En 2015, Motörhead fêtait ses 40 années d’existence avec cet album qui allait être son dernier. Lemmy était confronté à des problèmes de santé de plus en plus sérieux qui allaient l’emporter en fin d’année, 4 mois après la sortie de ce « Bad Magic ». C’est un exploit quand même d’avoir atteint les 70 ans avec le mode de vie qui a été le sien ! Bon, le contenu de cet ultime opus ne révèle évidemment aucune surprise, on est en terrain très (trop ?) connu, pas de digression psychédélique ou pop, des morceaux de 3 ou 4 minutes max joués à fond les ballons et on envoie le jus pour exploser les esgourdes, c’est ça la recette Motörhead. La recette est restée inchangée depuis 1975, ce que certains ont beaucoup critiqué, mais il faut reconnaître qu’elle reste goûteuse jusqu’à la fin car beaucoup ont tenté de les imiter mais personne n’a balancé comme ça. Lemmy se donne toujours à fond mais on entend bien que sa voix montre vraiment des signes de faiblesse ce coup-ci ; le leader continue de hurler comme si sa vie en dépendait (et c’était sans doute le cas d’ailleurs !) avec la foi du rock’n’roll chevillée au corps et à l’âme.
Le résultat tient le coup, efficace et classique à défaut d’être à se taper la tête contre le mur : "Thunder & Lightning", "The Devil" (avec Brian May en pote qui passait par là), "Teach Them How To Bleed", voilà quelques-uns des titres qui sortent du lot. Pour le reste, oui, ne nous mentons pas, c’est bien plus banal mais confortable car on y est habitué depuis si longtemps. Sur pas mal de morceaux, on peut se dire « Tiens, j’ai déjà entendu ça 1 000 fois, 10 000 même… », comme par exemple pour "Shoot Out All Of Your Lights", la ballade obligée « Till the End » qui n’apporte rien à leur splendeur (mais n’enlève rien non plus). La reprise des Stones sur « Sympathy for the Devil » là aussi n’est pas renversante mais s’écoute agréablement. Dans l’édition spéciale 2 CD « Bad Magic-Seriously Bad Magic », quelques titres supplémentaires ont été ajoutés dont une reprise de « Heroes » dont on peut dresser le même constat que celle des Stones. Un CD bonus accompagne l’album studio avec un concert enregistré au Japon lors de cette tournée le 24 juillet 2015. Un bon concert mais on possède aujourd’hui des dizaines de performances de Motörhead alors celui-ci n’est pas un incontournable, loin de là, d’autant plus que Lemmy était en bout de course. Par contre l’émotion est forte, c’est vrai. Il s’est battu jusqu’au bout, sincère et dévoué à sa cause mais plusieurs concerts de cette tournée ont été annulés, dont celui de Paris (damned !!!). Le trio a donné son concert à Berlin le 11 décembre et Lemmy nous a quittés le 28. Phil et Mickey n’ont pas souhaité continuer et ils ont bien eu raison, ça n’aurait pas eu beaucoup de sens.