L’Italie prend quelques couleurs. Je ne parle pas de foot mais de musique. Après des années de disette et de clandestinité, certains bons groupes arrivent jusqu’à nos oreilles grâce au travail de fourmis de quelques activistes français (l’alter mondialisme existe aussi en musique). Ce qui est le cas de Port Royal, supporté par Fugues / Merry Go Round. Ce groupe génois, tout comme les Action Dead Mouse de Bologne, est à classer dans le rubrique post-rock. Après la comparaison s’arrête là, l’essence de la musique se situant, et contrairement aux Américanophiles ADM, bel et bien en Europe. Faisant suite à l’excellent Flares, Afraid to dance masterisé par Murcauf, voît ses géniteurs épurer un peu plus leur musique vers un ambiant diffus hérité des années 70 (de Eno à Tangerine Dream) et modernisé par le Shoegazing (avec P*ygmalion* de Slowdive en référence ultime).
Les synthés sont rois et se répandent avec lenteur comme une matière à reflets multiples. Le groupe n’en range pas pour autant ses guitares mais celles-ci, au minimum réverbérées, sont retravaillées et utilisées avec des effets qui en « électronisent » la sensation (Leitmotiv / Glasnost, aurait pu trouver un place de choix chez Arca). L’essentiel pour le groupe est sans doute d’arriver à un résultat où chaque son ainsi aggloméré devient d’une fluidité sans pareille, seulement troublé par des parasitages électroniques (Putin vs Valery). Mais armé d’une basse, Port Royal sait aussi se reformer en entité animale aux mouvements punchies (Roliga Timmen). Le groupe le clame haut et fort : il a peur de danser ! Il n’empêche, le martial Deca-Dance (un peu Righeira au pays de Kraftwerk) et même Internet love, plus électronica, esquisse un pas de danse. Les Génois ont choisi un nom français (Station de métro ? Doctrine religieuse ?), faisons-leur l’accueil qu’ils méritent.