Antiphon
6.9
Antiphon

Album de Midlake (2013)

Midlake sans Tim Smith : un élan nouveau, un souffle inégal

Il y a des albums qui s’écoutent comme on observe un être en pleine mue : hésitants, fragiles parfois, mais portés par une force de transformation. "Antiphon" de Midlake, sorti en 2013, appartient à cette catégorie. Marquant un tournant majeur après le départ de leur chanteur et figure de proue Tim Smith, cet album est à la fois un manifeste de renouveau et un questionnement identitaire. Un disque de transition, donc, au charme certain mais à l’équilibre délicat.


Dès les premières secondes de Antiphon, morceau d’ouverture et déclaration d’intention, on comprend que le groupe a changé de cap. Exit les forêts brumeuses du folk pastoral de The Trials of Van Occupanther, place à une ambiance plus ample, presque cosmique. Les guitares se font plus audacieuses, les synthés planent au-dessus de rythmiques souples, et une certaine influence psychédélique 70’s infuse l’ensemble avec élégance. Cette nouvelle direction, bien que risquée, mérite d’être saluée : Midlake ne cède ni à la facilité, ni à la nostalgie.


Mais il serait malhonnête de ne pas évoquer le vide laissé par Smith. Non que Eric Pulido, nouveau frontman, manque de charisme – sa voix douce et posée s’intègre parfaitement à cette nouvelle esthétique. Mais l’album semble parfois orphelin d’une vision forte, d’une narration plus affirmée. Là où les précédents disques brillaient par leur cohérence thématique, Antiphon semble parfois flotter entre les intentions, à la recherche de son propre centre de gravité.


Cela dit, plusieurs morceaux se détachent avec grâce : The Old and the Young, avec ses montées aériennes, ou encore Provider, à la mélancolie diffuse, témoignent d’une réelle maîtrise et d’une belle sensibilité. C’est dans ces moments-là que l’album touche juste, parvient à marier son héritage folk avec de nouvelles aspirations sonores.


Cependant, l’album pâtit d’une forme de linéarité : à force de vouloir installer une atmosphère feutrée, presque contemplative, certains titres peinent à se démarquer. On se laisse porter, certes, mais sans toujours retenir ce que l’on traverse. C’est beau, parfois très beau même, mais rarement bouleversant.


En lui attribuant un 7/10, je reconnais à Antiphon ses qualités évidentes : une production soignée, une sincérité palpable, et un vrai désir d’exploration. Mais c’est aussi un disque en suspens, entre passé et avenir, qui touche sans pleinement convaincre. Un pas courageux vers l’inconnu, dont on salue l’élan… en attendant peut-être l’atterrissage.

CriticMaster
7
Écrit par

Créée

le 17 avr. 2025

Critique lue 13 fois

CriticMaster

Écrit par

Critique lue 13 fois

2
1

D'autres avis sur Antiphon

Antiphon

Antiphon

7

CriticMaster

2300 critiques

Midlake sans Tim Smith : un élan nouveau, un souffle inégal

Il y a des albums qui s’écoutent comme on observe un être en pleine mue : hésitants, fragiles parfois, mais portés par une force de transformation. "Antiphon" de Midlake, sorti en 2013, appartient à...

le 17 avr. 2025

Antiphon

Antiphon

7

Sergent_Pepper

3180 critiques

Critique de Antiphon par Sergent_Pepper

Retour en demi-teinte amputé du chanteur historique. Il faut reconnaître qu'on s'attendait à pire et que la lignée mélodique du précédent album se perpétue sur celui-ci. Un poil redondant, sans ce...

le 11 nov. 2013

Antiphon

Antiphon

10

Un nouveau virage

Midlake, ha Midlake, j'ai eu peur lors du départ du chanteur "Tim Smith", mais j'ai frissoné plus d'une fois à l'écoute de ce majestueux album. Eric Pulido (nouveau frontman) réussit avec brio le...

le 10 nov. 2013

Du même critique

The Pervert's Guide to Ideology

The Pervert's Guide to Ideology

8

CriticMaster

2300 critiques

Voir ce qu’on croit : un vertige philosophique captivant

Aujourd’hui, je vous parle de The Pervert’s Guide to Ideology, un documentaire réalisé par Sophie Fiennes en 2013, avec le philosophe Slavoj Žižek. J’ai mis 8/10 à ce film, parce qu’il m’a...

le 30 avr. 2025

Après mai

Après mai

8

CriticMaster

2300 critiques

Les braises d’un idéal : la jeunesse en quête de sens dans Après mai

Dans son film Après mai (2012), Olivier Assayas dresse un portrait sensible et nuancé de la jeunesse française du début des années 1970, marquée par l'héritage de Mai 68. À travers le regard de...

le 30 avr. 2025

Battlestar Galactica

Battlestar Galactica

9

CriticMaster

2300 critiques

Le pouvoir sous pression : politique en apesanteur

Battlestar Galactica (2004) n’est pas seulement une série de science-fiction, c’est un laboratoire politique sous haute tension. Si je lui ai mis 9/10, c’est parce qu’elle réussit à conjuguer tension...

le 3 juin 2025