Il y a des albums qui ne cherchent pas à en mettre plein la vue, mais qui finissent par nous hanter, doucement, sans prévenir. Pull My Hair Back, le premier album de Jessy Lanza sorti en 2013, m’a fait exactement cet effet-là. Ce n’est pas un disque qui s’impose par sa puissance ou son immédiateté. Au contraire, il prend son temps, il chuchote. Et c’est précisément cette retenue, cette élégance presque distante, qui m’a séduit. Si je lui mets 8/10, c’est parce qu’il a su créer un univers cohérent, intime et singulier, avec une économie de moyens qui force le respect.
Dès "Giddy", j’ai été happé par cette atmosphère ouatée, presque irréelle. Les sons sont clairs, précis, mais il y a une sorte de flottement permanent. C’est comme si la musique marchait sur un fil tendu entre sensualité et abstraction. J’ai ressenti une vraie filiation avec le R&B des années 90, mais filtré à travers une sensibilité très actuelle, presque fragile. Il y a aussi ce travail de production — la patte de Jeremy Greenspan — qui joue un rôle essentiel, mais sans jamais éclipser la personnalité de Lanza. C’est subtil, presque timide, mais ça s’impose avec le temps.
Ce qui m’a vraiment marqué, c’est la manière dont elle exprime le désir. Pas de surjeu, pas d’esbroufe. Juste une voix légère, presque chuchotée, qui évoque des émotions très intimes sans jamais les surligner. Des morceaux comme "Kathy Lee" ou "Keep Moving" créent un climat à la fois sensuel et un peu mélancolique. C’est beau parce que c’est retenu. Il y a quelque chose d’étrangement touchant dans cette pudeur.
Après, tout n’est pas parfait. Certains titres m’ont laissé un peu plus froid, comme s’ils tournaient un peu à vide. Le minimalisme de l’album, que j’apprécie globalement, peut parfois manquer d’aspérité. Mais même ces moments-là ne m’ont pas sorti de l’album : ils participent à cette ambiance de flottement, de demi-teinte, qui est au fond ce qui m’a le plus accroché.
En fait, Pull My Hair Back m’a séduit parce qu’il ne cherche jamais à forcer le contact. C’est un disque qui reste à distance, mais cette distance crée justement le désir d’y revenir. Il m’a parlé à sa manière, discrète mais précise. Et plus je l’écoute, plus je découvre de nuances dans ses silences, dans ses textures, dans ses non-dits.
Pour moi, c’est un album qui mérite d’être apprivoisé. Pas un coup de foudre instantané, mais une relation plus profonde, plus durable. Et c’est sans doute pour ça qu’il m’a autant marqué.