Pas mal d’humour et de diversité (un peu trop…)

Les Who sortent ce 2e album en 1966, presque un an après le 1er. C’est vrai que ce 1er abordait une musique très rhythm’n’blues sous influence James Brown, Bo Diddley mais contenait aussi les légendaires My Generation, un coup de massue et The kids are alright, entrés immédiatement dans la légende ! Cette suite les voit développer un humour parfois féroce mais il me séduit moins que le précédent. Townshend n’était pas encore le seul et génial créateur qu’il va bientôt devenir, A Quick One présente d'importantes contributions à l'écriture des chansons de tous les membres du groupe, Roger Daltrey fournissant à une chanson ("See My Way"), le bassiste John Entwistle et le batteur Keith Moon en composant chacun deux. La participation de chaque membre dans les compositions de l’album, exigée par la maison de disques, a sans doute conduit à laisser des singles de Townshend dans les tiroirs, des tubes potentiels, qui auraient fait de cet album une œuvre bien plus efficace et marquante. Honnêtement, ici, pas de titre rentre-dedans et inoubliable. So Sad About Us reste un bon single, un titre qui surnage. C’est l’album qui contient " Boris the Spider ", écrit après que John Entwistle soit sorti boire un verre avec le bassiste des Stones, Bill Wyman. Ils inventaient des noms amusants pour les animaux quand Entwistle a proposé la chanson. "Boris the Spider" est rapidement devenu la chanson la plus populaire d'Entwistle, toujours interprétée des décennies plus tard sur scène, son « morceau de bravoure ». Sympa, bien sûr, mais on reste au niveau de la blague. Ce qui sera malheureusement souvent le cas sur cet album : "I Need You" de Keith Moon s'intitulait à l'origine "I Need You (Like I Need a Hole in the Head)". Moon toujours bien déjanté, pensait que les Beatles parlaient dans une langue secrète dans son dos, et cette chanson était sa façon de se moquer de leurs accents de Liverpool. Moon a toujours nié avoir voulu imiter Lennon sur un passage dans ce titre et pourtant Entwistle a bien affirmé que c’était le cas. "Heat Wave", la seule reprise et le seul clin d'œil aux influences soul du groupe sur l'album, est une chanson initialement écrite par l'équipe Holland-Dozier-Holland de la Tamla Motown et interprétée par Martha and the Vandellas. Reprise sympa mais pas à se rouler par terre pour autant. Le plus intéressant est que le groupe (et Townshend en particulier) commence à entrouvrir les portes qu’ils vont franchir quelques années plus tard, celles des opéras rock, Pete voulant clairement faire sortir le groupe de la catégorie des simples singles. " A Quick One, While He's Away " est une suite de neuf minutes d'extraits de chansons racontant une histoire d'infidélité et de réconciliation, la première incursion dans une forme étendue qui a conduit aux opéras rock Tommy (1969) et Quadrophenia (1973). En cela, c’est un album qui montre la direction que les Who vont suivre : la construction d’œuvres qui racontent une histoire en continu. Un album qui reste agréable et qui montre un groupe capable de ne pas se prendre au sérieux, ce qui n’est pas si fréquent dans le rock. Avec le succès, les têtes des artistes peuvent aisément se mettre à enfler et ne plus passer les portes, on pourrait en citer de très nombreux exemples…Ils continueront en 1967 dans cette « veine humoristico-parodique » avec Sell out, dans lequel ils parodient les jingles et les pubs de la radio mais le résultat est plus cohérent et plus solide que ce A Quick One. Cet album-charnière reste pour moi secondaire dans leur discographie d’un niveau assez exceptionnel et j’ai du mal à comprendre les éloges dont il est régulièrement couvert aujourd’hui encore : dans les années 2000, le magasine Rolling Stone l’a plusieurs fois classé dans les 500 meilleurs albums de tous les temps, vers le bas de la liste quand même, mais ça me laisse un peu dubitatif et pourtant j’adore les Who.

JOE-ROBERTS
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