Plus les années passent et plus c'est compliqué de parler de la musique de Saez. Apocalypse partait mal avec son concept de sortie "contre-système" qui a fait un flop, mais surtout la communication qui l'accompagnait. Où en est l'auto-proclamé "tailleur de mots", que vaut le "4 étoiles Michelin à la saveur du plat mijoté Grand-Mère" et est-ce que c'est mieux que le "bruit des bonobos" (c'est lui qui le dit) ?
Déjà contrairement au Manifeste, là on a un véritable album très long qui ne vient pas piocher parmi les albums précédents.
On a une longue intro musicale et c'est un truc auquel il va falloir s'habituer tout au long de l'album : il y a des passages musicaux où c'est juste les mêmes deux ou quatre mesures jouées en boucle pendant plusieurs minutes. Ça donne des titres très longs, ce n'est pas hyper inspiré mais ça donne une ambiance au disque, on ne peut pas le nier.
J'ai écouté l'album disque par disque en revenant sur les chansons après chaque écoute, histoire d'éviter de tomber à côté et de comprendre le pourquoi du comment de cette division. Elle est aussi bien musicale que thématique, même si chez Saez ça fait un moment que les mélodies tournent en rond, et les thèmes abordés aussi.
La voix n'est pas toujours juste et parfois ça fait de la peine, on se dit qu'il aurait pu faire une meilleure prise sans perdre l'émotion du moment pour autant. Ana Moreau intervient beaucoup pour faire les chœurs et j'aime beaucoup l'idée d'avoir dédoublé sa voix à droite et à gauche, ça donne un rendu très doux et enveloppant.
Dans Oppression il y a un solo à la guitare saturée qui est bien dissonant. Ce n'est pas un titre particulièrement bien mixé mais on sort un peu de cette fichue configuration guitare-voix qui selon moi avait tendance à polluer le triple-album précédent.
Il se force à refaire du rock pour quelques rares morceaux mais n'a plus du tout la flamme qui l'animait à la période J'accuse. Anticommunautaire est une immense bouse, même en se disant que c'est du second degré je trouve ça juste incroyablement mauvais, Le requin c'est moins pire mais c'est déjà has been dès sa sortie. J'accuse c'était un peu "On vit dans une saucisse : l'album" mais j'avais pas l'impression d'écouter un vieux poivrot qui chouine. Barbie quand il part dans les aiguës c'est inaudible, et d'un coup y'a Lindsay qui débarque. C'est un très joli titre, très triste mais qui fait suite au suicide d'une gamine qui a été victime de harcèlement scolaire.
Nana et Ma meuf à moi je trouve ça beauf, mais bon il faut malheureusement faire avec cet aspect plus récent des textes de Saez. C'est le souci des albums de plus de 3 heures, on ne peut pas adhérer à tout. Dès le troisième disque le chanteur est beaucoup plus introspectif et tant mieux. Il vogue ensuite vers le thème de l'amour et l'album devient de plus en plus chargé en désespoir. Sur la longueur c'est évidemment usant. Il fait dans la chanson française pur jus avec des longs textes qui vont finir par être répétés avec un peu plus d'émotion parfois pour bien appuyer sur ce que ça raconte, Apocalypse Baby on dirait une compo de Goldman un peu timide avec des paroles bien moins mainstream.
Le fait d'enchaîner Apocalypse et L'humanité met en avant les similarités mélodiques des refrains des deux morceaux malheureusement. Mais comme je le disais chez Saez la mélodie c'est de plus en plus secondaire au fil des ans. Sur L'humanité il y a un genre de recherche dans la production, mais clairement le mec n'a plus l'inventivité de sa période God blesse ni la grandiloquence de sa période Messina.
En bref je m'attendais tellement à pire que finalement c'est pas si mal. Le type vieillit, sa rage et ses inquiétudes se sont transformées en une crainte de la fin et une envie de râler pour tout et n'importe quoi. Et là où il parlait plutôt bien du monde qui l'entoure à ses débuts, il se retrouve à très bien parler de lui.