Michael avait connu un succès monstrueux avec Thriller en 1982 et la suite n’avait pas été simple : un côté sombre qui ressort de plus en plus avec la paranoïa qui l’accompagne, des transformations physiques qui se poursuivent, une tournée qu’il est forcé de faire non pas en solo mais avec ses frères pendant une bonne partie de l’année 84, durant laquelle Michael ne parle à ses frères que par avocat interposé… Malgré l’ambiance détestable, c’est pourtant pendant cette tournée qu’il rencontre un autre artiste venu le voir, Prince, et que les 2 ont l’idée de collaborer. Le titre Bad devait être au départ un duo entre les 2 musiciens mais Prince a fini par laisser tomber (on peut toujours essayer d’imaginer ce que ça aurait pu donner !). Michael pour donner une suite à Thriller, garde la même équipe, Quincy à la production pour la 3e et dernière fois, Greg Phillinganes, David Paich, Paulinho da Costa, Nathan East, Michael Landau, que des pointures parmi les musiciens ! Le but est le même que pour Thriller : que chaque morceau soit un tube en puissance et il a une nouvelle fois réussi son coup ! Tous les morceaux jugés juste « bons » sont laissés de côté, c’est pourquoi ces sessions ont sans doute compté pratiquement 70 titres !!! 10 sont finalement gardés et 9 ont été extraits en 45 tours entre 1987 et 1989, un nouvel exploit : I Just Can't Stop Loving You, Bad, The Way You Make Me Feel, Man in the Mirror, Dirty Diana, Another Part of Me, Smooth Criminal, Leave Me Alone et Liberian Girl. Par contre, cette fois-ci, Michael s’investit plus dans l’écriture que sur Thriller, il compose ici 8 de ses 10 titres et le son est globalement plus rock que sur le précédent. I just can’t stop loving you est un joli duo avec sa choriste Siedah Garrett, proposé et refusé par Withney Houston puis Barbra Streisand et Just Good Friends un duo très efficace avec Stevie Wonder, mais enregistré séparément. Les paroles oscillent d’un morceau à l’autre entre la positivité (Man on the mirror : « As I, turn up the collar on/ My favorite winter coat/ This wind is blowin' my mind/ I see the kids in the street/ With not enough to eat/ Who am I, to be blind pretending not to see their needs? », Liberian Girl aussi, I just can’t stop loving you…) et les thèmes qu’il avait déjà abordés dans Thriller, la paranoïa, la solitude, les rumeurs, les fans obsessionnelles comme dans Dirty Diana (il y aurait visé Diana Ross mais il l’a toujours démenti) ou dans Leave me alone, qui ne figurait au départ que dans la version CD de l’album, pas la version vinyle ou cassette. Et je me souviens que j’avais acheté l’album dès sa sortie alors que j’étais à Londres…en cassette !!! Ne pas avoir ce single assez cinglant en forme de règlement de compte m’avait profondément agacé ! Il vise dans cette chanson toute la presse à scandale dont il était une des cibles préférées. C’est un album sans doute moins dansant que Thriller mais hyper solide et cohérent. Les morceaux bonus qui sont sortis depuis n’apportent pas grand-chose puisque Michael les avait rejetés comme n’étant pas assez bons. Par contre le concert de Londres en 1988 existant depuis quelques années est tout simplement époustouflant. Là où les dissensions avec ses frères avaient fait que la tournée 84 qui aurait dû être triomphale ne l’avait poussé qu’à faire le minimum syndical sur scène, lors de ce Bad Tour, il a démontré qu’il était une bête de scène comme on en voit très rarement. C’était le dernier très grand album de sa discographie et la fin de la collaboration avec Quincy Jones.