Il y a des albums qui ne se dévoilent pas tout de suite. Aufheben, sorti en 2012 par The Brian Jonestown Massacre, en fait partie. Avec une note que j’évalue à 7/10, c’est un disque qui intrigue, qui séduit parfois, mais qui ne parvient pas toujours à tenir ses promesses. Un voyage psychédélique où l'on se perd volontiers, mais dont certains détours laissent un goût d’inabouti.
Dès les premières notes, Aufheben plante le décor : nappes de synthés, guitares envoûtantes, rythmiques hypnotiques. Anton Newcombe propose une odyssée sonore ambitieuse, aux influences krautrock et orientales affirmées. Les morceaux comme "Panic in Babylon" ou "Face Down on the Moon" captivent par leur texture dense et leur progression subtile, presque méditative. On sent une vraie maîtrise dans la construction des ambiances, comme si chaque son était choisi pour induire un état de flottement.
Cependant, cette volonté de créer une continuité atmosphérique peut parfois se retourner contre l’album. À force de baigner dans cette même brume sonore, certains titres finissent par se confondre, voire se diluer. L’absence de véritables prises de risque mélodiques rend certaines écoutes frustrantes : on cherche l’étincelle, le décollage, mais l’album reste parfois trop ancré dans sa boucle.
Ce qui frappe dans Aufheben, c’est son refus de la facilité. Pas de tubes évidents ici, pas de couplets-refrains bien ronds. L’album exige une écoute attentive, voire contemplative. C’est à la fois sa force et sa limite : on peut s’immerger totalement, mais il faut accepter de lâcher prise. Pour les auditeurs plus familiers de la scène néo-psychédélique ou du passé plus bruitiste du groupe, cette orientation plus cosmique pourra séduire. Pour d’autres, elle risque de sonner comme une errance un peu vaine.
Anton Newcombe, toujours aussi insaisissable, continue de brouiller les pistes. Il injecte dans Aufheben une forme de spiritualité diffuse, un discours musical presque ésotérique. Mais cette posture, aussi intrigante soit-elle, aurait mérité plus de contrastes pour éviter l’effet de redondance.
Ce que je retiens de Aufheben, c’est une tentative sincère de créer un objet sonore unique, à la croisée du rock psyché vintage, du krautrock et d’une certaine transe moderne. C’est une œuvre cohérente, mais qui semble parfois trop satisfaite d’elle-même. Elle manque de tension, de moments de rupture qui viendraient surprendre l’auditeur, le réveiller dans cette douce torpeur.
Cela dit, l’expérience reste notable. L’album fonctionne bien dans son ensemble, et certains passages sont véritablement envoûtants. Il y a là un vrai savoir-faire, une ambiance reconnaissable entre mille, et un amour palpable pour les textures et les expérimentations.
Aufheben n’est pas un mauvais album, loin de là. Il est même, à bien des égards, fascinant. Mais il ne parvient pas totalement à transcender son esthétique. Il se situe dans cette zone grise entre l'exploration musicale audacieuse et l’exercice de style un peu trop contrôlé. C’est un disque que j’apprécie, mais qui me laisse aussi sur ma faim. Un 7/10 qui reflète ce paradoxe : du charme, de la cohérence, mais un manque de relief.