Héliogabale, empereur romain mythique : jeune ado audispendieux, pervers et païen, selon la légende cruel et sans scrupule. John Zorn, l'un des plus grands génies musicaux de notre temps, choisit cette figure antique comme pièce centrale de l'une de ses nouvelles déviances musicales.

Pour rendre hommage à ce visage de la cruauté et de la luxure, élevé en divinité par le choix de nommer chacun de ses forfaits "litanie", Zorn sort les éléments habituels de sa recette : mêler à la rythmique millimétrée du jazz la violence et le chaos du grindcore. Le résultat en est un pot-pourri ultra-violent mais entraînant au-delà de l'imaginable. Les hurlements sans queue ni tête constituant le chant parviennent à ne pas être repoussant et donnent même une partie de la saveur exotique de ce déchaînement musical. Toute une "litanie" de 8 minutes est même intégralement constituée de ces braillements oppressants, pour un résultat des plus malsains et d'une brutalité étonnante.

Que ce soit au niveau du saxophone ou de la guitare, tout contribue à donner à cet hommage sanglant une atmosphère saugrenue mais qui n'en devient que plus malsaine. Les courts passages d'orgue allongent en filigrane une ambiance sacrée en contrepoint au personnage qu'il vénère, Héliogabale le païen. La violence se renferme ainsi jusque dans les petits détails de ce qui n'en paraît pas. Profanes et déroutantes, morbides mais captivantes, rythmées et chaotiques tout à la fois, ces litanies en imposent quelle qu'en soit la manière.

Aldorus
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 5 sept. 2017

Critique lue 458 fois

Critique lue 458 fois

2

D'autres avis sur Six Litanies for Heliogabalus

Six Litanies for Heliogabalus

Six Litanies for Heliogabalus

9

xeres

2065 critiques

Critique de Six Litanies for Heliogabalus par xeres

John Zorn – Six Litanies For Heliogabalus – (2007)« Six Litanies for Heliogabalus » est le troisième volume de la série des Moonchild, il succède à « Astronome » et grimpe encore une marche, il faut...

le 30 mai 2025

Du même critique

Madame Bovary

Madame Bovary

4

Aldorus

241 critiques

Emma la femme de mauvaise vie

Non non et non, rien à dire sur un style d’une perfection sans faille (j’aime les pléonasmes) dont on nous a rebattu les oreilles jusqu’à épuisement en classe de Terminale. Rien à dire sur le...

le 12 août 2016

Proanomie

Proanomie

5

Aldorus

241 critiques

L'indestructible

Et si, dans un genre lui-même terré au fin fond des abysses de la musique, existait encore un sous-genre si obscur que même les fonds marins n’auraient rien à lui envier en termes d’underground...

le 17 janv. 2018

La Conjugaison pour tous

La Conjugaison pour tous

1

Aldorus

241 critiques

LE PETIT GUIDE DE L'EMMERDEUR.

L’avis de Jean-Kevin, 17 ans, lycéen oisif malgré ses 2/20 de moyenne générale : « ouéééé c de la merd ce bouk1 lé gens arrète pas de nous emmerdé avc koi, jsais meme pa cke c se truc mai chaque foi...

le 26 févr. 2018