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Album de The Loft (2026)

Les vieux badges brillent encore

Cette fois, plus de doute : The Loft sont vraiment de retour. Et presque avec excès de zèle. Après avoir attendu plus de quarante ans avant de livrer un premier véritable album, The Loft remettent déjà le couvert avec Badges, à peine un an après Everything Changes Everything Stays The Same. Pour un groupe dont la discographie s’était longtemps résumée à quelques singles cultes et à une séparation en plein concert, cette soudaine productivité a quelque chose d’assez savoureux.

Badges ne saute pas aux tympans dès les premières secondes. Il faut même reconnaître que les deux premiers morceaux ne m’ont pas convaincu. Tout est bien fait, les mélodies tiennent debout et la voix de Pete Astor a traversé les années sans s’altérer. Mais sur ces premiers morceaux, j’ai eu le sentiment d’écouter un groupe impeccable plutôt qu’un groupe réellement nécessaire.

Pourtant, dès Campervan, troisième titre, apparaît une filiation inattendue mais assez évidente : Grant McLennan et les Go-Betweens. Moins dans une imitation sonore que dans une manière d’écrire des chansons limpides, mélodiques, légèrement mélancoliques qui semblent ne jamais vouloir forcer l’émotion.

Le rapprochement a quelque chose de doux-amer. Grant McLennan est mort en 2006, à seulement 48 ans, et l’on oublie parfois combien sa disparition a laissé un vide particulier dans la pop indépendante. Badges réveille justement ce manque-là. Non pas parce que The Loft seraient les héritiers directs des Go-Betweens mais parce que certaines chansons rappellent cette élégance mclennanienne.

Malgré cela, il faudra attendre Beautiful Problem pour que mon intérêt se réveille franchement. L’album cesse alors d’être seulement bien tenu pour devenir attachant. La sobriété, qui pouvait jusque-là ressembler à une forme de timidité, devient une vraie force. Les chansons respirent davantage, les détails prennent de l’importance, les guitares semblent moins posées là pour rappeler une époque que pour accompagner des sentiments précis. Et la voix d’Astor, justement parce qu’elle n’a pas cherché à se moderniser ni à jouer les revenants héroïques devient l’un des atouts du disque.

C’est sans doute là que Badges trouve son meilleur équilibre. Ni disque de comeback spectaculaire, ni exercice nostalgique pour amateurs de vieux badges mais un album de pop adulte, modeste en apparence mais touchant quand il accepte ses propres fêlures. The Loft ne cherchent pas à rattraper le temps perdu à coups d’effets de manche. Ils n’ont rien à prouver mais doivent encore convaincre qu’ils ont quelque chose à dire aujourd’hui. Et s’ils mettent quelques titres à y parvenir, la suite montre que The Loft n’ont pas seulement ressorti les guitares du grenier. Ils savent encore faire naître, dans une chanson apparemment simple, ce léger pincement qui distingue la jolie pop de la pop qui reste et, au passage, nous rappeler combien Grant McLennan nous manque.


Kodack1
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le 11 mai 2026

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