Lou avait triomphé l’année précédente avec Transformer, il aurait été facile de continuer vers une voie plus « pop » mais Lou étant un véritable artiste, en 1973, il prend tout le monde à contre-pied en composant ce Berlin : un échec commercial lourd à l’époque mais un chef d’œuvre artistique et auquel le temps a donné sa véritable place. Les paroles de Lou, tout à la fois crues, provocantes et touchantes, se marient à la perfection avec de vraies mélodies (Lady Day, Sad Song, Berlin, Caroline says II…) et des arrangements somptueux mis au point par le producteur Bob Ezrin, collaborateur à l’époque d’Alice Cooper par exemple. Lou lui avait au départ présenté uniquement la chanson Berlin et Bob a voulu en connaître la suite, composée en quelques jours par Lou. L’équipe qui l’entoure est extraordinaire, à commencer par les grands guitaristes parfaitement complémentaires, Dick Hunter et Steve Wagner, qui iront ensuite jouer avec Alice justement. Mais on peut aussi y entendre le bassiste Jack Bruce (ex-Cream), Steve Winwood à l'orgue et à l'harmonium et Aynsley Dunbar à la batterie, les frères Brecker aux cuivres, Tony Levin à la basse sur The Kids, bref des musiciens grand luxe ! Lou nous raconte tout au long de l’album l'histoire d'un couple, Jim et Caroline, sur fond de drogue, violence conjugale, prostitution, masochisme, maltraitance des enfants et suicide. Derrière cette histoire sombre et tragique jusqu’au bout, il en ressort un déchirant cri d’amour, une beauté abyssale, qu’il a fallu du temps au public pour appréhender et dont on ne ressort pas indemne quand les dernières notes de Sad Song résonnent. Une œuvre totale qui ne sera jouée en intégralité que des décennies plus tard sur scène.