Bright Flight
6.6
Bright Flight

Album de Silver Jews (2001)

« Ca va ? » « Comme sur des roulettes russes »

« Sorti en 2001, Bright Flight inaugure la deuxième moitié de la discographie du groupe, souvent moins considérée que la première. Il s’agit de la grande œuvre paradoxale de leur carrière. La mélancolie n’y est plus diluée par une lucidité amusée comme elle l’était sur American Water, et certains morceaux, notamment Time Will Break The World ou ce fameux Death Of An Heir of Sorrows qui clôt le disque dans la désolation totale, font partie de ce que David Berman a écrit de plus déprimé. Mais Bright Flight est loin d’être aussi morose que The Natural Bridge. Si Stephen Malkmus a de nouveau été mis de côté, une nouvelle recrue vient éclaircir l’univers des Silver Jews et accessoirement celui de David. A la basse et au chant, on retrouve Cassie Marrett, nom qu’elle abandonna en 1999 pour celui de Berman puisque les deux se marièrent cette même année. On découvre donc sa voix pour la première fois sur l’ouverture, Slow Education.

« Oh, Oh Oh, I’m lightening / Oh, Oh Oh, I’m rain / Oh, Oh Oh, it’s frightening / I’m not the same / I’m not the same / I’m not the same »

Que ce soit en amour ou en musique, voilà ce qu’on appelle une évidence. Le chant de David, éternellement fatigué, vient se blottir contre celui de Cassie, et immédiatement on mesure l’importance de cette dernière, à la scène comme à la ville. Certes, il y a des rôles plus simples à assumer qu’être l’épouse d’un esquinté comme David, mais Cassie, fan des Silver Jews de la première heure, ne semble pas avoir considéré cela comme un effort. Lorsqu’il a fallu se séparer, aux alentours des années 2010, ce fut en bonne intelligence, et d’ailleurs les deux n’ont jamais divorcé, comme si les liens de leur mariage devaient subsister au fait de ne plus partager le lit conjugal. C’est là toute l’ambivalence de Bright Flight, un album coincé entre deux humeurs contradictoires. D’un côté, l’insouciance amoureuse, idéalement célébrée sur une terre chérie de David et qui donne son nom au morceau le plus joyeux du disque, Tennessee. De l’autre, le désespoir malpoli de son auteur, qui n’en mène pas large sur le cruel Horseleg Swastikas. »


Extrait de l’épisode de Graine de Violence « David Berman, l’héritage empoisonné », entièrement disponible ici : https://graine-de-violence.lepodcast.fr/david-berman-lheritage-empoisonne

GrainedeViolence
8

Créée

le 2 mars 2026

Critique lue 7 fois

Critique lue 7 fois

Du même critique

White Light/White Heat

White Light/White Heat

10

GrainedeViolence

65 critiques

Apocalypse en musique, phase 2

Le deuxième album White Light White Heat sera la dernière contribution de John Cale au Velvet Underground. On le sait, c’est lui qui fut le véritable architecte sonore du groupe, et la relation qu’il...

le 28 avr. 2025

Songs for Drella

Songs for Drella

10

GrainedeViolence

65 critiques

Face à l'adversité

Face à l’adversité, c’est bien connu, on se surpasse, et on reconnait ses vrais amis. Rien de tel qu’un bon vieux drame pour se reconnecter aux vraies valeurs, pour distinguer l’essentiel des...

le 8 oct. 2020

Da Capo

Da Capo

9

GrainedeViolence

65 critiques

Pop progressive et teigneuse

Ce disque méconnu est pourtant l’un des plus atypiques de la période. Dès le premier titre, c’est du jamais entendu : Stephanie Knows Who est une sorte de proto-punk loufoque en mode ternaire, avec...

le 31 déc. 2017