Bang est le premier album de l’écossaise Iona Zajac. C’est un disque qui arrive avec l’accent de Glasgow collé au cuir. Pas celui des brochures touristiques avec cornemuse et château brumeux, plutôt celui du vent froid dans la nuque mais avec un cœur chaud comme un pub un soir de match des Rangers. L’Ecosse est omniprésente : dans la rudesse tendre et dans cette façon de te balancer une vérité en pleine face puis de te filer une clope imaginaire pour te remettre. Zajac a grandi dans ce mélange de gris humide et d’humour sec que les Écossais manient comme une seconde langue. Résultat : Bang n’est pas un disque sombre, c’est un disque vivant, au sens où il te secoue, te console et te fait sourire au détour d’une phrase.
On connaissait Zajac comme voix live lors des tournées des Pogues. Mais ici, pas question de faire le service après-vente d’un héritage celtic-punk : elle sort son histoire comme si elle avait passé quinze ans à l’écrire dans un carnet intime.
Sa voix est laissée au premier plan, ce qui permet à Zajac de passer du souffle à l’orage sans que ça ressemble à un concours de décibels.
Et là, forcément, les références viennent toutes seules. Parce qu’il y a chez Zajac un truc de PJ Harvey mais aussi une lignée Sinéad O’Connor. Pas de posture “rockeuse torturée”, plutôt une urgence d’arracher le truc de la gorge avant qu’il t’étouffe. Tu crois qu’elle va te caresser, elle te mord puis elle te serre dans ses bras.
Musicalement, Bang mélange les genres (indie-rock, post-punk et folk...), le tout avec une économie de moyens très locale.
« Bowls », morceau d’ouverture, donne le ton. Ça avance à pas comptés et la pression monte comme la bière dans la pompe. Le morceau titre « Bang » est plus direct, plus indie-rock et n’est pas sans évoquer The Sundays. « Dilute » se rapproche de Mazzy Star et diffuse un parfum « est-européen » qui nous rappelle les origines ukrainiennes et polonaises de Zajac. « Summer » et « End of the Year » sont des morceaux qui baissent volontairement la pression électrique pour mieux travailler la tension intérieure. On y entend une filiation « songwriter » à l’ancienne. Anton est un morceau pivot, une montée lente, une tension contenue puis une libération. Sur les cinq derniers titres, Bang passe en mode nuance. “Salt” resserre la tension, “Chicken Supermarket” fait une parenthèse brumeuse, “Murder Mystery” remet de l’essence dans le moteur avec une guitare plus sinueuse, “Ridiculous Hat” calme à nouveau le jeu avant que “Loving Is Rough” ne conclut magnifiquement l’album avec un élargissement progressif de l’intime vers le collectif.
Bang est un disque écossais dans l’âme avec la dureté tendre des gens du Nord et une intensité qui place Iona Zajac dans la famille de grandes sorcières rock : PJ pour la rage charnelle, Sinéad pour la vérité nue et elle, au milieu, en train d’ouvrir sa propre route à coups de confessions.