En 1990, j’avais écouté ce premier album de Rise and Fall of a Decade. Et je suis passé à côté. Pas complètement indifférent mais pas suffisamment accroché non plus pour comprendre ce qu’il avait de particulier. Formé à Paris en 1988, le groupe évoluait pourtant dans une galaxie proche de Little Nemo, que j’aimais déjà beaucoup. Mais sa musique allait vers quelque chose de plus aérien, plus délicat, plus travaillé aussi.
À ce moment-là, mes esgourdes d’étudiant étaient plutôt réglées sur des disques plus nerveux. Tous ces arrangements, ces voix qui se croisent, cette douceur un peu étrange, ce n’était simplement pas ce que j’avais envie d’entendre.
Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que c’était justement ça que j’aimais dans ce disque.
Dès Arch of Lament, l’ambiance est mélancolique, sombre, avec un petit côté théâtral qui ne bascule heureusement jamais dans le grandiloquent. The Man Who Wanted to Catch the Wind confirme surtout une chose que je n’avais manifestement pas su entendre à l’époque. Ces gens-là savaient écrire de sacrées mélodies.
Et puis arrive Lisbeth. Là, difficile de ne pas penser à Cocteau Twins, influence dont le groupe a lui-même reconnu l’importance. Le titre et l’atmosphère du morceau suffisent déjà à faire le rapprochement. Petit clin d’œil à Elizabeth Fraser ? Rien ne le prouve.
Quant à Nothing to Say, Easy to Answer, c’est probablement celle qui me fait le plus regretter mon manque d’enthousiasme de l’époque. Moins de trois minutes et une mélodie qui fait mouche immédiatement. Une petite merveille de pop mélancolique, foutrement efficace.
Bien sûr, quelques sonorités rappellent que nous sommes au tout début des années 90. Et alors ? Elles font aussi partie du charme. Surtout, derrière les claviers et les arrangements très travaillés, il y a des chansons. De vraies chansons. Et souvent de très belles.
Ce n’est même pas la nostalgie qui parle. Je crois simplement que je n’avais pas su entendre ce disque comme il le méritait.
Et là, la reco du jour se transforme doucement en petit coup de gueule du jour. J’avoue que je ne comprends pas bien comment ce groupe a pu rester aussi confidentiel.
Alors, à ceux qui me suivent comme à ceux qui sont simplement tombés sur cette chronique par hasard, si vous avez une quarantaine de minutes devant vous, allez donc jeter une oreille à Rise and Fall of a Decade. Si ce texte peut permettre à ce disque de gagner quelques auditeurs de plus, ce sera déjà ça.
Il y a sûrement des injustices musicales plus graves, mais celle-là m’agace un peu.