BAD BOY LOVE STORY
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BAD BOY LOVE STORY

Mixtape Street de Theodora (2024)

C’est toujours un très bon signe quand on commence par détester

Tous les jours, Deezer me balance son flot de nouveautés, calées sur mes écoutes récentes. La plupart du temps, ces suggestions restent lettre morte, faute de temps. Et pourtant, allez savoir pourquoi, ce matin-là, pas encore rasé, j’appuie au hasard sur « play » pour lancer le premier album de Theodora. Une chanteuse française qui a grandi sur les routes, de la Grèce à Paris en passant par l’île de la Réunion, nourrie de cultures qui ont façonné son identité.


Les premières notes résonnent. Un truc me frappe immédiatement : cette liberté dans l’usage du français me rappelle Nakamura. Mais au bout du troisième morceau, je coupe net. Aucun intérêt. Je passe à autre chose, journée banale… Sauf qu’en fond, sans prévenir, une mélodie revient sans cesse me hanter : 243 km. Petit à petit, mon cerveau fait des associations étranges : Britney Spears qui croiserait Les Rita Mitsouko ? Mais c’est quoi ce bordel ?


En rentrant du taf, je relance le titre en voiture. Et là, révélation : c’est totalement extraterrestre. Un beat drum & bass, un riff de synthé techno, et par-dessus, une mélodie pop ultra années 2000. C’est quoi ce cirque ? Je l’écoute en boucle, quatre, cinq fois d’affilée. Puis j’enchaîne avec Kongololaise sous BBL. Attends… un rythme caribéen et cette meuf qui lâche : « J’ai des gros seins, ça me fait mal au cou ». What the fuck ? C’est de la merde ! Oui, mais pas comme d’habitude.


Ce n’est pas un de ces groupes des îles qui nous balancent un ersatz aseptisé en nous faisant croire que c’est leur culture. D’habitude, t’as envie de dire à ces artistes que si leurs ancêtres entendaient ça, ils reviendraient les étrangler. Mais là, non. Ici, le rythme est dingue, la prod fine, léchée, tout en restant mainstream. Et puis après… c’est le toboggan. Chaque morceau me fait halluciner. D’où sort ce son ? C’est quoi ce truc ? Bad Boy Lovestory déboule avec sa trompette bouchée et sa prod improbable. Puis vient Entracte, et là, c’est obsessionnel : il me faut le nom du mec derrière ces prods. Parce que ce mec est un putain de génie. Il a une oreille musicale hallucinante, il ose des mélanges que personne n’oserait. Au début, t’as envie de détester tellement c’est inhabituel… et puis, au bout de trois écoutes, c’est addictif.


Je découvre alors que c’est son frère qui produit la plupart des morceaux. Ce gars-là, il va falloir le suivre de très, très près. Parce qu’en France, rares sont les producteurs capables d’un son aussi frais et abouti.


Et puis arrive Ils me rient tous au nez. Bordel. J’ai chialé. Ce refrain m’a coupé en deux. Je l’ai écouté vingt fois au casque. Ce titre va devenir un classique de la chanson française. Il doit le devenir. La France en a besoin.


Le disque continue son grand écart stylistique, entre Taxi Therapy (Un meilleur nous), Nirvana et même une pointe de Red Hot Chili Peppers. Mais c’est quoi cet album ? D’où viennent ces idées totalement barrées ? D’ailleurs, c’est quoi son style ? Un seul mot me vient : variété, au sens noble du terme.


Et que dire du mix ? Un bijou. On sent le disque fait maison, sublimé en studio.


Mais surtout, cet album réhabilite un truc qu’on croyait perdu : l’album en tant qu’œuvre. Impossible de réduire Theodora à un seul morceau. Chaque titre est un univers, sans gimmick, sans recette facile. Tout est différent, et pourtant, tout fonctionne.


Si vous avez les oreilles ouvertes aux musiques modernes, plongez dedans. Ce sera, à coup sûr, un des grands disques de 2025. D’abord, vous allez détester et croyez moi, c’est toujours un TRES bon signe quand on commence par détester.

Hervé_Bertsch
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le 18 août 2025

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