Battle Born
5.9
Battle Born

Album de The Killers (2012)

L’éclat un peu terni d’un feu qui voulait brûler fort

Il y a quelque chose de presque touchant dans Battle Born, quelque chose qui donne envie d’y croire, même quand l’album peine à convaincre pleinement. Ce quatrième opus de The Killers, sorti en 2012, ne manque ni d’ambition, ni de sincérité — et c’est peut-être justement là que réside une partie du problème : Battle Born veut briller, veut rugir, veut raconter des choses grandes, mais il finit souvent par se noyer dans ses propres élans.


Je lui ai mis 6.5/10, et ce n’est ni une sanction, ni un compliment creux. C’est le reflet d’un ressenti ambivalent : j’ai aimé certaines choses, j’en ai trouvé d’autres un peu creuses, et au fond, j’ai senti un groupe en quête de quelque chose… sans toujours le trouver.


Dès l’intro de Flesh and Bone, le ton est donné : production léchée, montée en puissance dramatique, paroles qui se veulent résolument héroïques. On sent que The Killers cherchent à raconter une histoire — la leur, ou celle d’un certain rêve américain déformé par le temps et l’échec. Ce n’est pas désagréable, au contraire : j’aime quand un groupe ose. Mais ici, ça flirte souvent avec l’excès.


La production, parfois trop propre, aseptise des compositions qui gagneraient à être un peu plus brutes, plus viscérales. Runaways est sans doute l’un des sommets de l’album — l’un des rares morceaux à allier l’émotion, la montée épique et une mélodie vraiment mémorable. Mais ce moment de grâce est trop isolé à mon goût. D'autres morceaux comme The Way It Was ou Miss Atomic Bomb reprennent cette formule avec moins d’impact, comme des déclinaisons un peu trop sages d’un même motif.


Ce qui m’a le plus marqué dans Battle Born, c’est cette impression constante d’un groupe qui cherche à affirmer quelque chose — mais dont la voix se perd dans l’écho de ses influences. Bruce Springsteen n’est jamais bien loin, tout comme U2 ou même Bon Jovi par instants. Le problème, ce n’est pas tant l’inspiration, mais plutôt ce sentiment que les Killers oublient par moments ce qui faisait leur identité dans Hot Fuss ou même Sam’s Town : une forme d’urgence, de maladresse touchante, un mélange un peu foutraque entre rock et pop synthétique.


Ici, tout est plus maîtrisé — trop, même. Certains titres s’écoutent poliment (The Rising Tide, From Here On Out), mais ne laissent pas grand-chose derrière eux. Ils sont bien faits, mais sans aspérités. Lisse, c’est peut-être le mot qui revient trop souvent dans mon esprit en réécoutant cet album.


Et pourtant, malgré ces faiblesses, je n’arrive pas à être dur avec Battle Born. Il y a un cœur battant derrière tout ça, une foi naïve dans le pouvoir des refrains fédérateurs, dans la possibilité de raconter des histoires avec des guitares et des synthés. J’ai beau lever les yeux au ciel parfois, il y a des instants où ça fonctionne. Be Still, par exemple, m’a surpris. Un morceau plus calme, plus intime, où Flowers semble enfin baisser la garde. Il y a là une émotion vraie, une simplicité qui fait du bien après tant de grandiloquence.


Et puis il y a Battle Born, le morceau-titre, qui conclut l’album avec une certaine grâce. Ce n’est pas le morceau du siècle, mais c’est un adieu honnête, et peut-être un résumé involontaire de tout ce que cet album est : imparfait, ambitieux, parfois maladroit… mais jamais cynique.


Battle Born est un album que je respecte plus que je ne l’aime. Il est trop appliqué pour être bouleversant, trop sage pour être flamboyant, mais il a ce petit quelque chose d’émouvant dans sa façon d’essayer. Je ne peux pas le ranger dans les échecs, mais je ne le retiendrai pas non plus parmi les réussites marquantes du groupe.


D’où cette note de 6.5/10 : un disque que j’écoute encore parfois, pour quelques morceaux, pour son atmosphère, pour ce qu’il essayait de faire — même s’il n’y est pas toujours parvenu. C’est un album qui se bat, mais qui, à mes oreilles, finit par s’épuiser un peu avant la ligne d’arrivée.

CriticMaster
6
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le 15 avr. 2025

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