Marc Moulin est un cas à part dans la musique puisqu’il a été aussi bien pianiste, compositeur, producteur (pour les Sparks, Alain Chamfort ou encore Lio) qu’homme de radio et de télé et même humoriste ! C'était surtout comme producteur que je le connaissais. Un touche-à-tout belge, passionné et excentrique comme on les aime mais qui nous a laissé jusqu’à sa mort en 2006 quelques albums assez inclassables. En 1975, il sortait ce « Sam’ Suffy » réédité par Blue Note en 2005 et il s’entourait de quelques-uns des meilleurs musiciens belges de l’époque : Richard Rousselet y joue du fluegelhorn et de la trompette, Marc Moulin des claviers, Philip Catherine de la guitare et Bruno Castellucci de la batterie. L’album s’inscrit parfaitement dans son époque, un jazz fusion plein de groove, de créativité et d’humour aussi, indissociable de sa forte personnalité. « La saule », le 1er morceau de l’album, est un hommage à la musique soul et au funk ; « La blouse »…un hommage au blues ! La pièce maîtresse en est quand même le triptyque électro jazz qui met en valeur tous les instruments et évoque les grands espaces africains. Ce sont « Tohu-bohu Part 1 », « Tohu-bohu Part 2 », et surtout « Tohu-bohu Part 3 » avec un dialogue entre un hippopotame samplé et la trompette de Rousset ! Drôle et inventif. Marc Moulin alliait la créativité la plus débridée avec une capacité à ne pas se prendre au sérieux pas si fréquente dans le jazz. À (re)découvrir.