Dérangeant, mystique, hypnotique : MU.ZZ.LE n’est pas un album qu’on écoute en fond sonore. En à peine 24 minutes, Gonjasufi signe une œuvre dense et organique, qui semble surgir d’un cauchemar enfumé — ou d’un cri qu’on aurait retenu trop longtemps. Et c’est précisément cette tension intérieure, cette lutte pour dire malgré l’étouffement, qui donne à l’album toute sa force.
Avec sa voix rugueuse, éraillée comme une vieille radio captant des fréquences perdues, Gonjasufi nous embarque dans un univers où le hip-hop se mêle à la soul psyché, au rock spectral et à des textures lo-fi granuleuses. C’est brut, parfois déroutant, souvent fascinant. Certains morceaux paraissent inachevés ou trop abstraits, mais cette imperfection devient presque une esthétique en soi — un chaos contrôlé.
MU.ZZ.LE n’est pas fait pour plaire à tout le monde. Il ne cherche pas à être “beau” ou lisse, mais sincère, viscéral. Ce n’est pas un album qu’on comprend ; c’est un album qu’on ressent. Et pour ça, malgré ses limites, il mérite d’être écouté, ne serait-ce que pour entendre une voix rare tenter de briser le silence.
Ma note : 7/10. Une expérience imparfaite, mais profondément habitée.