Superstition fut donné par Stevie Wonder à Jeff Beck pour le remercier de l'avoir si bien accompagné lors d'une tournée aux USA. Il lui avait promis, il le lui a offert et puis il a craqué : il l'a repris pour lui-même et il en a fait un de ses plus grand tubes à lui et un grand standard pour tous. Qui va le regretter ?
Mais Jeff Beck y avait droit et c'est un de ses bons titres aussi.
Dans la version studio de BBA (Beck, Bogert, Appice), Superstition est bon.
Si vous voulez entendre en live la meilleure version de Superstition par Jeff Beck, il vaut mieux la chercher dans Jeff Beck Live August 2014 : elle est parfaite entre l'instrumental et le chant (pour une fois on trouve presque que Jeff Beck, un des meilleurs guitaristes du monde, chante bien) : tout est équilibré à la perfection.
Mais si vous voulez entendre ce que c'est qu'une diablerie hors de tout commun, avec un son incroyable, et vivre une expérience inoubliable alors écoutez la très longue intro de Superstition dans BBA Live in Japan 1973, intro parlée, jouée et déformée, avec des mélanges de rires du trio et de sonorités extra-galactiques venues d'on ne sait où.
Cet album fut longtemps introuvable et si on le trouvait, on le payait fort cher.
Je l'écoutais une fin d'après-midi d'été chez moi les fenêtres ouvertes et avais-je exagéré par rapport à d'autres fois ou d'autres musiques, mais toute la résidence s'est retrouvé à sonner à ma porte pour me signifier d' y mettre une sourdine, à ma grande surprise, à la fois parce que c'était innocent de ma part et parce que pourquoi bon dieu n'en profitaient-ils pas ?
Il y a beaucoup d'autres morceaux magiques dans cet album.
Mais retenez celui-là : "Black Cat Moan" est dans sa deuxième partie un blues classique de chez classique et dans sa première partie un blues à la Jeff Beck avec son utilisation du feed back qui vous fait poser sérieusement les questions : est-ce la guitare ? est-ce du chant ? est-ce qu'il y a un foutu chat ?
On dit que c'est par hasard que tout jeune, quand il jouait dans des caves surpeuplées et dégoulinantes de la sueur de tous, laquelle créait du feed back gênant son jeu qu'il décida de l'utiliser pour sa musique au lieu d'essayer de l'éliminer en vain.
Il savait aussi, je suis sûr, que sa guitare serait toujours plus fidèle que sa propre voix pour produire les sons humains qu'il voulait partager, notre cher Jeff. Bon, des sons plutôt animaux mais c'est pareil, non ?