En 2023, Steve Earle revenait avec une tournée solo acoustique dont cet album est le témoignage. Un artiste engagé, à la vie tourmentée et qui n’a jamais mâché ses mots, en particulier ses idées politiques, ni son admiration pour des artistes comme Woodie Guthrie et Townes van Zandt. Ses prestations sont toujours sincères et si ses propos ne plaisent pas, il n’y qu’à écouter quelqu’un d’autre ! De toute façon, vu le bonhomme, c’est le cadet de ses soucis . Une tournée où il était juste accompagné de sa guitare, d’un harmonica et d’une mandoline pour le dernier morceau, «Copperhead Road », devenue en 2023 l’hymne officiel de l’état du Tennessee. Ces chansons sont extraites de neuf albums, de « Guitar Town » (1986) à « Ghosts of West Virginia » (2021). Il commence par un autre de ses classiques, «Devil's Right Hand », repries par de nombreux artistes comme Waylon Jennings, Johnny Cash ou encore Bob Seger. C’est avant tout un excellent storyteller, un témoin conscient de son temps et de l’envers du « rêve américain », des histoires souvent sombres comme « CCKMP (Cocaine Cannot Kill My Pain) » dans laquelle il évoque sans fard ses années de toxicomanie.
« It's About Blood » évoque, elle, une tragédie minière survenue en 2010 à la mine de charbon d'Upper Big Branch en Virginie-Occidentale, qui a coûté la vie à 29 mineurs. Un drame dont un documentaire a été tiré et dont Earle a composé la musique. Une chanson très poignante. Attention, Earle peut faire aussi (souvent) preuve d’humour, décapant mais on sent qu’il s’amuse avec le public, bien plus que l’album de « Montreux 2005 » où il était aussi en solo acoustique mais où on sentait que le public reste sur la réserve (il réussit même ici à faire chanter la salle) : pendant « Guitar Town », lorsqu'il chante « Everybody told me you can't get far, On 37 dollars and a Jap guitar » puis s'exclame « Watch ! », on entend le plaisir qu'il prend et dans « South Nashville Blues », il cite l'un de ses héros : « Townes Van Zandt a dit : “Il y a deux sortes de musique ; il y a le blues et il y a ‘ Zip-a-Dee-Doo-Dah ’, et ça, ce n'est pas ‘ Zip-a-Dee-Doo-Dah ’.” » 😁 . Dans "Sparkle And Shine" (annoncée par Earle comme « LA chanson à succès de la soirée »), il est question de sa jeunesse de musicien (« J'étais une vraie plaie à toutes les fêtes avec ma guitare ») et la chanson est introduite par une anecdote sur le fait de « faire de la musique pour impressionner les filles » à défaut d’être un sportif ! Un artiste à ne pas oublier même si ses succès n’ont que peu touché le grand public, à la différence d’un Springsteen à qui on l’a parfois comparé dans les années 80 (le Springsteen de « Nebraska » bien sûr). Il reste un auteur-compositeur-interprète (et même comédien !) de talent. Il nous le prouve encore ici.