Dans les années 70, le chanteur quitte la France pour s’installer aux États-Unis. Et, comme dit l’adage, loin des yeux loin du cœur, il perd un peu l’amour de la presse et de son public français. En 1981, Michel est de retour des States, après une période californienne dont il va revenir très marqué par le son west coast alors en pleine mode. On est, c’est vrai, très loin de « Love me, please love me » ou « Le Bal des Laze », deux de ses chefs d’œuvre des années 60. Cet album marque une vraie rupture musicale avec le style auquel ses fans étaient habitués, clairement plus pop rock, voire new wave. Ce « Bulles » va être l’album des retrouvailles avec le public français, il se devait donc de taper fort et Michel l’a fait. Il s’est entouré d’une sacrée équipe. Autour d’une bande de très bons musiciens de studio, il a collaboré avec Jean-Paul Dréau (auteur d’un paquet de tubes dans les années 80) pour la composition et l’écriture de l’album. Il collabore également avec Hans Zimmer au clavier, devenu depuis un des plus grands compositeurs de musiques de films actuels. Les musiciens l’ont enregistré dans les studios londoniens du label Marcus Music.
"Bulles" est un renouvellement musical pour Michel Polnareff. Le chanteur s’affirme dans un style définitivement plus pop-rock. Il y a d’abord cette pochette, eighties et « gainsbourienne » en diable si j’ose dire et qui ne passerait sûrement plus aujourd’hui, les maisons de disques refusant le moindre côté suggestif (on pourrait presque en faire une liste, tiens !). Évidemment, on retrouve dans les paroles des titres qui composent l’album les thèmes qui lui sont chers tels que l’amour, les sentiments par exemple dans « Je t’aime » la belle ballade de l’album malgré des synthés un peu trop omniprésents. La poésie est toujours au rendez-vous. La nouveauté réside dans l’esprit critique avec lequel il aborde certaines questions sociétales et les maux de l’époque, critiquant les dérives de la société de consommation de masse. Son titre "Tam Tam" qui ouvre l’album de manière très efficace, illustre notamment la remise en question du mode de vie moderne, la pression subie par tous les acteurs de cette société. Michel enchaîne avec l’autre grand tube de l’album, « Radio », lui aussi irrésistible, du genre qui vous entre dans les neurones et ne vous quitte plus de la journée, agaçant, hein ?! En tout cas, un titre qui a certainement influencé une bonne partie des artistes de l'hexagone de l'époque, on peut penser à Julien Clerc entre autres. La chanson "Où est la Tosca ?" quant à elle s’attaque aux problématiques environnementales sur fond de nostalgie d’un passé révolu : «Buildings dingues bombes, fumées d'usine/ Ca va péter le monde » (« Où est la Tosca ? ») . Le public, à travers cet album, découvre un chanteur engagé et préoccupé par les crises de son époque.
La 1ère moitié de l’album est absolument impeccable mais le reste n’échappe pas aux « tics » un peu énervants des années 80 (synthé pop, vocoder, choeurs…) et c’est vrai que la 2e moitié est moins réussie : "Joue moi de toi" est un morceau mid-tempo plutôt funky dance, qui se voudrait sophistiqué... pour l'époque, mais les paroles ne volent pas haut et la mélodie passe mal, malgré une jolie basse fretless. On peut dire la même chose de "365 jours par an", de la variété trop lisse et des paroles là encore pas géniales, loin de là. 8 morceaux seulement mais au-moins la moitié sont très bons, c’est déjà énorme sur un album court, à commencer par les trois singles : « Tam tam », « Je t’aime » et « Radio ». Le reste est un poil en dessous mais c’est un détail car c’est franchement une réussite. Polnareff a saisi le son du moment et l’a magnifiquement adapté à son univers : le côté « baroque » de sa musique s’est effacé (sauf sur « Où est la Tosca ? ») au profit d’un son plus mainstream, et qui fait toujours la part belle aux mélodies. Le public ne s’y trompe pas et lui fait un triomphe ; « Bulles » reste son plus grand succès commercial avec pratiquement un million d’exemplaires vendus ! C’est ce qui s’appelle un comeback fracassant.