Sorti en 2013, Anxiety d’Autre Ne Veut est un disque incandescent, saturé de tensions émotionnelles et sonores. C’est une œuvre qui ose tout : le trop-plein, la distorsion, le débordement. Et c’est précisément cette audace, ce refus du poli, qui m’a convaincu de lui attribuer une note de 8/10. Car Anxiety n’est pas seulement un album à écouter : c’est une expérience sensorielle totale, portée par une production volontairement chaotique, étouffante, parfois inconfortable – mais toujours signifiante.
Dès les premières notes de Play by Play, on comprend que le disque ne suivra aucune logique traditionnelle. Ici, la production est une mise en scène de l’angoisse. Les synthés hurlent, les beats claquent avec une dureté presque agressive, les nappes s’empilent sans laisser de répit. On est constamment sur le fil, pris dans un tumulte sonore qui reflète l’instabilité intérieure du chanteur.
Mais derrière cette cacophonie apparente, il y a une réelle intelligence de composition. Ashin joue sur les contrastes : les couches électroniques ultra denses viennent heurter des instants de silence ou de retenue, créant un effet de vertige émotionnel. Loin d’être gratuite, cette surcharge devient le véhicule même du propos : l’anxiété ne se dit pas, elle se vit – et elle sature tout, comme les mix de l’album.
La production ne se contente pas d'accompagner la voix : elle la malmène, l'engloutit parfois, comme si elle faisait partie du chaos qu'elle dénonce. C’est particulièrement frappant sur Counting ou Ego Free Sex Free, où les effets vocaux déforment l’émotion brute en la rendant presque inhumaine – mais pas désincarnée. Ce choix de mix, qui pourrait en rebuter certains, m’a personnellement touché : il dit quelque chose de la difficulté à faire entendre sa voix au milieu du tumulte intérieur.
Ce que je trouve fascinant avec Anxiety, c’est qu’il ne cherche jamais à adoucir ses angles. Au contraire, il fait de la dissonance et de la surcharge une esthétique. L’album assume son instabilité sonore, ses textures parfois agressives, ses constructions sinueuses. Et pourtant, malgré cet apparent chaos, chaque son semble à sa place. On sent une vraie maîtrise derrière ce désordre apparent – une volonté de traduire une émotion complexe par des moyens non conventionnels.
Anxiety n’est pas un disque qui caresse l’oreille, et c’est ce qui fait sa force. Sa production abrasive, dense et déroutante fait corps avec le propos : ici, la forme est le fond. En mêlant une voix à vif avec un univers sonore chargé, presque oppressant, Autre Ne Veut livre une œuvre profondément personnelle et troublante. Un album qui dérange autant qu’il émeut, et dont la richesse sonore mérite d’être pleinement explorée, même (surtout) lorsqu’elle déstabilise.