Là où le style Pink Floyd s'affirme plus que jamais

Avis sur Wish You Were Here

Avatar Raph___t
Critique publiée par le

A mes yeux, cet album iconique de l’œuvre de Pink Floyd marque un sommet dans l’art du groupe et de chacun de ses musiciens. En tout cas, c'est celui qui a eu la plus grande influence sur moi, et dont je prends le plus de plaisir à jouer les morceaux. Je commencerai donc par celui qui m’a le plus marqué, et selon moi le plus représentatif de l’album : « Shine on You Crazy Diamond ». Des parties I à IX, c’est magnifique, d’un très bon goût, et les 9 parties se succèdent avec logique, pour un cohésion et une progression parfaites.

On commence avec une introduction, lente et soutenue, qui m’évoque des aspects de musique classique ; on pourrait la comparer avec l’ouverture de certains concertos, avec un petit groupe instrumental, qui vient nous envelopper, et délicatement laisser place au soliste. Et c’est donc ici le début d’un « concerto pour guitare électrique », où Gilmour assure plus que jamais (je reviendrai sur lui plus tard). On retrouve le même type d’ouverture dans la partie VI, mais avec une tension qui est largement montée entre temps.

La pièce évolue ensuite avec beaucoup de finesse. On a les solos de guitare, qui tournent autour de la tonique (ici sol) et qui semblent désespérément chercher une résolution, avec une sensible augmentée et une dominante diminuée (blue note). En plus d’ajouter au style « space blues », ces notes permettent d’annoncer la progression d'accords de la partie chantée, magnifiquement soutenue par les mélodies, vocale et à la guitare. Ensuite, le morceau est entrecoupé (mais avec des transitions nuancées, pas brutales !) de parties très innovantes par leur style. On a des progressions très blues, mais avec des mélodies bien lyriques à la guitare ou au clavier. Et encore une fois, les parties n’obtiennent jamais de vraie résolution sur le plan tonal, jusqu’à la toute fin, avec ce changement du sol mineur vers le sol majeur, qui ramène un espoir triomphal après la lutte et la mélancolie des passages précédents (personnellement ça me fait penser à la résolution de la Symphonie n°5 de Beethoven dans la symbolique). Et c'est toute la progression de cette oeuvre (qui elle-même permet la progression de tout l'album en l'ouvrant et en le fermant) qui m'a permis un voyage musical unique.

Concernant le reste de l’album, on a un tout varié et homogène. « Welcome to the Machine » vient amener une nouvelle signification aux sons électroniques, ici plus menaçants et envahissants; mais avec Pink Floyd, le mixage est toujours très travaillé et absolument cohérent dans le rendu final. Ensuite avec « Have a Cigar », on a droit à de purs accents blues, où le style de Pink Floyd s’impose tout de même (avec une envolée qui sert de refrain). Ensuite, pour sublimer le tout, on a « Wish You Were Here », la ballade acoustique qui selon moi représente un exemple à suivre dans le genre : ici, c’est la voix qui dirige et non pas les accords à la guitare. Ces derniers doivent rester en arrière-plan pour mieux soutenir la mélodie, puissante, qui peut aller ensuite se mêler au reste des instruments, pour véritablement faire progresser le morceau.

Il est impossible de parler de cet album (et de n’importe quel album de Pink Floyd) sans évoquer le travail énorme des interprètes. La basse de Roger Waters, qui soutient l’édifice, apporte toujours une sonorité adaptée, avec le son ample et soutenu qui ponctue les phases lentes et atmosphériques, ou avec des lignes de basse plus sèches dans les aigus (un peu à la Jack Bruce). Ensuite, on retrouve la batterie de Nick Mason, qui reste discrète, mais qui sait parfaitement apporter de la tension, ou en contraire une libération, et qui parvient aussi à mettre en place les changements de tempo ou de mesure de manière toujours intéressante. Pour ce qui est des claviers, Richard Wright nous offre une panoplie de mélodies sublimes surtout dans « Shine on you Crazy Diamond », même si niveau sonorité, rien n’égalera le travail des synthés de Dark Side of the Moon.

Et enfin, ce qui se révèle véritablement dans cet album, c’est la guitare de David Gilmour. Il explore les sonorités, avec sa Stratocaster qu’il fait claquer dans les basses de « Have a Cigar », et qu’il fait chanter et vibrer dans « Shine on you Crazy Diamond ». Il offre également de belles sensations acoustiques, avec le claquement des cordes qui s’entend vraiment dans l’enregistrement de « Wish You Were Here ». Finalement, le style de Gilmour incarne à lui seul un des multiples aspects du mot « progressiste » dans ce rock progressiste. Au côté de Jeff Beck ou Eric Clapton, il fait partie des rares qui ont réussi à amener le blues vers d’autres horizons, tout en respectant l’essence du genre dans leur jeu, et dans les émotions qui s’en dégagent.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 41 fois
Aucun vote pour le moment

Raph___t a ajouté cet album à 1 liste Wish You Were Here

  • Albums
    Pochette Royal Albert Hall (Live)

    Top 10 Albums

    Avec : Royal Albert Hall (Live), Wish You Were Here, Disraeli Gears, Led Zeppelin,

Autres actions de Raph___t Wish You Were Here