En 1966, la tournée de Dylan avec The Band avait été huée par une partie du public n’acceptant pas son passage au rock électrique aux dépens du folk engagé de ses débuts. Bob en avait gardé une vraie amertume et s’il continue d’enregistrer, c’est sans faire de tournée. En 1974, l’eau a coulé sous les ponts, Dylan a eu un accident de moto qui l’a immobilisé et il reprend (enfin) la route avec ses compagnons musiciens du Band, devenus entre temps d’énormes vedettes. C’est dire si l’événement est attendu, les vastes salles sont remplies à ras-bord et le Zim’ va se révéler en pleine forme, mélangeant désormais acoustique et électrique pour le plus grand plaisir du public. Cette tournée se cantonnera aux États-Unis mais elle va être l’occasion pour lui d’enregistrer son 1er album officiel, il faut donc qu’il soit double. Ce sont les concerts du LA Forum des 13 et 14 février qui vont constituer la presque intégralité de ce double live. Il venait de sortir avec Robbie Robertson et sa bande de potes un album qui n’a pas marqué les mémoires, « Planet Waves » et il va donc explorer tout son répertoire, à part ses morceaux folk du tout début, tous les tubes vont y passer. Mais attention, c’est Dylan dont on parle et pas question pour lui de sortir des versions live qui seraient des répliques des versions studio, au contraire, voyez juste le commencement avec « Most Likely Go Your Way », méconnaissable.
C’est une constante chez lui : il fait ce qu’il veut, que ça plaise ou non. Si vous voulez entendre la même version chaque soir, restez chez vous et passez vous l’album original ! Il réussit à faire du neuf avec de l’ancien et transfigure son répertoire, fortement électrifié. Même sur ses morceaux acoustiques, il remet une dose d’amplification comme s’il voulait prendre sa revanche sur ceux qui l’avaient alors hué. Ici, on comprend d’entrée que le son va être fort, très fort. Et en Grand Seigneur, Bob laisse même toute une partie du spectacle au Band, jouant 5 morceaux de leur répertoire puis 3 autres encore avec Dylan. Le son reste très puissant et l’ambiance ne baisse pas d’un cran : ce gang de multi-instrumentistes géniaux, associé au Zim’, produit une musique électrisante à base de couches de guitares et de tranches de claviers en tout genre. La version de « All along the watchtower » est fabuleuse et embarque tout sur son passage, comme toute la fin du concert d’ailleurs, comme si le groupe voulait tirer un grand coup de chapeau à Hendrix qui avait magnifiquement sublimé cette chanson. Dylan réconciliait ici tout le monde, les fans de guitares sèches et de guitares électriques, avec un groupe d’exception qui allait bientôt se séparer, 2 ans plus tard. On n’est pas dans le délire et les huées du génialissime live 66 (soi-disant enregistré au Royal Albert Hall), mais on tient là un de ses meilleurs albums en public. On sait que d’un soir à l’autre, Dylan peut être génial ou ennuyeux au possible, alors autant profitez de cette merveille du rock. L’intégralité de cette tournée est sortie en 2024 dans un coffret de 27 CD mais qui ne contiennent que les morceaux interprétés par Dylan, pas ceux du Band. Une vraie somme roborative.