En 1976, Deep Purple se sépare dans une ambiance assez houleuse. Jon Lord et Ian Paice décident donc de se joindre à leur pote Tony Ashton, claviériste et chanteur afin de monter un trio. Ils engagent l’excellent mais sous-estimé Bernie Marsden à la guitare électrique et Paul Martinez à la basse. Ashton connaît bien Lord avec qui il a joué en 1974 sur l’album « First of the Big Bands ». Voilà donc le trio Paice Ashton Lord formé pour ce qui sera un unique album et une tournée très réduite. On pourrait s’attendre à du hard rock qui tache et en réalité, c’est quelque chose de totalement différent que nous offre le trio, soyons clair, surprenant pour les personnes qui attendaient du décrassage d’oreilles en bonne et due forme ! Car ici, le rock se mélange au funk, soul, rhythm’n’blues, agrémenté d’une section de cuivres (oui, oui, il y a des solos de saxo !) et de chœurs qui rappellent la période dorée de la Motown ! Au final un rock groovy agréable. J’ai été surpris en écoutant un morceau comme « Silas & Jerome » car on dirait du Prince, c’est bluffant ! Sûr que le Kid de Minneapolis aurait pu le reprendre et quel beau solo de Marsden. C’est assurément mon morceau préféré du lot. « Remember the good times » sonne funky en diable. « Dance with me baby » nous permet d’entendre un Lord au jeu très boogie, et c’était peu fréquent.
J’ai pensé à ce que feront plus tard les Black Crowes (« Ghost Story », « Dance with me baby », «On The Road Again, Again » avec une belle frappe de Paice…). Bon sang, on sait que les frères Robinson ont été très influencés par Led Zep et les Stones de « Exile on main Street » mais on entend ici aussi une filiation évidente et je ne serai pas surpris d’apprendre que les frangins aiment cet album ! «I'm Gonna Stop Drinking Again » est une confession presque intime de Ashton. Il se clôt en beauté avec "Malice in Wonderland" histoire de remuer tout ce qu'on peut 😊 Un titre m'a semblé un peu plus passe-partout, « Arabella », pour moi le moins convaincant, plus doux, plus mou. Paice a depuis reconnu que le trio cherchait à innover et créer une fusion de rock et de jazz comme Level 42 la réussira quelques années après. Pas un chef d’œuvre ignoré (ce genre d’album dont on nous bassine fréquemment les oreilles est rare, très très rare) mais un bon album qui remue bien, un rock mélodique, énergique et festif, et dans lequel on n’attend pas forcément les deux ex-Deep Purple. Du rock seventies comme on l’aime, solide et varié. L’album malgré de bonnes critiques n’a pas eu de succès commercial. La tournée qui a suivi s’est retrouvée pratiquement réduite au Royaume-Uni. Un 2e album était prévu mais n’a jamais été réalisé. Le groupe dissous, Paice, Lord et Marsden sont partis rejoindre David Coverdale dans Whitesnake et c’était une autre aventure du hard rock qui débutait. À découvrir vraiment si vous ne le connaissez pas (merci à fannierej1_gmx_fr de me l’avoir conseillé sur senscritique 😉)