Si j’étais du genre feignasse, cette chronique sur le dernier album de Jolly, The Audio Guide to Happiness (part one) consisterait en la seule phrase « comme son nom l’indique ». J’avoue que, rien que pour la beauté du geste, j’ai hésité. Je vous passe sur les jeux de mots foireux du genre « jolly coup », allons plutôt à l’essentiel: The Audio Guide to Happiness est un excellent album de néo-prog moderne. Alors que le premier album du groupe américain, intitulé Forty-Six Minutes, Twelve Seconds of Music ne m’avais pas particulièrement impressionné, celui-ci possède des qualités qui me parlent nettement plus.
D’une part, c’est certes du néo-prog, mais pas vraiment le modèle des années 1980: grosse patate, gros son, grosses guitares, Jolly flirte plus avec le hard-rock qu’avec la pop new-wave. Si je devais établir une comparaison, cet Audio Guide to Happiness me rappelle furieusement Frost* et, notamment, son dernier album Experiments in Mass Appeal; c’est d’ailleurs ironique que Jolly sorte un tel album au moment où Jem Godfrey annonce qu’il met un terme à son projet (on l’espère provisoirement).
Si je ne suis pas complètement enthousiaste sur l’intégralité de l’album, il réserve néanmoins des moments impressionnants d’intensité et de maîtrise, comme « The Pattern » (sans doute le plus frostien des morceaux avec son avalanche de riffs guitare/claviers et son pont instrumental chaotique à souhait) ou « Still A Dream », qui commence plan-plan et s’enfonce dans le sombre – comme un rêve qui tournerait au cauchemar. Je mentirais si je prétendais avoir trouvé l’album parfait, mais il n’y a aucun morceau qui ne paraisse pas à sa place dans The Audio Guide to Happiness et rares sont ceux qui, à l’instar de « Where Everything’s Perfect », ne cachent pas derrière une façade en apparence banale quelques pointes de folie.
Jolly prouve avec cet Audio Guide to Happiness qu’on peut faire du néo-prog avec autant de belles mélodies que de guitares agressives; un peu comme le métal progressif a commencé lorsque des métaleux ont voulu incorporer les structures complexes du rock progressif, sauf que c’est un peu l’inverse. Vivement la deuxième partie!