Bien sûr, si on considère la qualité musicale de ce que l'on trouve sur cet Anthology 4, c'est de haut niveau puisqu'on parle des Beatles et qu'ils ont produit très peu de mauvaises choses.
Mais si on considère l'album et ce qu'il représente au moment précis où il sort, soit 56 ans après la fin des Beatles (impliquant donc la publication de tout leur catalogue depuis des décennies sous des formes diverses et variées), là on peut trouver l'objet tendancieux.
On connaît par cœur tout ce qu'il y a sur Anthology 4 depuis des années. Même s'il s'agit de versions alternatives, de versions de travail, etc. tout est déjà connu et maîtrisé.
Et comme ce genre de disque ne s'adresse pas au néophyte, qui s'orientera logiquement vers les albums originaux, mais à l'amateur éclairé à l'affût du moindre inédit (et il en reste), ce dernier va forcément tirer la tronche vu qu'il a déjà tout ça sous une forme ou sous une autre depuis très longtemps.
Il y avait pourtant là une belle occasion (la dernière ?) de nous livrer des choses parfois plus ardues qui n'ont toujours pas fait surface depuis tout ce temps et qui pour le coup intéresseraient les aficionados, comme par exemple les versions intégrales de "Helter Skelter" (25mn) et de "Dig it" (8mn). Mais aussi "Bad to me" enregistrée en 1963, "One and One is Two", demo de McCartney de 1964 qui tient très bien la route, "Spiritual Regeneration" improvisée pour l'anniversaire de Mike Love (Beach Boys) en Inde en 1968, "The Happy Rishikesh Song", "The Maharishi Song", "Heather" des sessions de The Beatles, "A Case of the Blues", une demo de Lennon enregistrée juste après la sortie du white album, les titres manquants de l'audition chez Decca en janvier 1962 ("September in the Rain", "Take Good Care of my Baby" et surtout "Love of the Loved" de Lennon/McCartney toujours inédite à ce jour), voire l'intégralité des sessions Decca qui constituent tout de même, quoi qu'on en dise, le premier album studio - stricto sensu - des Beatles (sans Ringo). On aurait également pu nous replacer la face B de "Free as a Bird" ("Christmas Time Is Here Again") désormais introuvable à moins d'avoir le single de 1995. Bref, il reste des choses réellement inédites à publier.
Autrement, la version dépoussiérée de "Free As a Bird" exhumée en 1994, remixée et débarrassée de ses scories initiales, est un des rares intérêts du disque. En revanche, la tentative de nettoyage de "Real Love" est ratée et ne vaut pas celle de 1996.
Anthology 4 est donc au mieux une déception, et au pire un foutage de gueule outrageusement mercantile.