Il s’agit du 2e album de Cannonball Adderley après ses débuts en 1959. Dans ce « Them Dirty Blues » sorti en 1960, le musicien nous rappelle que le jazz vient viscéralement du blues, les deux musiques sont liées. Le groupe autour de Cannonball et son frère Nat est encore plus soudé et cohérent avec Bobby Timmons et Barry Harris au piano, Sam Jones à la basse et Louis Hayes à la basse : une équipe de rêve ! Les mélodies sont là (et certaines sont restées dans les mémoires), le swing est omniprésent mais aussi l’énergie de mois passés à travailler ensemble. Tout ça s’entend. Malgré cette cohésion permanente, le leader du quintet est bel et bien Julian Adderley - surnommé « Cannonball »- star du saxophone alto originaire de Floride qui, avant de lancer ce quintet, était probablement surtout connu pour son année et demie comme membre vedette du Miles Davis Sextet. Un incroyable musicien, improvisateur de talent, vrai showman et innovateur enfin. Il a d’ailleurs affirmé lors d’une interview en 1959 : «En matière de jazz, il n'y a pas de place pour l'immobilisme ».
Le jeu de son saxo et celui de son frère au cornet se complètent parfaitement. Deux pianistes ont été nécessaires car Timmons a quitté le groupe à l’amiable en cours de sessions afin de réintégrer les Jazz Messengers d'Art Blakey, le groupe qu'il avait quitté l'année précédente pour participer aux débuts du Quintet de Cannonball. Timmons est présent sur « Del Sasser », « Soon » et sa propre composition à succès « Dat Dere ». D’où la présence sur les autres morceaux de Barry Harris. L’autre grand succès de l’album est la composition de Nat « Work Song », devenu « Sing Sing Song » chez Claude Nougaro, merveille. Du jazz bourré de swing mais surtout très soul-funk et dont les grooves ouvrent la voie au jazz fusion de la fin des années 60. Cet album est un délice et n’a pas pris une ride.