurs reprises les plus fortes y sont aussi (Slaughter on Tenth Avenue, Rap City, Diamond Head), et leurs interprétations des tubes alors contemporains coiffent presque au poteau leurs interprètes originels : Penetration des Pyramids y passe, Love Potion N9, le Apache des Shadows, des standards plus surf comme Surf Rider et Pipeline, mais surtout Wipe Out des Surfaris dans ce qui est probablement l'une des meilleures interprétations du titre, Taylor devenant un émule de Buddy Rich l'espace d'un titre. Mais tout est impressionant de constance et de cohérence : qu'ils jouent des standards, leurs propres titres ou des reprises de tubes de leur époque, tout sonne comme les Ventures et rien d'autre. Peu de groupes arrivent si bien à se réapproprier des morceaux et peu y arriveront après eux ; et les entendre jouer des titres qu'ils ont eux mêmes influencés comme Surf Rider est impressionant de naturel.


Si je conseille ce live comme première, voire unique expérience des Ventures, c'est parce qu'au delà du résumé parfait qu'il constitue du groupe, c'est vraiment pour la performance que livre le combo ici. Tous les lives japonais des Ventures ont quelque chose de spécial, plus libre, plus déchainé, et les bruits de foule qui suivent les morceaux (et les différentes interventions du MC bilingue qui présente le groupe) en sont le meilleur indicateur. Le groupe est sur son meilleur terrain et le fait sentir, et c'est peut être la meilleure façon d'écouter et d'apprécier le monument qu'est ce groupe.


Si vous voulez découvrir les Ventures, commencez par là.

MonsieurHache
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