Il y a des albums qui s’écoutent comme on observe un être en pleine mue : hésitants, fragiles parfois, mais portés par une force de transformation. "Antiphon" de Midlake, sorti en 2013, appartient à cette catégorie. Marquant un tournant majeur après le départ de leur chanteur et figure de proue Tim Smith, cet album est à la fois un manifeste de renouveau et un questionnement identitaire. Un disque de transition, donc, au charme certain mais à l’équilibre délicat.
Dès les premières secondes de Antiphon, morceau d’ouverture et déclaration d’intention, on comprend que le groupe a changé de cap. Exit les forêts brumeuses du folk pastoral de The Trials of Van Occupanther, place à une ambiance plus ample, presque cosmique. Les guitares se font plus audacieuses, les synthés planent au-dessus de rythmiques souples, et une certaine influence psychédélique 70’s infuse l’ensemble avec élégance. Cette nouvelle direction, bien que risquée, mérite d’être saluée : Midlake ne cède ni à la facilité, ni à la nostalgie.
Mais il serait malhonnête de ne pas évoquer le vide laissé par Smith. Non que Eric Pulido, nouveau frontman, manque de charisme – sa voix douce et posée s’intègre parfaitement à cette nouvelle esthétique. Mais l’album semble parfois orphelin d’une vision forte, d’une narration plus affirmée. Là où les précédents disques brillaient par leur cohérence thématique, Antiphon semble parfois flotter entre les intentions, à la recherche de son propre centre de gravité.
Cela dit, plusieurs morceaux se détachent avec grâce : The Old and the Young, avec ses montées aériennes, ou encore Provider, à la mélancolie diffuse, témoignent d’une réelle maîtrise et d’une belle sensibilité. C’est dans ces moments-là que l’album touche juste, parvient à marier son héritage folk avec de nouvelles aspirations sonores.
Cependant, l’album pâtit d’une forme de linéarité : à force de vouloir installer une atmosphère feutrée, presque contemplative, certains titres peinent à se démarquer. On se laisse porter, certes, mais sans toujours retenir ce que l’on traverse. C’est beau, parfois très beau même, mais rarement bouleversant.
En lui attribuant un 7/10, je reconnais à Antiphon ses qualités évidentes : une production soignée, une sincérité palpable, et un vrai désir d’exploration. Mais c’est aussi un disque en suspens, entre passé et avenir, qui touche sans pleinement convaincre. Un pas courageux vers l’inconnu, dont on salue l’élan… en attendant peut-être l’atterrissage.