Pour ceux et celles qui auraient attendu un 1er live en solo de Sting se reposant sur ses lauriers dorés (c’est-à-dire les chansons de Police, des tubes et encore des tubes), le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils/elles en sont pour leurs frais ! C’était quand même gonflé car voilà Sting s’entourant de musiciens venus du jazz, mais de grosses pointures : Darryl Jones a été bassiste pour Miles Davis et Herbie Hancock et son groupe Headhunters et il accompagne désormais les Rolling Stones depuis un moment. Branford Marsalis au saxophone et à la clarinette a aussi joué avec Miles Davis ainsi que Dizzy Gillespie. Le batteur Omar Hakim a quant à lui été membre du groupe Weather Report et le claviériste Kenny Kirkland a prêté ses talents au groupe de Branford Marsalis ainsi que Miroslav Vitouš. Faut-il rappeler que le goût de Sting pour le jazz n’est pas nouveau puisque c’est là qu’il a commencé comme contrebassiste avec The Newcastle Big Band en 1971 et Last Exit en 1974, deux groupes de jazz avant de rencontrer Stewart Copeland ? Et c’est auréolé du succès de « The Dream of the Blue Turtles » qu’il se lance dans sa 1ère tournée en solo. Il va en tirer un double live très jazz rock, enregistré à Paris (théâtre Mogador en mai 1985, Bercy en décembre) mais aussi à Rome et Amhem.
Surprise, il aurait pu garder les classiques de The Police et y ajouter les morceaux de son 1er album, ça aurait été facile et très rentable. Mais non. Les classiques de Police qui figuraient (évidemment) dans les setlists de cette tournée comme « Roxanne », « Every breath you take » ou encore « Message in a bottle » ne sont pas gardés. Pas plus son single tubesque « If You Love Somebody Set Them Free » ! Par contre, il revisite des morceaux de Police bien moins connus du grand public comme « Demolition Man », « Driven to tears » ou « Low Life ». Il va vraiment piocher hors des tubes attendus et ça, il faut le saluer. Ensuite, les morceaux de « The Dream of the Blue Turtles » sont superbes avec cet accompagnement de grands musiciens groovy à souhait comme « Moon over Bourbon Street » (une de mes préférées). La version de « Tea in the Sahara » est pour moi la meilleure existante avec la basse fabuleuse de Darryl Jones et le saxo de Marsalis qui dialoguent à merveille. Ce live a aussi donné lieu à un documentaire sur cette 1ère tournée, intéressant puisqu’il nous montre la naissance d’un groupe là où, souvent, les documentaires musicaux nous en montrent la fin. Ce double live, pourtant sans véritable tube, a très bien marché et a même valu à Sting un Grammy Award en 1988.