On peut tout craindre avec un album posthume. Ça peut être un moyen pour la maison de disques (et les ayants droit) de capitaliser sur un grand nom en bidouillant vite fait, mal fait, des morceaux qui dormaient au fond d’un tiroir. Ça n’est pas le cas pour cet album paru près d’un an après la mort de Harrison qui se révèle plein de jolies trouvailles, bien que son enregistrement se soit étalé sur plus de 10 ans (« Any Road » par exemple a été écrite en 1988…). Il a été repoussé à plusieurs reprises par le travail avec les Traveling Wilburys, puis sur sa participation à l’Anthologie des Beatles. L’essentiel en a été réalisé entre 1999 et 2001. C’est le moment où sa santé s’est détériorée avec un cancer de la gorge en 1997 puis des poumons en 2001. Comprenant que les traitements ne pouvaient plus le sauver, il a travaillé sur cette ultime œuvre jusqu’au bout avec l’aide de son fils Dhani et son vieux complice des Traveling Wilburys, Jeff Lynne. Les indications très précises qu’il a données, du son des chansons à la pochette de l’album, ont permis à Dhani de l’achever selon les vœux de son père après sa mort en novembre 2001, à 58 ans.

Jeff et Dhani ont repris le travail sur les dernières chansons de Harrison, les faisant sonner comme il aurait souhaité qu’elles sonnent et ont ajouté les instruments appropriés, selon ses spécifications, aux enregistrements et suivant le planning voulu par George. Le duo est aidé par Jim Keltner à la batterie. Au final, l’album ne sonne pas du tout hétéroclite, c’était un risque, non, il est cohérent et varié, à la fois sombre et caustique par exemple dans « P2 Vatican Blues » où sur un ton satirique il dénonce les excès du Vatican, autant profond que léger. « Run So Far » figurait déjà sur l'album « Journeyman » d'Eric Clapton (accompagné par Harrison), 13 ans avant d'être enfin disponible dans une version chantée par son auteur original. Sur « Brainwashed » on retrouve son goût pour les musiques indiennes. Et puis c’est le fabuleux guitariste qui trouve ici toute sa place avec un « Marwa Blues » instrumental superbe, encensé par McCartney et qui a décroché le Grammy award de la meilleure performance instrumentale pop. C’était un magnifique guitariste slide, on l’entend dans cet album qui est peut-être bien son meilleur depuis l’excellent « All Things Must Pass », tiens. Une très belle surprise.

JOE-ROBERTS
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le 27 août 2025

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