America Give Up
5.7
America Give Up

Album de Howler (2012)

Adolescence électrique et désillusion douce

Il y a des disques qui ne cherchent pas à tout dire, mais qui capturent un moment, une énergie, une humeur collective. America Give Up, premier album de Howler, sorti en 2012, est de ceux-là. En lui attribuant un 7/10, je salue sa vitalité et son sens du riff accrocheur, tout en reconnaissant une forme d’incomplétude : celle d’un groupe en pleine construction, à la croisée de l’hommage et de la quête identitaire.


Dès les premières mesures, le ton est posé : guitare saturée, batterie sèche, voix nonchalante. Howler ressuscite le rock garage avec une touche de fraîcheur adolescente, entre insolence désinvolte et envie de frapper fort. On pense aux Strokes, bien sûr, mais aussi à une version plus surf et plus crue des Libertines. Le tout est saupoudré d’une esthétique lo-fi assumée, qui colle parfaitement à l’esprit du disque : brut, direct, sans détour.


Là où l’album gagne en intérêt, c’est dans l’expression d’une lassitude générationnelle. Les paroles, souvent minimalistes, esquissent un portrait désabusé de la jeunesse américaine. Le titre même, America Give Up, sonne comme un manifeste ironique, presque désillusionné. Le groupe ne propose pas de grandes théories politiques, mais des constats personnels teintés d’amertume, comme dans « Told You Once », où l’on sent poindre l’exaspération d’un amour qui tourne en rond, ou dans « Too Much Blood », où une certaine violence sourde transparaît derrière une mélodie faussement joyeuse.


Jordan Gatesmith ne cherche pas la poésie lyrique, mais plutôt le tranchant du langage parlé, parfois même enfantin, pour mieux souligner le vide. Il y a quelque chose d’authentique dans cette façon de chanter l’ennui, la frustration, les amours foireux et le désintérêt pour le rêve américain. On pourrait y voir un manque de profondeur, mais à bien y écouter, c’est plutôt une forme de lucidité brute : celle d’une jeunesse qui n’y croit plus, mais qui continue de jouer fort.


Musicalement, l’album fonctionne bien : c’est rapide, nerveux, immédiat. Des titres comme « Back of Your Neck » ou « Wailing (Making Out) » font mouche avec leurs refrains entêtants et leur rythme enlevé. Mais à mesure que les morceaux défilent, une certaine redondance s’installe. La formule est efficace, mais trop peu renouvelée. Il manque peut-être ce morceau plus lent, plus nuancé, qui aurait permis au groupe de montrer un autre visage, plus vulnérable ou plus audacieux.


America Give Up est un premier album qui a le mérite de ne pas tricher. Il capte un état d’esprit plus qu’il ne raconte une histoire : celui d’une jeunesse en colère, ironique, mais toujours vivante. Si certaines paroles peuvent sembler légères, c’est aussi ce ton désinvolte qui rend le disque attachant. C’est du rock sans prétention, avec un fond de mélancolie dissimulé sous les couches de fuzz.


Un 7/10 bien mérité, parce qu’il y a du talent, de la sincérité, et une belle cohérence dans le chaos. Ce n’est pas un album majeur, mais c’est une entrée en matière prometteuse, qui donne envie de voir ce que Howler pourrait produire avec plus de recul, plus de variété, et pourquoi pas… un peu moins de cynisme.

CriticMaster
7
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le 15 avr. 2025

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