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Toute première fois!
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Ce qui surprend dans cet effort Monkien, c’est la part belle donnée aux cuivres, rien qu’aux cuivres. De prime abord, ça peut surprendre. En termes de présence, le piano est relégué carrément au fond. Et les saxophonistes développent. En majorité des compos, peu ou pas de standards, aucun air «connu », on sort des sentiers battus. Monk ne faisant jamais rien comme tout le monde, ça reste original, et le tempo est langoureux comme pas possible. Avec des stops, des ralentis, tout est très étudié, et calculé, puis ça se propulse dans du swing. Un premier morceau qui annonce la couleur. Ballade en plusieurs moments, et pas trop pressée : Brilliant Corners. Grâce au son acoustique, et à la virtuosité tranquille des interprètes, qui se soutiennent dans un confortable classicisme, on rêve sur un thème monkien.
Ba-Lue Bolivar. Titre curieux, et un solo qu’on a l’impression d’avoir entendu, car il est marqué du style inimitable du pianiste, avec ses silences plein de présence, et son déhanchement particulier, « à la manière de » Monk. Il n’y a que lui pour improviser comme ça. Un mélange de nonchalance et de génie. Un truc qui fait qu’il reste une énigme trouble pour les manitous du genre jazz, ceux qui ne jurent que par les furieux du be-bop, ou les grands orchestres à la Basie. En tout cas, ça le fait. Long, mais tellement cool. Ba-Lue Bolivar.
Pannonica. Des titres aussi curieux que les morceaux. Là, il s’agit d’une baronne protectrice des musiciens, et des jazzmen en particulier. Moins de folie rythmique qu’à l’accoutumée, c’est tranquille. Radio jazz FM. Time to relax, and listen to a cool tune. La démonstration est dédaignée au profit du son, et de l’orchestration, et des cuivres.
I Surrender Dear. Solo. Pour qui aime Monk, c’est un régal. Toujours ce placement rythmique « bizarre », à côté, mais là en même temps. Cette « fausse » lenteur, et une invention harmonique à chaque mesure, à l’économie. Ça vous remplit un spectre sonore, et ce roulement caractéristique, mécanique, genre stride. Mécanique main droite-main gauche, à chaque fois, c’est une curiosité à écouter. On se demande s’il le fait exprès ou pas, pourtant ça tombe toujours juste, et c’est remplit de dissonances, des dissonances « douces ». Un savant ce Monk.
Bemsha Swing. Et tout le monde revient dans la danse pour le final. Avec la batterie de Max Roach, des roulements grosse caisse et toms, un motif très ethnique. Un thème posé par les saxophones, et le maître du jeu qui éparpille ses notes, avec parcimonie. Un avare, ce Monk. Son solo n’était pas important. Celui de Roach l’est plus. On lui laisse donc tout son temps pour s’exprimer. Vas-y, Max !
Alors la qualité de l’ensemble ne fait pas de doute. Par contre je suis surpris des 5/5 ou 10/10 que je vois partout sur les sites autorisés, à propos de cet album. Serait-ce le meilleur album monkien selon les critiques de métier ? Moi, j’ai un doute. Cet album est bon. Il a le mérite d’être encore moins académique que ce qu’il a fait auparavant. Il cultive son originalité, mais quand même, de la à dire que c’est un chef-d’œuvre…C’est peut-être son album le plus personnel, et encore…ça se discute. En tout cas pas plus brillant que d’autres choses de lui que j’ai déjà entendu, c’est sûr. Juste curieux. Comme la pochette, curieuse. Ça me fait tout drôle de voir Monk, sans son couvre-chef, décontracté en multiple chemise blanche. Méconnaissable. Presqu’à poil.
Créée
le 6 oct. 2016
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