Les années 80 n’ont pas été une sinécure pour Iggy. Depuis la fin des années 70, il vivote entre albums au mieux médiocres et tournées houleuses, sur fond de lourdes addictions. En 1986, c’est le pote Bowie qui lui va lui ouvrir une porte de sortie, comme au temps de « The Idiot » et « Lust for life » en 1977. Bowie désormais star mondiale depuis « Let’s dance », lui prête deux de ses collaborateurs habituels, Kevin Amstrong, un gratteux anglais, et Erdal Kizilcay qui joue de plusieurs instruments avec talent. La lead guitare ? Eh bien c’est rien de moins que Steve Jones ex des Sex Pistols qui s’y colle. Il a rencontré Iggy à Los Angeles et il sort d'un alcoolisme destructeur. Jones a toujours considéré les Stooges comme les parrains du punk et Iggy a toujours vu les Pistols comme leurs fils spirituels. On va beaucoup penser à Bowie en écoutant cet album, bien plus qu’aux Stooges qui semblent alors une relique du passé. Que ce soit «Baby, It Can't Fall » ou « Shades », elles auraient très bien pu être chantées par le Bowie eighties, costume blanc immaculé et brushing impeccable, sourire ultrabrite. Même Iggy avec ses cheveux courts et son tee shirt noir et bleu jean sur la pochette s’achète un « nouveau look », plus respectable (plus clean ???). Si on est honnête, l’Iguane n’avait pas chanté aussi bien depuis longtemps, ce qui tendrait à démontrer qu’il a molli sur les excès !
Tout est calculé pour être calibré pour les radios FM et MTV, ça saute un peu aux oreilles malheureusement, avec une production trop lisse et synthétique. C’est David Richards qui s’est chargé de la production avec Bowie, le producteur de Queen et Duran Duran, ce qui explique sans doute ce son plus « mainstream » et sans aspérité. Allez, au milieu de la médiocrité, on peut quand même sauver quelques morceaux un peu plus convaincants. L'album commence ainsi par une reprise agréable d'un obscur standard rock'n'roll des années 50, d'un certain Johnny O'Keefe, « Real, wild child ». « Cry for love » relève aussi le niveau et ce sera le 1er clip vidéo d’Iggy, avec une belle voix grave. Un morceau très efficace. Dommage que tout le disque n’ait pas été de ce calibre. J’ai aussi bien aimé « Winners & Losers » et « Little Miss Emperor », les deux derniers titres. Au final, n’attendez pas un nouveau « Search and Destroy » ou « I wanna be your dog », mais l’album est loin d’une catastrophe. Il obtient même de très belles ventes et finit n°2 des classements en Norvège ! Ce succès va ouvrir la voie à une belle tournée des festivals et des grandes salles. Fini les clubs souvent pourris des années 70. A Paris, Iggy passera par le Zénith pour un très bon concert dont la rumeur dans la file d’attente laissait entendre que Bowie pourrait venir…Il n’en a rien été mais l’Iguane était à nouveau sur le devant de la scène et ça ne lui était pas arrivé depuis très longtemps. C’était la dernière collaboration entre Iggy et Bowie.