Searching for my black dope, yes I am

Avis sur Tago Mago

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Tago Mago est grand, complexe, infini. C’est l’œuvre issu d’une folie trop intense pour en capter sa naissance, y rentrer vous fait perdre toute notion de normalité. Can est allé là où tout le monde pysché rêvait d’aller, en ne partant sans retenu pour atteindre une certaine notion d’éternel. Comprendre Tago Mago est un but naïf et surement irréalisable, mais partir de là, rend l’œuvre encore plus belle. Le seul moyen sera alors de se jeter à corps perdu et de se laisser porter par Damo.

C’est vrai que Damo joue beaucoup dans cette évolution du groupe. En soi, Mooney n’avait rien à se reprocher, mais là il se fait écraser. On ne sait pas vraiment où part le gars. On parle souvent des cris de Vega sur Frankie Teardrop (à juste raison), mais pas souvent de ceux sur Peking O où il atteint un stade hystérique, voire traumatisant. L’utilisation de la voix prend un statut majeur, elle flirte avec le reste du groupe, s’amuse avec. Il porte toute la folie du groupe au doux son de sa voix.

En prenant les quatre premiers morceaux, on est face à quelque chose d’assez classique. Parce qu’après débarque le duo Aumgn et Peking O. On rentre dans un domaine purement expérimental qui au premier abord envoie à son auditeur une sorte de grand doigt d’honneur. Et là, on touche à quelque chose de finalement très pur. Je ne sais jamais expliquer pourquoi les expérimentations un peu folles me plaisent autant. Du fouillis manifeste, constant découle un côté très malsain, et là, la fascination peut enfin prendre place. Le principal problème est d’essayer d’assimiler la chose, alors que c’est futile, essayer d’identifier les sons qui passent, repassent au lieu de les laisser vivre tout simplement. Et arriver à ce point, on ressent la musique. Les deux morceaux forment donc une sorte de duo qui part sur un travail sur la musique asiatique. Et donc oui, c’est un putain de bordel, déglingué de part en part, Damo crie encore et encore, la rythmique est forcément déstructurée, ça s’énerve, ça se calme, on respire pour mieux retomber la prochaine noyade. Parce que ça dure 30 minutes, les mecs ne déconnent pas. C’est aussi très amusant de voir à que l’expérimentation n’est pas vaine, la quantité incroyable d’instruments utilisés pour pousser à bout l’idée d’un rock électronique, avec en tête l’utilisation d’une rythmique électronique sur une grosse partie de Peking O (avec un Damo totalement fou, drolatique au possible), qui permet un tempo ultra-rapide, limite violent (bonjour breakcore). Pour conclure, on entend un monsieur qui s’écrie vers la fin de ce morceau « What’s going on ? ». On se le demande toujours, quarante ans après.

Mais tout ça ne veut pas dire pour autant que le reste de l’album est tout aussi expérimental, on est face à une figure de Can qu’on connaît déjà. Mais à son apogée. Le quatuor d’entrée est juste un orgasme constant de pratiquement 40 minutes. Le duo Paperhouse - Mushroom vous fait rentrer doucement dans la danse, Damo ne fait que se lanciner avec les guitares stridentes, et tout tourne encore encore, jusqu’à l’explosion, et l’apparition soudaine de Oh Yeah, meilleur morceau de l’album sans douter une seule seconde. Ça commence bizarrement, on ne comprend pas ce qui se passe, la voix de Damo est à l’envers et on sent que tout le monde trépigne derrière, une lente montée qui dure bien trois minutes, jusqu’à cette nouvelle explosion, signe d’un nouveau départ, Damo est à l’endroit, on entend au loin les stridences qui recommencent et la voix s’efface, la guitare arrive au premier plan et on ne l’arrêtera plus. C’est d’ailleurs assez plaisant, de réapprécier un bon solo de guitare, solos qui ont pourtant l’habitude de m’ennuyer depuis un certain moment (alors que toute mon adolescence, je raffolais de ça), mais là c’est grandiose, le jeu des deux guitares sur les dernières minutes qui se répondent dans un rythme endiablé. Mais c’est vrai qu’on a un peu l’impression que c’était que de la rigolade face au mastodonte Halleluhwah. Techniquement, on arrive clairement à un niveau indescriptible, on est face à une tornade sans fin, qui s’organise sur la même base tout le long du morceau, la notion d’infini dont je parlais au début est palpable ici, je préfère ne même pas continuer. Arrive ensuite le duo expérimental, pour finir sur Bring Me Coffee or Tea. En soi, c’est vrai que c’est pas la meilleure chanson du groupe, mais dans la construction de l’album, ça colle parfaitement, on revient à une ambiance bien plus calme que Peking O en restant sur une structure classique de chanson canienne (un rythme qui se répète encore et encore avec Damo qui crie) avec une mandoline (enfin je crois) pour rester dans cette ambiance un peu asiatique. On est plus dans le thé, donc, tranquillement comme des petits vieux, mais ça nous calme gentiment les nerfs, on est bien heureux de pas retourner dans leur univers décadent.

On ne sait plus où donner de la tête, comment agir normalement, mais on ne regrette rien.
Tago Mago brûle le rock psyché pour le faire renaître de mille feux. Et renvoie les cendres dans un dernier élan de folie pour le faire disparaître à jamais.

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