C’était prévisible depuis plusieurs années, les tensions entre les membres du groupe familial étaient de plus en plus fortes, tensions accentuées par les échecs commerciaux des derniers albums. C’est décidé, pour l’album suivant, il leur faut un tube ! En 1983, Chris Jasper est désormais le maître d’œuvre du « navire Isley » et il est alors très influencé par le retour en force de Marvin Gaye avec son « Sexual Healing » en 1982. La voilà la direction à prendre ! De la sensualité, de l’intimité érotique encore et toujours. Donc des ballades bien plus que du funk rock, le programme est calé. Alors, oui, ça va déborder de sensualité dès le morceau d’ouverture où Ron Isley nous dit qu’il est un « amant exigeant » (« Choosey Lover ») et qu’il va tout donner pour sa « baaaaby… », «And I'll make you so happy » lui promet-il ! C’était le dernier tube classé de la formation qui avait réalisé « 3+3 » dix ans auparavant. Simple (voire simpliste dans les paroles…) mais efficace et parfait pour une sieste crapuleuse avec la personne aimée ! Et ne nous arrêtons pas en si bon chemin : Ron demande à être longuement caressé (« Touch Me »), et laisse entendre son besoin viscéral d'une femme (« I Need Your Body »), le tout avant le point culminant de la face A avec « Between the Sheets » et « Let's Make Love Tonight ». Je crois qu'on a compris le message, il est sans ambiguïté 😂.
On évite le pire, le côté crooner de charme de bas étage, car Ron est un chanteur de grande classe sans quoi on pourrait croire à des déclarations chantées façon Herbert Léonard !!! Heureusement aussi, les Isley n’oublient pas leur conscience sociale et leurs prises de position claires du passé. Ils nous envoient quelques morceaux qui tranchent avec l’ensemble, comme « Ballad for the Fallen Soldier » qui évoquent les familles déchirées par la guerre et qui ont perdu un fils ou un frère. « Slow Down Children » traite, elle, des enfants des ghettos. Forcément, bien moins pratique pour faire des câlins 😊. Mais ce sont ces morceaux-là, plus engagés, moins commerciaux, que je préfère. La guitare d’Ernie redevient (trop) discrète (l'intro de "Choosey Lover"...), des boîtes à rythmes un peu trop systématiques ont mal vieilli. Mais le talent pour confectionner des morceaux efficaces est toujours là. On est loin de la splendeur des seventies mais cet album reste tout de même agréable. C’est juste après que la séparation intervient. Ernie, Marvin et Chris Jasper ont quitté le groupe et ont formé Isley-Jasper-Isley. Cette scission va pousser Ron, O’Kelly et Rudolph à repartir en trio en 1985, comme à leur début, le temps d’un unique album puisque O’Kelly meurt en 1986 à 48 ans.