Unsound, c’est un peu comme retrouver un vieux pote qu’on n’a jamais vu se calmer. Même après toutes ces années, Mission of Burma continue de jouer serré, tendu, presque en apnée. Pas de nostalgie ni de compromission : le groupe reste fidèle à ce qui fait sa force depuis ses débuts – un rock dense, nerveux, pas forcément aimable, mais profondément habité.
Ce que j’aime dans cet album, c’est cette obstination à refuser la facilité. Plutôt que de capitaliser sur leur statut culte, ils préfèrent expérimenter, déranger, fouiller encore dans la dissonance. Des titres comme "Second Television" ou "Semi-Pseudo-Sort-Of Plan" montrent un groupe qui ne s’endort jamais sur ses lauriers, toujours prêt à bousculer les structures, à triturer le son, quitte à perdre du monde en route.
Mais voilà, parfois cette rigueur devient presque trop rigide. À force de marteler sans relâche, l’album laisse peu d’espace à l’auditeur pour respirer. Il manque ce moment suspendu, ce morceau qui laisserait un peu d’air ou de mélodie. L’ensemble reste solide, mais un peu monolithique, moins nuancé que d’autres disques du groupe comme ONoffON, qui savait mieux jouer avec les contrastes.
Cela dit, Unsound n’est pas là pour plaire à tout prix. C’est un album droit dans ses bottes, sans calcul, qui pousse encore plus loin cette tension permanente entre chaos et contrôle. Et même si tout ne me parle pas sur la même intensité, j’admire ce refus de lisser, cette fidélité à une certaine idée du rock.
Au final, c’est un disque que je respecte autant que je l’écoute. Un bon cru, pas le plus marquant de leur parcours, mais suffisamment audacieux et dense pour mériter qu’on s’y attarde. Surtout si on aime quand la musique gratte un peu sous la peau.